Grutier : substances psychoactives, médicaments, téléphone et perte d'attention
Le grutier ne partage pas sa cabine, mais ses erreurs retombent sur ceux qui travaillent sous la charge. Deux points du test théorique CACES R487, soit 5 points sur 100, portent sur l'état dans lequel on monte à la grue et sur ce qui détourne l'attention en cours de manœuvre.
Ce que vérifie le test théorique R487
Cette fiche couvre 5 points sur 100, dans le thème « Exploitation des grues à tour » (33 points) :
- Conduite sous emprise de substances psycho actives (3 pts)
- Risques liés à une perte d'attention (2 pts)
Source : R.487A, barème du test théorique, p. 27 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.
L'annexe 2 de la R.487A, au chapitre « Exploitation des grues à tour », demande de connaître les effets de la conduite sous l'emprise de substances psycho-actives (drogues, alcool et médicaments) et les risques liés à l'utilisation d'appareils pouvant générer un détournement de l'attention (téléphone mobile, diffuseur de musique…) (p. 23). Le barème du test théorique les évalue à 3 points et 2 points (p. 27). La logique est la même pour les deux : ce que le grutier s'interdit, ce qu'il doit demander avant de monter, et ce qu'il fait quand il a un doute.
Alcool, drogues, médicaments : conduire sous emprise
Trois textes posent le cadre, et un quatrième sert de repère pour les médicaments.
- Consigne de l'INRS au grutier. Parmi les règles de bonne conduite : ne pas consommer de boisson alcoolisée ni toute autre substance illicite avant ou pendant le travail (INRS ED 6338, § 10, p. 53). Le même document range « l'interdiction des conduites addictives (boissons alcoolisées, substances psychotropes…) » parmi les règles de sécurité du chantier ou de l'entreprise que le grutier doit respecter (§ 4, p. 31).
- Alcool au travail. Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n'est autorisée sur le lieu de travail. Quand même ces boissons peuvent porter atteinte à la santé ou à la sécurité, l'employeur prévoit dans le règlement intérieur, ou à défaut par note de service, des mesures qui peuvent aller de la limitation à l'interdiction, proportionnées au but recherché (Code du travail, art. R4228-20). Laisser entrer ou séjourner des personnes en état d'ivresse est interdit (art. R4228-21).
- Obligation du salarié. Chaque travailleur doit prendre soin, selon ses instructions et sa formation, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions (art. L4122-1). Un grutier qui manœuvre dans cet état met d'abord en danger les personnes sous la charge, les chefs de manœuvre et les monteurs.
- Médicaments. L'INRS précise que certains médicaments, en particulier les tranquillisants, peuvent provoquer une baisse de vigilance, et demande au grutier de prendre un avis médical (ED 6338, § 10, p. 53). Il lui recommande aussi d'informer son médecin traitant du poste qu'il occupe, pour que celui-ci analyse l'effet des médicaments prescrits sur sa capacité à travailler (§ 4, p. 31).
Piège de lecture : « le vin et la bière sont tolérés » (R4228-20) ne vaut pas « autorisés en cabine ». Le texte laisse à l'employeur le pouvoir de restreindre ou d'interdire, et la consigne donnée au grutier est de ne rien consommer avant ou pendant le travail. Les médicaments, eux, ne sont pas interdits en bloc : tout dépend du produit, de la notice et de l'avis du médecin.
Médicaments : lire le pictogramme
Sur les boîtes des médicaments qui altèrent la conduite, un pictogramme à trois niveaux, avec un message associé, est obligatoire (arrêté du 8 août 2008, art. 2 à 4). Il vise la conduite en général, et la cabine d'une grue en relève évidemment par analogie : un grutier qui a un doute n'a pas à trancher seul.
À retenir pour le test : un médicament peut limiter ou interdire la conduite, la notice et le professionnel de santé tranchent, et le grutier qui se sent diminué ne monte pas en cabine « pour voir ». Côté santé, la conduite d'une grue à tour est subordonnée à l'autorisation de conduite de l'employeur, qui suppose une attestation d'absence de contre-indications médicales délivrée par le médecin du travail (Code du travail, art. R4323-56 ; R.487A, p. 6). Pour rédiger cette autorisation : le générateur d'autorisation de conduite.
Un doute sur son état ou celui d'un collègue : que faire
Le référentiel demande de connaître le devoir d'alerter du conducteur (R.487A, annexe 2, p. 22). L'INRS en tire une conséquence pour le grutier : refuser d'effectuer une opération de levage dangereuse (ED 6338, § 4, p. 31). Concrètement, la conduite à tenir tient en quatre gestes.
- Ne pas monter en cabine ou ne pas reprendre la manœuvre si l'on se sent somnolent, ivre ou sous l'effet d'un médicament qui alerte la notice.
- Prévenir son responsable ou le chef de chantier, plutôt que de s'arranger avec un collègue. Le règlement intérieur dit comment la consigne s'applique sur le chantier.
- Si c'est un collègue qui paraît diminué, le signaler de la même façon : la loi attend de chacun qu'il veille à la sécurité des autres personnes concernées par ses actes ou omissions (L4122-1).
- Ne jamais quitter le poste avec une charge suspendue. L'INRS interdit de quitter le poste alors que la grue n'est pas en configuration hors service, c'est-à-dire sans charge au crochet et mise en girouette (ED 6338, § 4, p. 31) ; la R.487A range « laisser une charge suspendue en fin de poste » parmi les opérations interdites (p. 23).
