Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation permis fluvial et CRR
4.3 Détresse, urgence et passage en mer (CRR maritime)
Une collision, un incendie, un équipier blessé : c'est dans ces moments que la VHF justifie sa présence à bord. Les messages de détresse, d'urgence et de sécurité suivent des formules fixes, comprises dans toutes les langues. Ce chapitre les détaille sur les voies navigables, puis présente ce qui change lorsque le bateau sort en mer : autre certificat, autres voies, appel sélectif numérique et organisation des secours.
L'ordre de priorité des communications, identique en fluvial et en mer
Détresse, urgence, sécurité : choisir le bon signal
Le message commence par un mot ou un groupe de mots compris dans toutes les langues. L'ordre de priorité est le même dans le service fluvial et dans le service maritime : une communication de détresse passe avant tout le reste, une communication d'urgence avant la sécurité, la sécurité avant la routine.
| Signal | Prononciation | Situation (manuel ANFR fluvial) |
|---|---|---|
| MAYDAY | « m'aider » | Un bateau ou une personne est sous la menace d'un danger grave et imminent et a besoin d'une aide immédiate. |
| PAN PAN | « panne, panne » | Urgence concernant la sécurité du bateau (échouage sans fuite de cargaison, par exemple) ou personne blessée ou malade à bord, sans danger imminent. |
| SÉCURITÉ | « sécurité » | Danger lié à la sécurité de la navigation (objet dangereux, épave à la dérive) ou à la météorologie. |
Le choix du signal n'est pas une affaire de ressenti. Un équipier qui s'est foulé la cheville justifie un PAN PAN ; un incendie qui gagne la timonerie justifie un MAYDAY. Surévaluer la situation mobilise des secours ailleurs nécessaires ; la sous-évaluer retarde l'aide.
Dans toutes ces procédures, l'indicatif d'appel s'énonce une fois, à l'aide de l'alphabet phonétique (« Foxtrot, Mike » suivi des chiffres), et le nom du bateau se répète trois fois dans l'appel. Les éléments vus au chapitre 4.2 (réseaux, voie 10, épellation) servent directement ici.
Le MAYDAY sur une voie navigable : appel, message, accusé de réception
En eaux intérieures, le message de détresse est en général adressé à une station terrestre déterminée (écluse, poste ou centre de trafic), sur une voie du réseau informations nautiques. Il peut aussi être adressé aux bateaux du voisinage sur la voie 10.
- MAYDAY (trois fois) ;
- ICI (ou DE) ;
- nom du bateau (trois fois) ;
- indicatif d'appel (une fois).
- MAYDAY, nom du bateau, indicatif ;
- position, donnée au point kilométrique (PK) ;
- nature de la détresse ;
- secours demandés ;
- tout renseignement utile aux secours.
La position au PK est propre au fluvial : sur une voie d'eau, les bornes kilométriques et les cartes de navigation donnent un repère que l'écluse ou le centre de trafic localisent immédiatement. Préciser le sens de marche (montant ou avalant) et le lieu évite toute ambiguïté.
Qui accuse réception ?
Les stations qui reçoivent un signal de détresse d'une station se trouvant sans doute possible dans leur voisinage doivent en accuser réception. La règle dépend du réseau utilisé :
| Réseau | Accusé de réception |
|---|---|
| Informations nautiques | Transmis par la station terrestre |
| Bateau-autorités portuaires | On attend celui de l'autorité portuaire ; si aucun accusé n'est transmis dans la minute, une station de bateau doit prendre la communication de détresse |
| Bateau-bateau | Par toute station de bateau se trouvant dans le voisinage |
L'accusé de réception reprend le mot MAYDAY, le nom du bateau en détresse, « ICI », le nom de la station qui répond et la mention « message reçu MAYDAY », suivie des informations utiles, par exemple les secours engagés.
Relais, silence, PRUDENCE, SILENCE FINI ; urgence et sécurité
Une station qui n'est pas elle-même en détresse peut retransmettre le message : elle le signale par MAYDAY RELAY répété trois fois, suivi de « ICI », de son nom (trois fois), puis de « MAYDAY », du nom du bateau en détresse et des renseignements du message initial. Une écluse peut ainsi informer tous les usagers d'une collision et de l'interruption de la navigation sur un bief.
