Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation
4.1 Drone et activité professionnelle : ce que permet la catégorie Ouverte
Un professionnel peut utiliser la catégorie Ouverte pour inspecter, relever ou suivre un chantier, à condition de rester dans ses limites. Ce chapitre montre comment qualifier une mission, ce que la France ajoute pour la zone peuplée, et où commence la catégorie Spécifique.
Trois catégories d'opérations, classées par niveau de risque
Ouverte
Faible risque
Vol en vue directe dans des zones qui représentent un faible risque pour la circulation aérienne et pour les personnes. Pas de déclaration ni d'autorisation pour chaque vol.
Spécifique
Risque modéré
Vol en vue directe dans des conditions différentes de la catégorie Ouverte, ou vol hors vue. Autorisation d'exploitation, ou déclaration d'un scénario standard.
Certifiée
Haut risque
Niveau élevé de fiabilité de l'aéronef et des opérations, par exemple pour le transport de personnes ou de marchandises dangereuses.
Définitions du guide DSAC « Catégorie Ouverte » (§ 2.1). La finalité de l'activité, loisir ou professionnelle, n'entre pas dans le classement.
Le risque décide de la catégorie, pas le fait d'être payé
La réglementation européenne classe les opérations de drone « en fonction du niveau de risque qu'elles représentent, sans considération sur leur finalité (loisirs ou professionnelle) », selon le guide de la DSAC. Un professionnel n'est donc pas condamné à la catégorie Spécifique : s'il respecte les limites de la catégorie Ouverte, il peut y opérer.
Un exploitant peut faire le choix d'opérer selon la catégorie Ouverte (qui permet de voler en respectant un nombre réduit d'exigences) si les opérations sont réalisées en vue directe et si les localisations et hauteurs d'activité sont compatibles avec les restrictions d'espace applicables à la catégorie Ouverte.
— DSAC, « Guide catégorie Ouverte », éd. 2 v1.1 du 26 juillet 2026, § 2.2
Trois précisions du même guide évitent des contresens :
- Une seule catégorie par opération. Un même exploitant peut opérer dans une ou plusieurs catégories selon ses missions, mais « une seule catégorie est appliquée à une opération ».
- Le choix reste conditionné. Si la mission sort des limites (hors vue, hauteur supérieure, zone interdite), l'exploitant opère « dans le cadre de la catégorie Spécifique ».
- Certains vols sont hors champ. Le guide ne s'applique pas aux aéronefs qui exécutent des activités militaires, de douane, de police, de recherche et sauvetage, de lutte contre l'incendie, de contrôle des frontières ou de surveillance côtière (§ 3.8).
Les définitions de sous-catégories (A1, A2, A3), de classes et d'examens sont rappelées aux chapitres 1.1 et 1.3.
Les six conditions de l'article 4 du règlement 2019/947
L'article 4 du règlement d'exécution (UE) 2019/947 énumère les conditions cumulatives qui font entrer une exploitation dans la catégorie Ouverte. Une seule condition non remplie suffit pour en sortir.
| Condition de l'article 4 | Ce que dit le règlement | Pour une mission professionnelle |
|---|---|---|
| a. L'aéronef | Appartient à une classe du règlement délégué (UE) 2019/945, est construit à titre privé ou remplit les conditions de l'article 20 | Vérifier l'étiquette de classe ou le statut « sans classe » du drone avant de choisir la sous-catégorie |
| b. La masse | Masse maximale au décollage inférieure à 25 kg | Charge utile comprise : la masse totale compte, pas seulement le drone seul |
| c. Les personnes | Distance de sécurité maintenue avec les personnes ; pas de survol de rassemblements | Les distances dépendent de la sous-catégorie (chapitre 2.2) |
| d. La vue directe | Le pilote conserve à tout moment une vue directe, sauf mode suivez-moi ou observateur | Pas de vol dépendant du seul écran : pas de mission hors vue en catégorie Ouverte |
| e. La hauteur | Moins de 120 mètres du point le plus proche de la surface, sauf survol d'un obstacle | Mesure faite depuis le sol ou l'eau le plus proche, pas depuis le point de décollage |
| f. Le chargement | Pas de marchandises dangereuses, aucune matière larguée | Pas d'épandage ni de largage, même de matériel d'inspection |
La France y ajoute deux règles que le guide de la DSAC rappelle :
- Pas de vol de nuit. Un aéronef « ne doit pas être utilisé la nuit » en catégorie Ouverte, même équipé de dispositifs d'éclairage (§ 7). La nuit aéronautique s'étend de la fin du crépuscule civil au début de l'aube civile ; une dérogation peut être demandée au préfet territorialement compétent.
