Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation
4.2 Préparer un vol : check-list, procédures et conduite en cas d'incident
Un vol sûr se joue en grande partie avant le décollage. Ce chapitre assemble les obligations du règlement et du guide de la DSAC en une trame de préparation, puis décrit les réflexes en vol, les situations anormales à s'entraîner à gérer et les suites d'un incident.
Un vol se prépare en trois temps
1. Avant : au bureau
- Le site est-il autorisé, jusqu'à quelle hauteur ?
- Quelles distances aux personnes ?
- Quelle météo prévue ?
- Documents rassemblés
2. Sur site : avant de décoller
- État du drone et des hélices
- Batteries du drone et de la radiocommande
- Fonctions de sécurité paramétrées
- Liaison, GPS, brouillage
3. Après : le retour d'expérience
- Arrêt et sécurisation de l'aéronef
- Inspection après le vol
- Relecture de l'opération
- Événement de sécurité signalé à la DGAC
Trame inspirée du guide DSAC (§ 8) et des compétences pratiques de l'AMC2 UAS.OPEN.030(2)(b). Elle ne remplace pas le manuel du fabricant de votre drone.
Pourquoi une check-list : le règlement met les vérifications à la charge du pilote
Le règlement d'exécution (UE) 2019/947 ne laisse pas la préparation du vol à la bonne volonté du pilote : l'annexe énumère ce qu'il doit faire avant d'exploiter l'UAS. Le guide de la DSAC ajoute que « le recours à des check-lists ou listes de vérifications peut contribuer à ne pas oublier les éléments les plus importants pour la sécurité » (§ 8).
| Avant l'exploitation (UAS.OPEN.060 (1)) | Ce que le pilote doit faire |
|---|---|
| a | Posséder les compétences de la sous-catégorie et être en possession de sa preuve d'aptitude |
| b | Recevoir les informations à jour sur les zones géographiques publiées par l'État d'exploitation |
| c | Observer l'environnement, vérifier les obstacles et la présence de toute personne ne participant pas à l'exploitation |
| d | S'assurer que l'UAS peut terminer le vol prévu en sécurité et, le cas échéant, que l'identification directe à distance est active et actualisée |
| e | Si une charge utile supplémentaire est installée, vérifier que la masse ne dépasse ni la masse maximale au décollage du fabricant ni la limite de sa classe |
Ces cinq obligations suffisent à construire une trame. Les sections suivantes les déclinent en actions concrètes, avec les listes du guide DSAC et les compétences pratiques de l'AESA.
Pour les vols où le pilote est assisté, le règlement (UAS.OPEN.060 (4)) autorise un observateur, à condition qu'une communication claire et efficace existe entre le pilote et lui.
Le site, l'espace aérien et les droits des tiers
La première série de vérifications porte sur le lieu du vol. Le guide DSAC (§ 8.1) demande de s'assurer que :
- le vol est possible sur le site envisagé et que la hauteur maximale autorisée y est connue : consultation de Géoportail et, pour les restrictions temporaires, du site du service de l'information aéronautique (SIA) ;
- les distances de sécurité avec les personnes seront respectées (chapitre 2.2) ;
- l'opération est compatible avec les autres activités aériennes du secteur ;
- les documents nécessaires sont à portée de main : attestation de formation, brevet pour l'A2, attestation d'enregistrement d'exploitant, extrait d'enregistrement de l'aéronef.
Deux points sont souvent oubliés :
- Le survol des propriétés privées. L'article L6211-3 du code des transports dispose que le droit de survoler les propriétés privées « ne peut s'exercer dans des conditions telles qu'il entraverait l'exercice du droit du propriétaire ». Le guide invite l'exploitant à évaluer ce risque avant le vol, notamment en cas de vol à très basse hauteur, et à se coordonner avec le propriétaire en cas de doute (§ 8.2).
- La prise de vues. Certaines zones sont interdites à la captation aérienne de données ; l'exploitant doit s'assurer, avant chaque mission, de l'absence d'interférence entre son site et ces zones ou obtenir les autorisations de l'autorité délégataire (§ 9.7). Le guide cite l'arrêté du 17 novembre 2025 comme texte en vigueur à sa publication.
Le détail des zones, des hauteurs et des restrictions figure au chapitre 2.1 ; la vie privée et la protection des données au chapitre 2.3.
