Formation permis fluvial et CRR
La VHF fluviale et le CRR

Module 4 / 4  ·  Sommaire complet de la formation permis fluvial et CRR

Module 4 : La VHF fluviale et le CRR 20 min de lecture

4.1 Le CRR fluvial : obligation, examen et licence de station

Une VHF n'est pas un simple téléphone de bord : c'est un émetteur radio, dont l'usage est réservé à des opérateurs qualifiés et à des stations autorisées. Ce chapitre explique qui doit détenir le certificat restreint de radiotéléphoniste (CRR) du service mobile fluvial, dans quels cas le permis plaisance suffit, comment se déroule l'examen organisé par l'ANFR, et ce que recouvrent la licence de station et l'indicatif d'appel.

Le CRR fluvial en quatre chiffres

Questions
20 QCM

10 de connaissances générales, 10 de connaissances pratiques.

Temps
22 s

par question, sans retour en arrière ; environ 25 minutes en tout.

Âge minimal
16 ans

à la date de l'examen (arrêté du 18 mai 2005, art. 4).

Droit d'examen
78 €

non remboursable (art. 8) ; duplicata ou équivalence : 23 €.

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Pourquoi un certificat pour parler à la radio

Les fréquences radioélectriques sont une ressource partagée. Le code des postes et des communications électroniques (CPCE) pose le principe : l'utilisation d'une fréquence pour émettre est soumise à autorisation administrative (article L. 41-1). Il confie aussi au ministre le soin de fixer par arrêté les installations dont la manœuvre exige un certificat d'opérateur (article L. 42-4).

Ce texte d'application, c'est l'arrêté du 18 mai 2005 relatif aux certificats restreints de radiotéléphoniste du service mobile maritime et du service mobile fluvial, modifié par l'arrêté du 22 février 2011. Il définit deux titres distincts : le CRR maritime et le CRR fluvial, chacun avec son programme et ses épreuves.

Côté fluvial, ce programme reprend la recommandation n° 3 de l'arrangement régional dit RAINWAT, signé par dix-sept États riverains du Rhin et du Danube, dont la France. Cet arrangement harmonise l'usage de la VHF sur les voies d'eau intérieures européennes : réseaux, voies, puissances, procédures. Il est détaillé au chapitre 4.2.

« Le service radiotéléphonique est placé sous l'autorité du conducteur (responsable de bord) du bateau. »

— ANFR, Manuel de préparation du CRR fluvial (éd. août 2021), ch. I, § A.2.1, renvoyant à l'article D. 406-12 du CPCE

Concrètement, le conducteur répond de l'installation radio de son bateau et de l'usage qu'en font les personnes à bord. Il doit exiger d'elles le respect des règles d'exploitation, et reste lui-même responsable de la conformité de la station. Le certificat atteste qu'il connaît ces règles.

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Qui doit détenir quel titre : la règle de l'article 1er

L'article 1er de l'arrêté du 18 mai 2005 raisonne par type de bateau (plaisance ou non) et par zone de navigation. Le tableau ci-dessous en résume les cas utiles au plaisancier fluvial et au professionnel.

Situation Titre exigé pour manœuvrer la VHF
Bateau de plaisance sur les voies de navigation intérieure françaises CRR fluvial, CRR maritime ou permis de conduire les bateaux de plaisance option eaux intérieures, sauf VHF portative de 6 W au plus sans ASN
Bateau de plaisance dans les eaux intérieures étrangères CRR fluvial ou CRR maritime (ou certificat d'opérateur équivalent), y compris avec une portative
Bateau autre que de plaisance en navigation intérieure CRR fluvial ou CRR maritime
Navire de plaisance dans les eaux territoriales françaises CRR maritime ou permis de conduire en mer les bateaux de plaisance à moteur, sauf portative de 6 W au plus sans ASN
Navire de plaisance dans les eaux internationales CRR maritime

La dispense vise donc un cas précis : la VHF portative, d'une puissance maximale de six watts, dépourvue de l'appel sélectif numérique (ASN), utilisée par un plaisancier sur les voies françaises. Avec une VHF fixe, il faut au minimum le permis plaisance ou le CRR. Le dernier alinéa de l'article dispense par ailleurs les titulaires de certains brevets et certificats d'opérateur de rang supérieur.