- Pas de vol autonome sans reprise de contrôle. Le vol en mode automatique est autorisé sous la surveillance du télépilote, qui doit pouvoir reprendre à tout moment le contrôle manuel (§ 9.4).
À noter : le règlement européen prévoit, pour une exploitation de nuit, l'activation d'un feu vert à éclats (UAS.OPEN.060). La règle nationale d'interdiction du vol de nuit en catégorie Ouverte reste cependant celle qu'applique le guide DSAC : ne pas déduire de la règle européenne que le vol de nuit serait libre en France.
En France, l'espace public en agglomération est réservé aux professionnels
La note du guide est sans ambiguïté : « En France, la catégorie Ouverte en espace public en agglomération n'est possible que dans un cadre professionnel. » Pour un loisir, le vol y est interdit, sauf décision préfectorale autorisant la pratique dans un lieu public donné.
En France, le vol en catégorie Ouverte est notamment interdit dans l'espace public en agglomération, sauf dans le cadre de l'activité professionnelle.
— DSAC, « Guide catégorie Ouverte », éd. 2 v1.1 du 26 juillet 2026, § 3.1
Trois notions du guide servent à qualifier le site de la mission :
L'agglomération
Espace où sont groupés des immeubles bâtis rapprochés, dont l'entrée et la sortie sont signalées par des panneaux (code de la route, R110-2). Le contour de la carte Géoportail n'est donné qu'à titre indicatif.
L'espace public
Voies publiques et lieux ouverts au public, dont l'accès est libre ou possible sous condition que toute personne peut remplir (plages, jardins publics, billet d'entrée).
L'espace privé
Vol possible en agglomération avec l'accord de l'occupant des lieux, à une vitesse et une hauteur adaptées à l'environnement. La règle du « 1 pour 1 » est présentée comme bonne pratique.
Cas particulier de Paris : tous les vols en extérieur y sont interdits, même dans les espaces privés, car l'espace aérien au-dessus de Paris est un espace « interdit » (zone P 23), d'après le guide. Les zones, hauteurs et restrictions locales se vérifient sur Géoportail avant tout vol (chapitre 2.1).
Zone peuplée : le préavis de dix jours ouvrables à la préfecture
Pour un vol professionnel en agglomération qui se déroule en « zone peuplée », le guide prévoit une déclaration préalable. Le texte de la version 1.1 du 26 juillet 2026 précise ce point ; relisez-le avant chaque mission, car il évolue avec les mises à jour du guide.
Un aéronef évolue en zone peuplée, en France, lorsqu'il évolue :
- au sein d'une agglomération figurant sur les cartes aéronautiques, ou à moins de 50 mètres de son contour ;
- à moins de 150 mètres d'un rassemblement de personnes, c'est-à-dire d'un rassemblement où la densité empêche les personnes de s'éloigner (public de spectacle, manifestation sportive, parc public ou plage en période d'affluence, défilé).
| Étape | Ce que prévoit le guide DSAC (§ 6.3) |
|---|---|
| 1. Déclarer | Auprès de la préfecture territorialement compétente, en ligne sur AlphaTango (voie recommandée) ou par le formulaire CERFA n° 15476 |
| 2. Respecter le préavis | Dix jours ouvrables, sans compter le jour de la déclaration ni le premier jour des vols |
| 3. Déclarer une plage de dates | Possible ; au-delà de 7 jours, joindre des justifications appropriées (contrat d'un donneur d'ordre, par exemple) |
| 4. Attendre ou non une réponse | En l'absence de réponse, le vol est considéré comme autorisé, sauf pour les demandes faites en deçà du préavis de dix jours ; la préfecture peut interdire le vol ou imposer des restrictions pour des raisons de sûreté ou d'ordre public |
Si le préavis de dix jours ouvrables ne peut pas être respecté, le vol n'est possible qu'avec l'accord de la préfecture. Un exploitant peut aussi déléguer la notification à un tiers titulaire d'un numéro de délégataire DGAC. Cette déclaration ne dispense pas des autres restrictions : voisinage d'aérodromes, espaces aériens réglementés, zones interdites de survol à basse hauteur.