Le drone, la radiocommande et les batteries
Sur le terrain, la vérification de l'aéronef suit une logique de bout en bout : de l'état physique aux paramètres de sécurité, puis aux sources d'énergie. Le guide DSAC (§ 8.1) et l'AESA (AMC2 UAS.OPEN.030(2)(b)) convergent sur les points suivants.
| Vérification | Précision des textes relus |
|---|---|
| État général | Contrôles préconisés par le constructeur réalisés ; composants amovibles de l'aéronef correctement fixés |
| Logiciels | Logiciels de l'aéronef et du poste de télépilotage à la dernière version publiée par le constructeur |
| Instruments | Calibrage des instruments embarqués si nécessaire |
| Fonctions de sécurité | Limitation de hauteur ou d'éloignement, retour à la maison, posé automatique, mode basse vitesse : correctement paramétrés ; géovigilance activée et à jour |
| Batteries | Batteries de l'aéronef et de la radiocommande en bon état, suffisamment chargées et compatibles avec l'opération prévue |
| Masse | Ne pas dépasser la plage de masse déclarée à l'enregistrement ; un aéronef non enregistré parce qu'il pèse moins de 800 g ne doit pas être utilisé à 800 g ou plus |
| Liaison | Fonctionnement correct de la liaison de commande et de contrôle ; absence de brouillage possible (par exemple près de structures métalliques) |
Les performances des batteries et la charge utile sont approfondies au chapitre 3.2. Le GPS fait l'objet d'une vérification propre : pour les aéronefs équipés, quatre satellites au minimum sont nécessaires à une position précise, et le signal peut être masqué en intérieur ou autour de grandes structures (guide DSAC, § 8.1).
Les conditions du jour : météo, signal et état du pilote
La météo n'est pas un détail : le guide interdit d'utiliser l'aéronef « par mauvaise visibilité ou par vent incompatible avec ses performances ». L'AESA demande de contrôler les conditions courantes et la prévision pour l'heure prévue de l'opération (AMC2 UAS.OPEN.030(2)(b), (a) 7). L'effet du vent, de la température, de la visibilité et de la densité de l'air est détaillé au chapitre 3.1.
Le pilote fait lui aussi partie de la vérification. Le règlement (UAS.OPEN.060 (2) a) interdit d'accomplir ses tâches :
- sous l'influence de substances psychotropes ou de l'alcool ;
- lorsqu'il est inapte du fait d'une blessure, de la fatigue, d'un traitement médical, d'une maladie ou d'autres causes.
Le guide DSAC reprend cette idée en demandant de s'assurer que le télépilote est « en bonne condition physique et mentale pour assurer la sécurité du vol » (§ 8.1). En pratique, un traitement qui altère la vigilance suffit à reporter le vol.
En vol : les règles qui ne se négocient pas
Une fois en l'air, quelques règles structurent toute la conduite du vol. Elles viennent de l'annexe du règlement (UAS.OPEN.060 (2) et (3)) et du guide DSAC (§ 9).
Vue directe et balayage du ciel
Le pilote maintient l'aéronef en vue directe et assure un balayage visuel complet de l'espace aérien. Il interrompt le vol si l'exploitation présente un risque pour d'autres aéronefs, des personnes, des animaux, l'environnement ou des biens.
Priorité aux aéronefs habités
Il faut détecter visuellement et auditivement tout rapprochement d'aéronef et céder le passage aux aéronefs habités. Quand l'un d'eux est à proximité, le guide recommande de ne pas décoller ou d'interrompre le vol en cours.
Zones d'urgence
Le pilote et l'exploitant ne volent pas à proximité ou à l'intérieur de zones où des mesures d'intervention d'urgence sont en cours, sauf autorisation des services d'intervention responsables.
Contrôle et mode automatique
Le vol automatique est autorisé sous surveillance, à condition de pouvoir reprendre le contrôle manuel à tout moment. Le pilote reste en mesure de garder le contrôle de l'aéronef, sauf en cas de liaison perdue.
Entre aéronefs sans équipage, les règles de l'air donnent la priorité, en simplifiant, à droite, à l'aéronef le plus bas et à l'aéronef le moins manœuvrant (guide DSAC, § 9.2). Pour un vol en immersion (FPV) ou en mode « suivez-moi », le guide exige qu'une autre personne garde l'aéronef en vue directe à côté du télépilote (§ 9.3).