Le CRR maritime vaut en fluvial

Les certificats d'opérateur du service mobile maritime sont acceptés dans le service fluvial (manuel ANFR fluvial, § A.2.4).

Le CRR fluvial ne vaut pas en mer

Son titulaire « n'est pas autorisé à exploiter une station radiotéléphonique du service mobile maritime » (bulletin d'inscription ANFR, éd. mars 2024).

Pour un bateau exploité à la fois en zone maritime et en zone fluviale, c'est donc le certificat maritime qui est exigé. Le passage du fluvial à la mer fait l'objet du chapitre 4.3.

Cas particulier de la Moselle. Le manuel ANFR précise que le CRR est exigé dans tous les cas sur la Moselle entre Metz et la frontière. Plus largement, les autorités d'un pays étranger peuvent demander à un plaisancier français de présenter son CRR : le permis plaisance français ne le remplace pas hors de France.
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Quels bateaux doivent avoir une VHF à bord

Le certificat concerne la personne. L'obligation d'équiper le bateau, elle, relève du règlement général de police de la navigation intérieure (RGPNI), intégré au code des transports.

« Les bateaux, à l'exception des menues embarcations, sont équipés d'une installation de radiotéléphonie. »

— Code des transports, article R. 4241-49, alinéa 2

Une menue embarcation est un bateau dont la longueur de coque est inférieure à 20 mètres, sauf s'il est construit ou aménagé pour remorquer, pousser ou mener à couple des bateaux autres que des menues embarcations, s'il s'agit d'un bac ou d'un bateau autorisé à transporter plus de 12 passagers (article L. 4000-1, 7°). La plupart des bateaux de plaisance fluviale sont donc des menues embarcations, dispensées de l'obligation générale.

Ce n'est pas une dispense absolue. Le même article permet aux règlements particuliers de police (RPP) d'imposer une installation de radiotéléphonie aux menues embarcations motorisées. L'article A. 4241-49-5 en précise alors les modalités :

  • à défaut d'installation fixe, une installation mobile permettant d'utiliser les réseaux bateau-bateau, bateau-autorités portuaires et informations nautiques sur la voie définie pour le secteur (§ 4-1) ;
  • une veille en priorité sur la première voie bateau-bateau, avec une puissance d'émission limitée à 1 watt (§ 4-1) ;
  • une exemption pour les menues embarcations faiblement motorisées, de 4,5 kW (6 CV) ou moins (§ 4-2).

Pour les bateaux soumis à l'obligation générale, l'installation doit permettre d'utiliser les trois réseaux et assurer la veille simultanée de deux d'entre eux ; le bateau veille sur la voie du réseau bateau-bateau et sur celle des informations nautiques (A. 4241-49-5, § 3 et 4). Le manuel ANFR interdisant en navigation intérieure la fonction de double veille d'un poste unique, cette veille simultanée suppose deux postes distincts. Le panneau B.11 signale l'obligation d'entrer en liaison radiotéléphonique, le cas échéant sur la voie qu'il indique.

Le conducteur d'un bateau soumis à cette obligation doit être capable de communiquer en langue française à un niveau suffisant pour la sécurité ; à défaut, un membre de l'équipage doit pouvoir servir d'interprète (article R. 4241-8). Les RPP peuvent définir des secteurs où une autre langue est admise.

Sanction côté navigation. Ne pas respecter les dispositions relatives à la radiotéléphonie prévues par l'article R. 4241-49 ou prises pour son application est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la troisième classe (article R. 4274-9).
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L'examen du CRR fluvial : deux épreuves, vingt questions

L'article 3 de l'arrêté prévoit pour le CRR fluvial deux épreuves : connaissances générales et connaissances pratiques. Le certificat est délivré si le candidat obtient la moyenne à chacune d'elles. Il n'y a pas de compensation : une excellente note en pratique ne rattrape pas une note insuffisante en connaissances générales. Le CRR maritime, lui, comporte trois épreuves.