Ce que l'exploitant professionnel doit organiser
Le règlement répartit les responsabilités entre l'exploitant (la personne ou l'entreprise qui organise l'activité) et le pilote à distance (qui vole). Pour l'exploitant, l'annexe du règlement (UAS.OPEN.050) impose notamment :
- d'élaborer des procédures opérationnelles adaptées au type d'exploitation et aux risques ;
- de désigner un pilote à distance pour chaque vol ;
- de s'assurer que les pilotes et le personnel d'appui connaissent les instructions du fabricant, possèdent les compétences de la sous-catégorie visée et reçoivent les informations à jour sur les zones géographiques ;
- de veiller à ce que l'aéronef de classe soit accompagné de sa déclaration de conformité et porte son étiquette de classe ;
- en sous-catégorie A2 ou A3, de s'assurer que toutes les personnes qui participent à l'exploitation et sont présentes dans la zone ont été informées des risques et ont expressément accepté de participer.
Avant chaque vol, le guide DSAC (§ 8.1) demande de se munir de l'attestation de suivi de formation (et de toute pièce justifiant des compétences, notamment le brevet pour l'A2), de l'attestation d'enregistrement d'exploitant et de l'extrait d'enregistrement de l'aéronef lorsque celui-ci est enregistré. Ne pas pouvoir les présenter lors d'un contrôle est passible d'une contravention pour un aéronef de 800 g ou plus (§ 10.3).
Le télépilote de loisir et le professionnel suivent donc les mêmes règles de vol ; ce qui change est la discipline d'organisation (procédures écrites, désignation du pilote, information des participants) et l'assurance, traitées au chapitre 2.3.
Quatre missions fictives pour s'entraîner à qualifier une opération
Ces cas sont imaginés pour la formation : ils ne décrivent aucune entreprise ni aucun chantier réel. Chacun s'analyse avec les conditions de l'article 4 et le guide de la DSAC.
Cas 1Cheminée de 140 mètres
Un exploitant doit inspecter visuellement le haut d'une cheminée d'usine de 140 m de hauteur, en vue directe, depuis le sol.
La limite de 120 m ne suffit pas à couvrir le sommet. Mais lorsqu'un aéronef évolue dans un rayon horizontal de 50 m autour d'un obstacle artificiel de plus de 105 m, la hauteur maximale peut être portée à 15 m au-dessus de l'obstacle, à la demande de l'entité responsable de cet obstacle (UAS.OPEN.010 (3)). Ici : jusqu'à 155 m, si l'exploitant de l'usine en fait la demande. Les restrictions de zone restent à vérifier.
Cas 2Toiture d'un entrepôt en agglomération
Un relevé de toiture est prévu sur un entrepôt situé dans une agglomération, avec l'accord de l'exploitant du site.
C'est un espace privé en agglomération, avec accord de l'occupant, donc possible. Si le vol se déroule à moins de 50 m du contour de l'agglomération ou au sein de celle-ci, il est en zone peuplée : déclaration à la préfecture avec préavis de dix jours ouvrables. Les distances de sécurité de la sous-catégorie visée s'appliquent aux personnes non impliquées.
Cas 3Intérieur d'une cuve
Un exploitant veut inspecter l'intérieur d'une cuve fermée avec un petit drone.
Un espace « clos et couvert » est hors du champ du règlement européen (guide DSAC, § 3.8) : il revient au propriétaire du lieu et au télépilote de prendre toutes les précautions. L'enregistrement des aéronefs de 800 g ou plus reste exigé. Le risque d'atmosphère explosive est un sujet à part, traité dans l'article du blog sur les inspections de drones en milieu confiné.
Cas 4Canalisation de 3 km hors de vue
Un suivi doit couvrir une canalisation sur trois kilomètres, le drone volant hors de vue du pilote.
La vue directe est une condition de l'article 4 : le vol hors vue est exclu de la catégorie Ouverte. L'exploitation relève de la catégorie Spécifique, avec autorisation d'exploitation ou scénario standard adapté (zone suivante).
Si un cas vous semble relever de plusieurs règles à la fois, appliquez-les toutes : la réglementation se cumule, elle ne se choisit pas.
