Formation métrologie industrielle
Incertitudes de mesure et décision de conformité

Module 4 / 5  ·  Sommaire complet de la formation métrologie

Module 4 : Incertitudes de mesure et décision de conformité 30 min de lecture

4.2 Bilan d'incertitude chiffré : un diamètre contrôlé au micromètre

Ce chapitre déroule un bilan d'incertitude complet, du premier relevé à l'écriture du résultat, sur un cas d'atelier : le diamètre d'un arbre en acier mesuré au micromètre numérique. Chaque calcul est posé et refait. Le cas, ses valeurs et son certificat sont fictifs et construits pour la pédagogie : ils ne décrivent aucun instrument réel.

Les six étapes d'un bilan d'incertitude

1
Modèle
y = f(x1 … xn)
2
Type A
relevés répétés
3
Type B
certificat, résolution, température
4
Composition
uc = √Σ u²
5
Élargissement
U = k · uc
6
Écriture
y ± U, k, unité

L'étape 1 a été préparée au chapitre 4.1. Les définitions de type A, type B et facteur d'élargissement sont supposées connues : elles sont rappelées dans notre article sur les bases du GUM.

1

Le cas d'atelier et son modèle de mesure

Un arbre en acier de diamètre nominal 25 mm sort d'une opération de tournage. Le contrôleur mesure son diamètre avec un micromètre d'extérieur numérique de capacité 25 à 50 mm, de résolution 0,001 mm. Le mesurande est défini comme le diamètre entre deux points opposés, dans une section repérée, ramené à 20 °C.

Données du certificat (fictives)
  • Point d'étalonnage 25 mm : erreur d'indication +0,001 mm (le micromètre lit trop haut).
  • Incertitude élargie associée : U = 0,002 mm, k = 2.
Conditions de mesure (fictives)
  • Température de la pièce lue au thermomètre de contact : 26 °C ; on admet que la valeur vraie se situe à ± 1 °C de cette lecture.
  • Coefficient de dilatation de l'acier : α = 11,5 × 10⁻⁶ /°C, compris entre 10 et 13 × 10⁻⁶ /°C selon la nuance.

Le modèle posé au chapitre précédent s'applique tel quel :

d20 = dind + Cétal − d · α · (t − 20)

La correction d'étalonnage vaut l'opposé de l'erreur : Cétal = −0,001 mm. La correction de dilatation vaut 25 × 11,5 × 10⁻⁶ × 6 = 0,001 725 mm, à retrancher : la pièce chaude est plus grosse qu'à 20 °C.

Hypothèse simplificatrice déclarée. Seule la dilatation de la pièce est traitée. Le micromètre, lui aussi en acier, se dilate ; un bilan complet porterait sur la différence de température entre la pièce et l'instrument. L'hypothèse est écrite ici, comme elle doit l'être dans tout dossier réel.

2

Dix relevés : moyenne, écart-type et écart-type de la moyenne

Le contrôleur fait dix relevés dans la même section, en conditions de répétabilité : même opérateur, même instrument, même mode opératoire, sur une courte période (VIM 2.20). Pour alléger les calculs, on travaille sur l'écart à 25,000 mm, en micromètres.

Relevé Indication (mm) Écart à 25,000 (µm) Écart à la moyenne (µm) Carré (µm²)
125,01717−1,31,69
225,01919+0,70,49
325,01818−0,30,09
425,02020+1,72,89
525,01616−2,35,29
625,01818−0,30,09
725,01919+0,70,49
825,01717−1,31,69
925,02121+2,77,29
1025,01818−0,30,09
Total—1830,020,10
Premier calcul
  • Moyenne : 183 / 10 = 18,3 µm, soit d̄ = 25,0183 mm.
  • Écart-type expérimental (GUM § 4.2.2, division par n − 1) : s² = 20,10 / 9 = 2,233 µm², donc s = √2,233 = 1,49 µm.
  • Écart-type de la moyenne (GUM § 4.2.3) : s / √n = 1,494 / √10 = 1,494 / 3,162 = 0,47 µm.
Deuxième calcul, par une autre voie

On repart des valeurs brutes en micromètres et de la formule s² = [Σx² − (Σx)² / n] / (n − 1) :

  • Σx² = 17² + 19² + 18² + 20² + 16² + 18² + 19² + 17² + 21² + 18² = 289 + 361 + 324 + 400 + 256 + 324 + 361 + 289 + 441 + 324 = 3 369
  • (Σx)² / n = 183² / 10 = 33 489 / 10 = 3 348,9
  • s² = (3 369 − 3 348,9) / 9 = 20,1 / 9 = 2,233 µm² : on retrouve s = 1,49 µm, et s / √10 = 0,47 µm.