Partie Questions Contenu du programme
Connaissances générales 10 Réseaux, types de communications et de stations, fréquences, simplex et duplex, code ATIS, voies, double veille, puissances, réglementation et secret des correspondances
Connaissances pratiques 10 Commandes de l'appareil, antennes, alimentation électrique, procédures de détresse, d'urgence, de sécurité et de routine, épellation

Le déroulement est celui du code de la route ou du permis plaisance : les questions à choix multiples sont projetées et lues par une voix de synthèse, le candidat répond avec un boîtier électronique. Il dispose de 22 secondes par question, sans possibilité de revenir en arrière. L'épreuve dure environ 25 minutes. Le manuel ANFR précise que les annexes du manuel ne font pas l'objet de questions.

S'inscrire auprès de l'ANFR

L'examen est organisé par l'Agence nationale des fréquences. Le candidat doit avoir 16 ans au moins à la date de l'examen (article 4). Le bulletin d'inscription fluvial (édition mars 2024) liste les pièces du dossier :

  • le bulletin complété et signé, avec le lieu et la date d'examen souhaités ;
  • une copie recto verso de la carte d'identité, du passeport ou du livret de famille ;
  • une photo d'identité récente (3,5 × 4,5 cm) ;
  • le droit d'examen de 78 €, réglé par chèque avec un envoi au moins 15 jours avant l'examen, ou par carte bancaire via le téléservice de l'ANFR.

Selon le manuel, les résultats arrivent par courrier une huitaine de jours après l'examen, accompagnés du certificat en cas de réussite. L'arrêté ne fixe aucune durée de validité au CRR : il ne prévoit pas de recyclage périodique.

Pour vous situer avant de vous inscrire, le QCM d'entraînement au CRR fluvial reprend le programme des deux parties. Travail-Industrie n'est ni l'ANFR ni un établissement de formation agréé : ce module et ce quiz préparent, ils ne délivrent aucun titre.
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Licence de station, indicatif d'appel et documents de bord

Le CRR qualifie l'opérateur ; la licence de station autorise l'équipement. Tout propriétaire ou utilisateur d'un bateau participant au service radiotéléphonique fluvial doit détenir une licence autorisant l'installation et l'exploitation de ses équipements radio. Les postes portatifs sont aussi concernés. En France, c'est l'ANFR qui gère ces licences.

Selon le manuel CRR maritime de l'ANFR (édition juin 2025), qui vise aussi bien le navire que le bateau fluvial, la licence n'est pas payante, elle est valable un an et renouvelée chaque année. Le bateau doit disposer d'un numéro d'immatriculation ou d'enregistrement français. Toute modification de l'installation, tout changement de propriétaire ou de coordonnées doit être signalé.

Ce que porte la licence

Indicatif d'appel, nom et immatriculation du bateau, coordonnées du titulaire, code ATIS et description des équipements embarqués.

L'indicatif d'appel

De la forme FM suivi de 4 chiffres (exemple : FM1234). Unique au monde, il reste attaché au bateau tant qu'il garde le pavillon français, quels que soient les propriétaires successifs.

Le code ATIS

Attribué par l'ANFR et indiqué sur la licence, il est programmé dans chaque VHF du bord. Sa structure découle de l'indicatif (chapitre 4.2).

Côté documents, le RGPNI exige à bord de tout bateau motorisé équipé de radiotéléphonie, menues embarcations exceptées, le certificat d'opérateur et la licence d'exploitation, ou les documents en tenant lieu (article A. 4241-33, 6°). Le manuel ANFR recommande d'afficher la licence ; les autorités de contrôle, en France comme à l'étranger, peuvent en exiger l'original immédiatement. Dans les eaux françaises, le permis plaisance tient lieu de certificat pour le plaisancier dans les cas vus en zone 2.

Des contrôles peuvent porter sur la concordance entre la licence et la composition réelle de la station, et sur le certificat de l'opérateur. Une VHF non déclarée, ou un équipement passé d'un bateau à un autre sans nouvelle demande, crée un écart immédiatement visible. Les équipements doivent aussi être conformes à la directive européenne dite RED et en porter le marquage.