Situations anormales : s'y être préparé avant de les rencontrer
L'AESA liste, dans les compétences pratiques de l'autoformation du brevet A2, ce qu'un pilote doit savoir gérer en conditions anormales (AMC2 UAS.OPEN.030(2)(b), (d)). Cette liste n'impose pas de procédure : elle sert de plan d'entraînement, à pratiquer selon le manuel du fabricant et, si possible, en simulation.
| Situation | Compétence à s'entraîner (AMC2) |
|---|---|
| Perte de liaison | Appliquer la méthode de récupération après une perte de liaison simulée ; connaître le retour à la maison (automatique ou manuel) |
| Positionnement dégradé | Gérer la trajectoire quand l'équipement de positionnement est altéré, si le drone permet de le désactiver |
| Intrusion d'une personne | Prendre les mesures appropriées pour maintenir la sécurité quand une personne entre dans la zone d'opération |
| Aéronef habité ou autre drone à proximité | Simuler l'incursion d'un aéronef habité ou d'un autre UAS et réagir (priorités du guide DSAC) |
| Automatisme dangereux | Reprendre le contrôle manuel quand un système automatique rend la situation dangereuse |
| Sortie de la zone | Gérer la sortie de la zone d'opération telle que définie en préparation du vol |
Le principe commun est de décider avant le vol où se poser, quoi faire en cas de perte de liaison et qui prévenir. Les fonctions de sécurité du drone (retour à la maison, posé automatique) aident, à condition d'avoir été paramétrées dans la vérification prévol (zone 3) : un paramètre de retour à la maison inadapté aux obstacles du site, par exemple, se règle avant de décoller, pas pendant l'incident (conseil de la formation).
Après le vol et après un incident : débriefing, signalement, responsabilité
Le vol ne s'arrête pas à l'atterrissage. L'AESA décrit, pour la phase de retour d'expérience (AMC2, (e)) : arrêter et sécuriser l'aéronef, procéder à une inspection après le vol en consignant l'état de l'aéronef, de ses systèmes, composants et sources d'énergie, revoir l'opération, et repérer les situations qui exigent un compte rendu d'événement.
- Signaler. « Tout évènement lié à la sécurité doit être remonté à la DGAC », indique le guide DSAC (§ 10.2), qui renvoie à un guide de notification des événements et à un formulaire de compte rendu (CRESUS).
- Répondre des dommages. Le télépilote est « de plein droit responsable des dommages causés aux personnes et aux biens à la surface » (code des transports, L6131-1 et L6131-2, cités par le guide, § 10.1). Il lui revient de vérifier dans quelles conditions son activité est assurée, par un contrat de responsabilité civile ou une assurance spécifique (chapitre 2.3).
- Connaître les sanctions. D'après le guide (§ 10.3), utiliser un aéronef dans des conditions non conformes aux règles de sécurité est puni d'un an d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende (L6232-4) ; le survol par maladresse ou négligence d'une zone interdite de survol, de six mois d'emprisonnement et 15 000 €, portés à un an et 45 000 € en cas de survol volontaire ou de refus de se conformer aux injonctions de l'autorité administrative (L6232-12, cité par le guide pour cette seconde peine).
L'exploitant doit élaborer des procédures opérationnelles adaptées à son activité (UAS.OPEN.050). Consigner ses vols et leurs anomalies est un moyen d'alimenter ces procédures et de repérer les événements à signaler : c'est un conseil de cette formation, non une exigence des extraits de textes relus.
Exemple de liste de contrôle avant le décollage
Liste d'exemple : adaptez-la à votre aéronef et à votre manuel d'utilisation.
Sources
- Règlement d'exécution (UE) 2019/947, annexe, UAS.OPEN.050, UAS.OPEN.060 (version consolidée du 1er mai 2025) — EUR-Lex
- DSAC, « Guide catégorie Ouverte », éd. 2 v1.1 du 26 juillet 2026 (§ 8.1, 8.2, 9.1 à 9.4, 9.7, 10.1 à 10.3) — ecologie.gouv.fr
- AESA, Easy Access Rules for UAS (révision de juin 2026), AMC2 UAS.OPEN.030(2)(b) — easa.europa.eu
- Code des transports, art. L6131-1, L6131-2, L6211-3, L6232-4 et L6232-12 (cités par le guide DSAC) — Légifrance
- Géoportail : restrictions UAS pour la catégorie Ouverte
À retenir
- Le règlement liste ce que le pilote vérifie avant l'exploitation : compétences, zones à jour, environnement, état de l'UAS, masse de la charge utile.
- Avant le vol : site et hauteur maximale, distances de sécurité, documents, météo, batteries, fonctions de sécurité, GPS et liaison.
- Le pilote ne vole pas sous l'influence de l'alcool, de psychotropes, ni inapte (fatigue, blessure, traitement médical, maladie).
- En vol : vue directe, balayage du ciel, priorité aux aéronefs habités, interruption du vol en cas de risque, reprise du contrôle manuel possible.
- Les situations anormales (perte de liaison, intrusion d'une personne, aéronef habité) se préparent et s'entraînent avant d'être rencontrées.
- Après un événement de sécurité : le signaler à la DGAC ; le télépilote est de plein droit responsable des dommages à la surface (L6131-2).