Le GUM demande de documenter le nombre de degrés de liberté d'une évaluation de type A, égal à n − 1 dans ce cas simple (§ 4.2.6) : ici 9. Avec seulement dix relevés, l'écart-type est lui-même une estimation assez grossière ; c'est une raison supplémentaire de ne pas afficher trop de décimales dans le résultat final.

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Moyenne de n relevés ou mesure unique : s/√n ou s

C'est l'erreur la plus fréquente dans les bilans d'atelier. L'écart-type s caractérise la dispersion des relevés individuels autour de leur moyenne (GUM § 4.2.2). L'écart-type de la moyenne s/√n indique avec quelle qualité la moyenne de n relevés estime la valeur attendue (GUM § 4.2.3). Ce sont deux grandeurs différentes, qui répondent à deux questions différentes.

Le résultat est la moyenne de n relevés

Cas du laboratoire ou d'un contrôle de réception où l'on fait réellement dix relevés et où l'on déclare leur moyenne.

Composante de répétabilité : s/√n = 0,47 µm.

Le résultat est un relevé unique

Cas du contrôle en production : l'opérateur mesure chaque pièce une seule fois et compare ce relevé à la tolérance.

Composante de répétabilité : s = 1,49 µm, trois fois plus.

Le piège classique consiste à réaliser une étude de dix relevés, à calculer s/√10, puis à appliquer l'incertitude obtenue à des contrôles de production faits en une seule mesure. L'incertitude annoncée est alors sous-estimée d'un facteur qui peut dépasser 3 sur la composante de répétabilité. Le diviseur √n ne s'applique qu'au nombre de relevés réellement moyennés dans le résultat déclaré.

Une série de dix relevés reste utile pour la production : elle sert à estimer s, la dispersion d'un relevé. Le GUM prévoit même que, pour une mesure bien caractérisée et sous contrôle statistique, un écart-type « poolé » sp, issu de plusieurs études, décrive mieux la dispersion ; l'incertitude-type d'une moyenne de n relevés est alors sp/√n (§ 4.2.4), et celle d'un relevé unique sp.

Moyenner n'efface que l'aléatoire. Faire 100 relevés divise la composante de répétabilité par 10, mais ne réduit ni l'incertitude du certificat, ni celle de la dilatation, ni la résolution. Au-delà de quelques relevés, multiplier les mesures ne sert plus à grand-chose : la zone 7 le montre en chiffres.

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Les composantes de type B : certificat, résolution, température

Les autres sources ne se tirent pas des relevés mais d'informations extérieures. Chacune est convertie en incertitude-type, puis multipliée par son coefficient de sensibilité pour être exprimée en micromètres sur le diamètre.

Source Information disponible Conversion en incertitude-type Sur le diamètre
Étalonnage du micromètre U = 2 µm, k = 2 (certificat) u = U / k = 2 / 2 = 1,00 µm 1,00 µm (sensibilité 1)
Résolution de l'afficheur r = 1 µm ; la valeur vraie peut être n'importe où dans ± r/2 Loi rectangulaire de demi-étendue 0,5 µm : u = 1 / (2√3) = 0,29 µm 0,29 µm (sensibilité 1)
Température de la pièce 26 °C ± 1 °C, sans autre information Loi rectangulaire : u(t) = 1 / √3 = 0,577 °C d · α · u(t) = 25 × 11,5 × 10⁻⁶ × 0,577 = 0,000 166 mm, soit 0,17 µm
Coefficient α 10 à 13 × 10⁻⁶ /°C, soit 11,5 ± 1,5 × 10⁻⁶ /°C Loi rectangulaire : u(α) = 1,5 × 10⁻⁶ / √3 = 0,866 × 10⁻⁶ /°C d · (t − 20) · u(α) = 25 × 6 × 0,866 × 10⁻⁶ = 0,000 130 mm, soit 0,13 µm

Pour la résolution, le GUM traite exactement ce cas : si la résolution d'un afficheur est δx, la valeur qui produit une indication donnée peut se trouver avec la même probabilité n'importe où dans un intervalle de largeur δx, d'où une incertitude-type de 0,29 δx (§ F.2.2.1). Avec δx = 1 µm, on retrouve 0,29 µm.

La loi rectangulaire s'utilise quand on ne connaît que des bornes, sans raison de privilégier une valeur à l'intérieur (GUM § 4.3.7). Si l'on sait que les valeurs proches du centre sont plus probables, une loi triangulaire, de diviseur √6, est plus réaliste et donne une incertitude plus faible. Le choix de la loi est une hypothèse du bilan : il s'écrit.