Quand la mission sort du cadre : la catégorie Spécifique en bref
Selon l'article 5 du règlement, lorsque l'une des exigences de l'article 4 ou de la partie A de l'annexe n'est pas remplie, l'exploitant doit obtenir une autorisation d'exploitation auprès de l'autorité compétente, avec une évaluation des risques jointe à la demande. Une alternative existe pour deux types d'opérations décrits à l'appendice 1 : les scénarios standards, sur simple déclaration.
| Scénario standard | Intitulé du règlement | Classe de drone exigée |
|---|---|---|
| STS-01 | VLOS au-dessus d'une zone contrôlée au sol dans un environnement habité | Classe C5 |
| STS-02 | BVLOS avec des observateurs de l'espace aérien au-dessus d'une zone contrôlée au sol dans un environnement à faible densité de population | Classe C6 |
Pour exercer en catégorie Spécifique, le télépilote doit notamment être titulaire du certificat d'aptitude théorique aux scénarios standards (CATS). D'après la page du ministère sur les examens théoriques (mise à jour du 28 juillet 2026), l'inscription au CATS suppose l'attestation de réussite A1/A3 ou le brevet d'aptitude de pilote à distance, et le paiement d'une redevance de 30 €, dont les demandeurs d'emploi sont exonérés.
Cette formation ne prépare pas la catégorie Spécifique. Le détail des certifications, des classes C5 et C6 et du parcours professionnel est dans l'article du blog Drones industriels : les certifications DGAC pour devenir pilote pro. Pour le métier et ses débouchés, voyez l'article Pilote de drone industriel ; pour l'imagerie thermique embarquée, la formation thermographie infrarouge.
Ma mission reste-t-elle en catégorie Ouverte ? Six questions dans l'ordre
Drone de moins de 25 kg, avec classe ou construit à titre privé ?
Si non : hors catégorie Ouverte (autorisation, art. 5)
Aéronef maintenu en vue directe (ou observateur, ou mode suivez-moi) ?
Si non : vol hors vue, catégorie Spécifique
Moins de 120 m du point le plus proche (ou obstacle de plus de 105 m avec demande de l'entité responsable) ?
Si non : hors catégorie Ouverte
Aucun survol de rassemblement, distances de la sous-catégorie respectées ?
Si non : hors catégorie Ouverte
Aucun largage, aucune marchandise dangereuse ?
Si non : hors catégorie Ouverte (Spécifique ou Certifiée selon le risque)
Vol de jour, hors zone interdite ? Zone peuplée déclarée à la préfecture ?
Si non : interdit en l'état (dérogation préfectorale possible pour la nuit)
Sources
- Règlement d'exécution (UE) 2019/947, art. 4 et 5 ; annexe, UAS.OPEN.010, UAS.OPEN.050 et UAS.OPEN.060 ; appendice 1 (STS-01 et STS-02) — version consolidée du 1er mai 2025, EUR-Lex
- Règlement délégué (UE) 2019/945 (classes C0 à C6) — EUR-Lex
- DSAC, « Guide catégorie Ouverte », éd. 2 v1.1 du 26 juillet 2026 (§ 2.1, 2.2, 3.1, 3.8, 6.3, 7, 8.1, 9.4 et 10.3) — ecologie.gouv.fr
- Ministère de la Transition écologique, page « Examens théoriques de télépilote de drone » (mise à jour du 28 juillet 2026) — ecologie.gouv.fr
- Géoportail : restrictions UAS pour la catégorie Ouverte
À retenir
- La catégorie se choisit selon le risque de l'opération, pas selon le caractère professionnel ou non de l'activité.
- Les six conditions de l'article 4 sont cumulatives : moins de 25 kg, vue directe, moins de 120 m, distances de sécurité, ni largage ni marchandises dangereuses, aéronef conforme.
- En France : pas de vol de nuit en catégorie Ouverte, et l'espace public en agglomération n'est ouvert qu'aux professionnels.
- En zone peuplée (moins de 50 m d'une agglomération, moins de 150 m d'un rassemblement), un vol professionnel est déclaré à la préfecture avec dix jours ouvrables de préavis.
- L'exploitant désigne un pilote par vol, écrit des procédures et fait accepter les risques aux personnes qui participent à l'opération en A2 et A3.
- Hors vue, au-dessus de 120 m ou avec un drone de 25 kg et plus : catégorie Spécifique, avec autorisation ou scénario standard (STS-01 avec C5, STS-02 avec C6) et CATS.