Téléphone, écouteurs, musique : la perte d'attention
La R.487A cite deux exemples d'appareils qui détournent l'attention : le téléphone mobile et le diffuseur de musique (p. 23). L'INRS est net : ne pas utiliser le téléphone portable ni tout autre appareil qui pourrait provoquer une perte d'attention (ED 6338, § 10, p. 53), et considérer « l'usage du téléphone ou d'écouteurs musicaux lors des phases de conduite » comme un distracteur interdit (§ 4, p. 31).
Attention à un piège de formulation : la radio n'est pas un distracteur. La R.487A demande au contraire de savoir « communiquer par radio » avec le chef de manœuvre et l'élingueur, en plus des gestes conventionnels (annexe 2, p. 24, pratique B), et l'épreuve pratique note la compréhension des gestes et le respect des consignes données par radio (p. 28). L'INRS demande que les messages soient brefs, concis, dans un langage commun aux deux interlocuteurs, et que la réception des ordres soit accusée (ED 6338, § 6.4.2, p. 32). Il recommande même que le grutier dispose de moyens de communication qui ne nécessitent pas de manipulation manuelle, pour garder les mains sur les commandes (même paragraphe).
Pourquoi cette consigne pèse-t-elle sur une grue ? Parce que le grutier travaille sur des manœuvres qui peuvent croiser d'autres appareils, des lignes électriques ou des zones interdites. Le dispositif de gestion des interférences et les zones interdites ont chacun leur fiche, mais aucun de ces dispositifs ne remplace l'attention de la personne aux commandes : l'INRS écrit que des procédures reposant uniquement sur la vigilance des deux grutiers ne garantissent pas un niveau de sécurité suffisant (ED 6338, § 6, p. 32 ; cas de deux grues). Le détournement de l'attention ne se rattrape donc ni par un voyant ni par un système anticollision.
Les croisements de flèches et les lignes aériennes ont leur propre fiche : interférences et lignes électriques.
Piège : la radio de chantier avec le chef de manœuvre est un moyen de commandement, le téléphone personnel et les écouteurs musicaux sont des distracteurs. Si une question parle de « communiquer pendant la manœuvre », regardez avec qui et pour quoi, et pas seulement l'appareil.
Les pièges les plus fréquents
- Croire que « vin et bière tolérés » vaut pour la cabine. L'employeur peut restreindre ou interdire (R4228-20) ; l'INRS demande de ne rien consommer avant ou pendant le travail.
- Penser que seul l'alcool compte. Les drogues et certains médicaments (tranquillisants en tête) baissent la vigilance : le test cite « drogues, alcool et médicaments » (R.487A, p. 23).
- Ne rien dire de son traitement. L'INRS recommande d'informer son médecin traitant du poste occupé pour qu'il analyse l'effet des médicaments (ED 6338, § 4).
- Confondre radio de chantier et téléphone personnel. La première est un moyen de commandement, le second un distracteur.
- Compter sur la grue pour rattraper l'inattention. Indicateurs, voyants et anticollision aident, ils ne remplacent pas la vigilance du grutier.
- Finir « vite fait » une manœuvre en se sentant diminué : la charge n'a pas à rester suspendue, mais la poser fait partie de la manœuvre, pas un arrêt à improviser.
Questions fréquentes
Un grutier peut-il boire de l'alcool avant ou pendant le travail ?
L'INRS demande de ne consommer ni boisson alcoolisée ni substance illicite avant ou pendant le travail (ED 6338). Le Code du travail n'autorise sur le lieu de travail que le vin, la bière, le cidre et le poiré, mais l'employeur peut limiter ou interdire toute consommation par le règlement intérieur ou une note de service (R4228-20), et l'ivresse est interdite (R4228-21).
Peut-on conduire une grue à tour sous médicament ?
Cela dépend du médicament. Certains, en particulier les tranquillisants, peuvent provoquer une baisse de vigilance : l'INRS demande un avis médical et d'informer son médecin traitant de son poste (ED 6338). Le pictogramme à trois niveaux des boîtes de médicaments signale ceux qui touchent la conduite (arrêté du 8 août 2008).
Le téléphone portable est-il interdit en cabine de grue ?
L'usage du téléphone ou d'écouteurs musicaux pendant les phases de conduite est un distracteur interdit selon l'INRS (ED 6338), et la R.487A cite le téléphone mobile comme appareil qui détourne l'attention (annexe 2, p. 23). La radio avec le chef de manœuvre est un moyen de commandement, donc un autre sujet.
Combien de points valent ces questions au test théorique R487 ?
Cinq points sur 100 : 3 pour les effets de la conduite sous emprise de substances psychoactives et 2 pour les risques liés à une perte d'attention (R.487A, barème du test théorique, p. 27).
Sources : recommandation R.487A de l'Assurance Maladie, 2e édition, mai 2026 (annexe 2, référentiel de connaissances « G », p. 23 et p. 22 ; savoir-faire pratiques « B », p. 24 ; grille pratique, p. 28 ; barème du test théorique, p. 27 ; attestation d'absence de contre-indications, p. 6) ; INRS ED 6338, Grues à tour, 3e édition, avril 2025 (§ 4, p. 31 ; § 6.4.2, p. 32 ; § 10, p. 53) ; Code du travail, articles L4122-1, R4228-20, R4228-21 et R4323-56 ; arrêté du 8 août 2008 relatif à l'apposition d'un pictogramme sur certains médicaments (Légifrance). Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R487.