La résolution est-elle déjà dans la répétabilité ? En partie, puisque les dix relevés ont été lus sur le même afficheur. Beaucoup de laboratoires la comptent malgré tout une fois, par prudence, surtout quand la dispersion est faible devant la résolution. C'est un choix de pratique : il se justifie dans le dossier, dans un sens ou dans l'autre. Lire l'incertitude et l'erreur d'un certificat est détaillé au chapitre 3.2.

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Le tableau de bilan : uc et U

Toutes les composantes sont maintenant en micromètres sur le diamètre. Elles sont supposées indépendantes : l'incertitude-type composée est la racine de la somme de leurs carrés. La colonne « contribution » donne la part de chaque carré dans la somme.

Source Type Loi Valeur de départ Diviseur u (µm) u² (µm²) Contribution
Étalonnage du micromètreBNormaleU = 2 µmk = 21,001,00074,0 %
Répétabilité (moyenne de 10)ANormales = 1,494 µm√100,470,22316,5 %
RésolutionBRectangulairedemi-étendue 0,5 µm√30,290,0836,2 %
Température de la pièceBRectangulaire± 1 °C × 0,2875 µm/°C√30,170,0282,0 %
Coefficient αBRectangulaire± 1,5 × 10⁻⁶ /°C × 150 mm·°C√30,130,0171,2 %
Totaluc = √1,3511,351100 %

Contributions arrondies au dixième : leur somme vaut 100 % aux arrondis près. Les u² sont calculés avant arrondi des u.

Composition et élargissement, calculés deux fois
  • Somme des carrés : 1,000 + 0,223 + 0,083 + 0,028 + 0,017 = 1,351 µm²
  • uc = √1,351 = 1,16 µm
  • U = k · uc = 2 × 1,162 = 2,32 µm, soit 0,0023 mm

Vérification : 1,16² = 1,35 ; et 2,32 / 2 = 1,16. Le résultat se recoupe. Avec k = 2, l'intervalle correspond à un niveau de confiance d'environ 95 % si la distribution du résultat est approximativement normale.

Même bilan, mesure unique en production u (µm) u² (µm²) Contribution
Étalonnage1,001,00029,8 %
Répétabilité (relevé unique : s)1,492,23366,4 %
Résolution, température, α0,29 / 0,17 / 0,130,1283,8 %
uc = √3,361 = 1,83 µm ; U = 3,67 µmsoit 0,0037 mm

Le même instrument, le même opérateur et la même pièce donnent donc deux incertitudes différentes selon ce que l'on déclare : 0,0023 mm pour la moyenne de dix relevés, 0,0037 mm pour un relevé unique. C'est pourquoi un bilan s'attache toujours à une méthode de mesure écrite, et pas seulement à un instrument.

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Écrire le résultat : valeur corrigée, U arrondie, k déclaré

Reste à appliquer les corrections à la moyenne. En micromètres au-dessus de 25 mm : 18,3 − 1,0 − 1,725 = 15,575 µm. Le diamètre corrigé ramené à 20 °C vaut donc d20 = 25,015 575 mm avant arrondi.

Le GUM fixe la règle d'écriture (§ 7.2.6) : ni la valeur ni son incertitude ne doivent comporter un nombre excessif de chiffres. Il suffit en général de donner U avec au plus deux chiffres significatifs, et la valeur s'arrondit de façon cohérente avec son incertitude, c'est-à-dire au même rang décimal. Le GUM ajoute qu'il peut être approprié d'arrondir une incertitude par excès plutôt qu'au plus proche, le bon sens devant l'emporter.

Écriture Verdict Pourquoi
d = 25,015 575 ± 0,002 324 7 mm À proscrire Sept chiffres significatifs sur U, alors que s est connu à quelques dixièmes près avec 9 degrés de liberté.
d = 25,016 ± 0,0023 mm Incohérent La valeur est arrondie au micromètre, l'incertitude au dixième de micromètre : les deux rangs ne correspondent pas.
d = 25,0156 mm ± 0,0023 mm (k = 2) Correct U à deux chiffres significatifs, valeur au même rang, facteur d'élargissement déclaré.
d = 25,016 mm ± 0,003 mm (k = 2) Correct, prudent U arrondie par excès à un chiffre significatif ; la valeur suit au micromètre.

Une écriture complète précise aussi ce que représente l'incertitude : « incertitude élargie U, obtenue avec un facteur d'élargissement k = 2, correspondant à un niveau de confiance d'environ 95 % ». Sans k, le lecteur ne sait pas s'il lit une incertitude-type ou une incertitude élargie : l'écart est du simple au double.