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Secret des correspondances et appels interdits

Tout ce qui passe sur une voie VHF peut être entendu par n'importe quel poste à portée. Cela ne rend pas ces échanges publics pour autant. La violation du secret des correspondances est un délit, et le manuel ANFR est explicite : il est rigoureusement interdit de faire référence à une communication entendue, que ce soit par inadvertance ou non.

Deux autres comportements sont réprimés pénalement par le CPCE : la transmission d'appels de détresse faux ou trompeurs, et l'usurpation d'indicatif d'appel, c'est-à-dire l'usage volontaire d'un indicatif attribué à une autre station (article L. 39-8).

Comportement Texte Peine encourue
Intercepter, utiliser ou divulguer de mauvaise foi une correspondance transmise par télécommunication Code pénal, art. 226-15 1 an d'emprisonnement et 45 000 € d'amende
Transmettre sciemment, par voie radioélectrique, des signaux ou appels de détresse faux ou trompeurs CPCE, art. L. 39-7 1 an d'emprisonnement et 3 750 € d'amende, ou l'une de ces deux peines ; confiscation possible des appareils
Faire usage d'un indicatif autre que celui assigné à sa station CPCE, art. D. 406-12 et L. 39-8 Interdiction absolue ; l'usurpation d'indicatif est un délit

L'appel de détresse ne se manipule donc pas à la légère, même « pour essayer ». Un essai radio a sa propre procédure, brève et identifiée, présentée au chapitre suivant. Et une fausse alerte déclenchée par erreur s'annule selon une procédure précise, vue au chapitre 4.3.

Ces règles s'appliquent aussi aux équipiers. Le conducteur, qui a autorité sur le service radio, a intérêt à montrer à toute personne susceptible de prendre le combiné comment l'utiliser et ce qu'il ne faut jamais en faire.

Plaisancier sur l'eau douce : quel titre pour ma VHF ?

Je navigue sur des voies d'eau intérieures françaises ?
Non, à l'étranger

CRR fluvial ou maritime obligatoire, VHF fixe ou portative.

Oui, en France

Ma VHF est-elle une portative de 6 W au plus, sans ASN ?

Oui

Pas de certificat exigé ; la licence de station reste nécessaire.

Non (VHF fixe, par exemple)

Permis eaux intérieures, CRR fluvial ou CRR maritime.

Sources

  • Arrêté du 18 mai 2005 relatif aux certificats restreints de radiotéléphoniste du service mobile maritime et du service mobile fluvial, modifié par l'arrêté du 22 février 2011, articles 1er, 3, 4 et 8 — Légifrance
  • Code des transports, articles L. 4000-1, R. 4241-8, R. 4241-49, R. 4274-9, A. 4241-33 et A. 4241-49-5 (RGPNI) — Légifrance
  • Code des postes et des communications électroniques, articles L. 39-7, L. 39-8, L. 41-1, L. 42-4 et D. 406-12 ; code pénal, article 226-15 — Légifrance
  • ANFR, Manuel de préparation du CRR fluvial (éd. août 2021), Manuel de préparation du CRR maritime (éd. juin 2025) et bulletin d'inscription au CRR fluvial (éd. mars 2024) — anfr.fr

À retenir

  • Sur les voies françaises, le plaisancier peut utiliser la VHF avec le permis eaux intérieures, le CRR fluvial ou le CRR maritime ; une portative de 6 W au plus sans ASN est dispensée de titre.
  • À l'étranger et pour les professionnels, le CRR est exigé ; le CRR maritime vaut en fluvial, le CRR fluvial ne vaut pas en mer.
  • Les bateaux, sauf les menues embarcations (moins de 20 m), doivent avoir une installation de radiotéléphonie (R. 4241-49) ; un RPP peut l'imposer aux menues embarcations motorisées.
  • Examen ANFR : 2 épreuves, 20 QCM (10 + 10), 22 s par question, environ 25 min, moyenne exigée à chaque épreuve, 16 ans, 78 €.
  • La licence de station, délivrée par l'ANFR, porte l'indicatif FM + 4 chiffres et le code ATIS ; certificat et licence se trouvent à bord.
  • Faux appel de détresse : jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 3 750 € d'amende (CPCE, L. 39-7) ; le secret des correspondances s'impose à tous.

Sommaire de la formation permis fluvial et CRR