La direction du trafic de détresse revient en principe au bateau en détresse ou à la station qui a lancé l'appel. Elle dispose de trois signaux :
Impose le silence à toute station qui perturbe le trafic de détresse.
Autorise un trafic restreint lorsque le silence complet n'est plus nécessaire.
Clôt le message « à tous » annonçant la fin de la situation de détresse, avec l'heure et le nom du bateau secouru.
Le message d'urgence
Les communications d'urgence passent de préférence sur le réseau informations nautiques. L'appel : PAN PAN (trois fois), nom de la station appelée (trois fois), ICI, nom du bateau (trois fois), indicatif (une fois). Le message donne, dans l'ordre, la position, la nature de l'urgence, les secours demandés, les intentions du responsable du bateau (par exemple se ranger en bordure de chenal) et tout renseignement utile.
Le message de sécurité
Les messages de sécurité sont diffusés sur les voies du réseau informations nautiques ou, le cas échéant, sur celles du réseau bateau-bateau. L'appel suit le même schéma, avec SÉCURITÉ répété trois fois. Un tronc d'arbre bloquant une passe sous un pont ou un alternat de circulation mis en place en sont des exemples typiques.
Sortir en mer : le CRR maritime et la voie 16
Le CRR fluvial ne permet pas d'utiliser une VHF en mer. Selon l'arrêté du 18 mai 2005, un plaisancier qui navigue dans les eaux territoriales françaises doit détenir le CRR maritime ou le permis de conduire en mer les bateaux de plaisance à moteur, sauf s'il utilise une portative de 6 W au plus dépourvue d'ASN : une portative équipée de l'ASN n'est pas dispensée. Dans les eaux internationales, seul le CRR maritime convient.
| Examen du CRR maritime | Questions |
|---|---|
| Généralités du service mobile maritime | 6 |
| Radiotéléphonie VHF | 8 |
| Utilisation pratique de la VHF ASN (SMDSM) | 10 |
| Total | 24 |
Le déroulement est le même qu'en fluvial (22 secondes par question, environ 25 minutes, droit d'examen de 78 €), mais l'arrêté prévoit trois épreuves au lieu de deux, avec la moyenne exigée à chacune. Le QCM d'entraînement au CRR maritime couvre ce programme.
En mer, la logique des voies change. La voie 16 est la voie internationale d'appel et de détresse : MAYDAY, PAN PAN et SÉCURITÉ s'y émettent en phonie. Les échanges de routine entre navires se tiennent sur les voies 6, 8, 72 et 77, après un appel bref sur la 16. La voie 9 est la plus utilisée par les ports de plaisance en France. La puissance normale de 25 W donne une portée de 20 à 30 milles ; la puissance réduite de 1 W est recommandée dans les ports et pour les liaisons de proximité.
ASN, voie 70, MMSI et bouton DISTRESS
L'appel sélectif numérique transmet des messages codés sur la voie 70 (156,525 MHz) : alertes de détresse et leurs accusés de réception, relais, appels préalables aux communications d'urgence, de sécurité et de routine. Pour fonctionner, la VHF doit être programmée avec le MMSI du navire.
Identifiant unique de 9 chiffres, attribué par l'ANFR. Les trois premiers chiffres (MID) donnent la nationalité : 226, 227 ou 228 pour un navire rattaché à un quartier de métropole. Celui d'une station côtière commence par 00. Il ne doit jamais être recodé sur l'équipement d'un autre navire, et ne se confond pas avec l'identifiant AIS d'usine commençant par 970, 972 ou 974.
Une pression d'au moins 5 secondes sur la touche rouge envoie une alerte de détresse sans préciser sa nature (« undesignated »), avec le MMSI, la position et l'heure. Les menus permettent aussi de préciser la nature : incendie, voie d'eau, échouement, homme à la mer, etc.
Après l'envoi, la VHF attend un accusé de réception, généralement émis rapidement sur la voie 70 par une station côtière. Faute de réponse, l'alerte est renouvelée automatiquement toutes les quatre minutes. Dès l'accusé de réception reçu, le navire passe sur la voie 16 et donne son message de détresse en phonie : MAYDAY, identification (nom, MMSI, indicatif), position, nature de la détresse et assistance demandée, autres informations.
La plupart des VHF de plaisance sont de classe D. Seules les classes A ou B peuvent accuser réception d'une alerte sur la voie 70 : avec une classe D, l'accusé de réception se fait à la voix sur la voie 16.