On arrondit à la fin, pas en route. Le GUM prévoit de garder des chiffres supplémentaires pour éviter les erreurs d'arrondi dans les calculs intermédiaires (§ 7.2.6). Dans ce bilan, les u² sont calculés sur les valeurs non arrondies ; seul le résultat final est arrondi.

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La source prépondérante : où agir pour réduire U

La composition quadratique a une conséquence pratique : seule la plus grosse composante compte vraiment. Réduire une source qui pèse 2 % ne change presque rien, réduire celle qui pèse 70 % change tout. Le tableau de bilan sert donc aussi de plan d'action.

Scénario (exemple fictif) Action uc U (k = 2)
Moyenne de 10, situation de départ—1,16 µm2,3 µm
Moyenne de 10, étalonnage deux fois meilleurCertificat avec U = 1 µm au lieu de 2 µm0,78 µm1,6 µm
Relevé unique, situation de départ—1,83 µm3,7 µm
Relevé unique, étalonnage deux fois meilleurCertificat avec U = 1 µm1,62 µm3,2 µm
Moyenne de 3 relevés en productions/√3 au lieu de s1,37 µm2,7 µm

Pour la moyenne de dix relevés, l'étalonnage pèse 74 % : c'est lui qu'il faut améliorer, par exemple en demandant un étalonnage de plus faible incertitude ou en mesurant par comparaison avec une cale étalon de 25 mm étalonnée, dont l'écart connu corrige le micromètre au plus près de la valeur mesurée. Multiplier les relevés n'apporterait presque rien.

Pour le relevé unique, la répétabilité pèse 66 % : améliorer le certificat ne fait gagner qu'un demi-micromètre sur U, alors que moyenner trois relevés en fait gagner un. Les leviers sont la méthode (support de micromètre, usage systématique du cliquet, section repérée), la formation des opérateurs, et le nombre de relevés moyennés. L'étude R&R du chapitre 5.1 permet de séparer la part de l'instrument et celle des opérateurs.

La température reste un levier pour d'autres pièces. Ici, elle ne pèse que 2 % parce que l'écart de 6 °C est mesuré et corrigé. Sans correction, le biais de 1,7 µm passerait dans l'erreur du résultat. Sur une pièce plus grande ou en aluminium, attendre la stabilisation thermique devient souvent l'action la plus rentable.

Qui pèse dans le bilan ? Contributions à uc²

Moyenne de 10 relevés (U = 2,3 µm)
Étalonnage
74 %
Répétabilité
16,5 %
Résolution
6,2 %
Température
2,0 %
Coefficient α
1,2 %
Relevé unique en production (U = 3,7 µm)
Étalonnage
29,8 %
Répétabilité
66,4 %
Résolution
2,5 %
Température
0,8 %
Coefficient α
0,5 %

La source prépondérante change avec la méthode : on n'améliore pas le même poste selon que l'on déclare une moyenne ou un relevé unique.

Sources

  • JCGM 100:2008, Évaluation des données de mesure — Guide pour l'expression de l'incertitude de mesure (GUM) : § 4.2.2 à 4.2.6 (évaluation de type A), § 4.3.7 (loi rectangulaire), § 7.2.6 (arrondi du résultat), § F.2.2.1 (résolution d'un afficheur numérique) — bipm.org
  • JCGM 200:2012, Vocabulaire international de métrologie (VIM) : 2.20 condition de répétabilité, 2.35 incertitude élargie, 2.38 facteur d'élargissement — jcgm.bipm.org/vim/fr
  • ISO 3611:2023, micromètres d'extérieur ; ISO 1:2022, température de référence de 20 °C — iso.org

À retenir

  • Je vérifie ce que je déclare avant de choisir le diviseur : s/√n pour la moyenne de n relevés réellement faits, s pour un relevé unique en production.
  • Je convertis chaque source en incertitude-type : U/k pour un certificat, r/(2√3) pour une résolution, a/√3 pour des bornes sans autre information.
  • Je passe chaque source par son coefficient de sensibilité pour tout exprimer dans l'unité du mesurande avant de composer.
  • Je calcule uc par la racine de la somme des carrés, puis U = 2 · uc ; je refais le calcul par une autre voie avant de publier.
  • J'écris U avec deux chiffres significatifs au plus, la valeur au même rang, et je déclare k (GUM § 7.2.6) : 25,0156 mm ± 0,0023 mm (k = 2).
  • J'agis sur la source prépondérante du tableau : l'étalonnage pour une moyenne, la répétabilité pour un relevé unique.

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