Pour l'urgence et la sécurité, l'ASN sert d'annonce : une annonce « à tous » ne fait pas l'objet d'un accusé de réception, les stations passent à l'écoute de la voie indiquée (la 16 pour l'urgence) pour recevoir le message en phonie.
Relais, fausse alerte, CROSS et radiobalises
En mer, un navire doit retransmettre un message de détresse s'il n'a fait l'objet d'aucun accusé de réception dans un délai de cinq minutes, ou si le navire en détresse n'arrive pas à joindre la station côtière. Le relais se fait sur la voie 16 : MAYDAY RELAY (trois fois), À TOUS (trois fois), ICI, nom (trois fois) et indicatif du relayeur, puis MAYDAY, identité du navire en détresse et reprise du message.
Les secours en mer sont coordonnés en France par les CROSS (centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage). Il y en a cinq en métropole : Gris-Nez, Jobourg, Corsen, Étel et La Garde. Ils sont joignables depuis un téléphone au 196. Le manuel ANFR rappelle que la SNSM est souvent sollicitée par les CROSS pour intervenir.
La zone A1 du système mondial de détresse et de sécurité en mer (SMDSM) correspond à la couverture d'au moins une station côtière VHF avec alerte ASN permanente : en métropole, 20 à 30 milles des côtes. C'est l'espace où la VHF ASN suffit pour alerter.
| Radiobalise (RLS / EPIRB) | Ce que dit le manuel CRR maritime |
|---|---|
| 406 MHz | Fréquence transmise aux satellites Cospas-Sarsat : identification et localisation |
| 121,5 MHz | Radioralliement : repérage en phase finale d'approche par les sauveteurs |
| Autonomie et entretien | Fonctionnement pendant 48 heures ; batterie à conserver cinq ans en général, date de péremption inscrite sur la balise |
| Emport (plaisance, 24 m ou moins) | Au-delà de 60 milles d'un abri : radiobalise, VHF fixe et VHF portative ; entre 6 et 60 milles : VHF fixe |
La même VHF, deux mondes : voies navigables ou mer
- CRR fluvial, CRR maritime ou permis eaux intérieures
- Appel bateau-bateau sur la voie 10
- Détresse vers une station terrestre (informations nautiques) ou voie 10
- Position au PK
- Mode ATIS, 1 W ; veille de deux réseaux avec deux postes, dual watch interdit
- ASN et voie 70 interdits
- CRR maritime, ou permis mer dans les eaux territoriales françaises
- Appel et détresse sur la voie 16
- Alerte ASN sur la voie 70, bouton DISTRESS 5 s
- Position en coordonnées ou par rapport à un point connu
- Identification par le MMSI
- Relais MAYDAY après 5 min sans accusé de réception
Sources
- ANFR, Manuel de préparation du CRR fluvial (éd. août 2021), chapitre I § D et chapitre II § B.3 (détresse, urgence, sécurité) — anfr.fr
- ANFR, Manuel de préparation du CRR maritime (éd. juin 2025), avant-propos, chapitres 1 à 3 (voies, procédures, ASN, MMSI, fausse alerte, SMDSM, radiobalises) — anfr.fr
- Arrêté du 18 mai 2005 modifié relatif aux certificats restreints de radiotéléphoniste du service mobile maritime et du service mobile fluvial, articles 1er et 3 — Légifrance
À retenir
- Priorité : MAYDAY (danger grave et imminent), PAN PAN (urgence sans danger imminent), SÉCURITÉ (navigation, météo), puis routine.
- En fluvial, le MAYDAY va en général à une station terrestre sur le réseau informations nautiques, ou aux bateaux voisins sur la voie 10 ; position au PK.
- Sur le réseau bateau-autorités portuaires, sans accusé de réception dans la minute, un bateau prend la communication de détresse.
- SILENCE MAYDAY impose le silence, PRUDENCE autorise un trafic restreint, SILENCE FINI clôt la détresse.
- En mer : CRR maritime (24 QCM, 3 épreuves), voie 16, ASN sur la voie 70, MMSI de 9 chiffres, DISTRESS 5 s, alerte répétée toutes les 4 min.
- Relais après 5 min sans accusé ; fausse alerte annulée toujours en phonie sur la 16 ; CROSS au 196, balises sur 406 et 121,5 MHz.