Interférences entre grues et lignes électriques : anticollision, zones interdites et distances

Deux grues qui se partagent une zone, une ligne aérienne près de la flèche : à 7 points sur 100, ce sont deux des risques les mieux dotés du test théorique R487, et l'interférence pèse 5 points à elle seule.

Ce que vérifie le test théorique R487

Cette fiche couvre 7 points sur 100, dans le thème « Exploitation des grues à tour » (33 points) :

  • Distance de sécurité vis-à-vis des lignes aériennes nues sous tension (2 pts)
  • Interférence avec d'autres appareils de levage (5 pts)

Source : R.487A, barème du test théorique, p. 27 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.

Ce que le test demande

Dans le thème « Exploitation des grues à tour » (33 points), deux points d'évaluation concernent cette fiche : l'interférence avec d'autres appareils de levage (5 points) et la distance de sécurité vis-à-vis des lignes aériennes nues sous tension (2 points) (R.487A, barème, p. 27). Le référentiel de connaissances range l'un et l'autre dans les risques à connaître avec leur origine et leurs moyens de prévention : « interférence avec d'autres appareils de levage (interférence flèche et contre-flèche…) » et « risques liés à l'environnement (obstacles divers, lignes électriques, zones interdites, voies de circulation…) » (annexe 2, A2|1 F, p. 23). Il ajoute, pour l'exploitation, les « règles d'utilisation des dispositifs de gestion d'interférences (voyant de signalisation, neutralisation et mesures de prévention associées…) » (A2|1 G, p. 23).

Le sujet revient aussi à l'épreuve pratique : la grille évalue « déplacer une charge lors de l'approche d'une zone interdite » (4 points, p. 28) et le référentiel demande de maîtriser le ballant d'une charge sur une grue équipée d'un dispositif anticollision ou de gestion de zone interdite (A2|2 B, p. 24). Les grues du test sont d'ailleurs équipées d'un dispositif de gestion de zone interdite (p. 21).

Interférence entre appareils : deux zones de travail qui se recouvrent

Schéma vu de dessus de deux grues à tour dont les zones de travail se recouvrent, avec la zone commune hachurée et une zone interdite au-dessus d'une voie publique Voie publique : zone interdite au survol des charges Grue A Grue B Zone commune
Schéma de principe vu de dessus, sans échelle : chaque cercle représente la zone balayée par une flèche. Dans la partie hachurée, une flèche, une contre-flèche, un câble de levage ou une charge d'une grue peut rencontrer ceux de l'autre. La bande grise est un exemple de zone interdite que le dispositif de limitation de l'espace de travail empêche de survoler avec une charge.

Quand plusieurs appareils de levage sont installés sur un chantier, certaines zones de travail peuvent être communes à plusieurs appareils. S'il n'est pas possible de les supprimer, des mesures doivent être prises pour limiter les risques (INRS ED 6338, § 6.3, p. 30). C'est l'obligation du Code du travail : lorsque les champs d'action de plusieurs appareils de levage se recouvrent, des mesures appropriées évitent les collisions entre les charges ou les éléments des appareils (R4323-38).

Ce que le système anticollision fait, et ce qu'il ne fait pas

  • Il évite les heurts entre appareils : le système anticollision est destiné à éviter les heurts entre le câble de levage d'une grue et la flèche ou la contre-flèche d'une autre (ED 6338, § 7.3.5, p. 39).
  • Il limite aussi l'espace de travail : il intègre un dispositif qui empêche une charge de survoler une zone définie, par exemple pour éviter le survol de personnes. Ces zones sont les « zones interdites » (p. 39). L'INRS distingue ainsi deux modes de gestion : celui des interférences, qui empêche la collision entre des grues équipées du système, et celui des zones interdites, qui empêche le survol (p. 14).
  • C'est un dispositif de sécurité encadré : pour une grue à tour, il doit respecter la norme NF EN 17076, porter le marquage CE vis-à-vis de la directive Machines et être conçu pour s'interfacer sur le circuit de commande des grues (p. 17).
  • Il ne remplace pas l'organisation : pour deux grues à tour, des mesures organisationnelles sont mises en place, associées à un système anticollision ; les procédures qui reposent uniquement sur la vigilance des deux grutiers ne garantissent pas un niveau de sécurité suffisant (p. 31-32).
  • Il ne couvre pas tous les cas : les dispositifs entre grue à tour et grue mobile commencent à se développer, mais n'offrent pas aujourd'hui une solution à l'ensemble des situations, et il n'existe pas de dispositif de gestion des interférences entre grues mobiles (p. 31).

Quand il n'y a pas de dispositif : les mesures d'organisation de l'INRS

Pour une grue à tour et une grue mobile, lorsqu'un dispositif ne peut pas être installé, l'INRS cite trois solutions possibles, sans prétendre à la liste complète (ED 6338, § 6.3.2, p. 31) :

  1. Réserver un espace à chaque appareil : limitation de la zone de travail en orientation sur la grue mobile et gestion des zones interdites sur la grue à tour.
  2. Décaler les temps de travail : le matin pour l'une, l'après-midi pour l'autre, par exemple.
  3. Placer un chef de manœuvre en liaison phonique permanente avec les deux conducteurs, chargé de la seule surveillance des collisions possibles entre les deux appareils et leurs charges.

Le même texte propose ces trois mesures avec un autre appareil de levage, comme une nacelle élévatrice de personnes (§ 6.3.3, p. 31). Le rôle du chef de manœuvre est détaillé dans la fiche rôles et responsabilités ou, pour aller plus loin, dans la formation de chef de manœuvre.

Voyant, neutralisation, ballant : l'usage du dispositif

Le référentiel cite le « voyant de signalisation » du dispositif de gestion d'interférences sans le décrire (R.487A, p. 23) : sa signification se lit dans la notice de la grue et dans les consignes du chantier. L'INRS décrit pour sa part les voyants extérieurs d'une grue : le blanc clignotant signale un défaut du système anticollision, le jaune clignotant la préalarme vent, le rouge clignotant l'alarme vent (ED 6338, § 7.4, p. 40). Un voyant qui signale un défaut ne se traite pas comme un détail : le dispositif de sécurité n'est plus garanti.

Neutraliser le dispositif n'est pas un réglage de conduite. Le référentiel inclut les « risques liés à la neutralisation » des dispositifs de sécurité (R.487A, p. 22) et les « mesures de prévention associées » à la neutralisation du dispositif de gestion d'interférences (p. 23). Dans sa grille de contrôle du chantier, l'INRS attend un dispositif de contrôle des interférences vérifié par un organisme de contrôle, une procédure écrite à l'intention de l'encadrement du chantier sur la mise en œuvre de l'organe de neutralisation et un personnel désigné ayant reçu une formation appropriée (ED 6338, annexe A, p. 72).

Plus généralement, l'INRS demande de ne jamais modifier les réglages des dispositifs de sécurité et de signaler les anomalies sur le registre d'observations (p. 35).

Sur une grue équipée d'un dispositif anticollision ou de gestion de zone interdite, le conducteur doit rester capable de maîtriser le ballant : c'est un savoir-faire évalué (R.487A, p. 24 et grille p. 28, « utiliser les indicateurs permettant de maîtriser le ballant de la charge », 4 points). La charge qui se balance dans la direction d'une zone interdite est celle que le dispositif va arrêter ou que le conducteur doit rattraper avant qu'elle ne l'atteigne.

Lignes électriques aériennes : la distance se tient avec la charge

Schéma vu de côté d'une grue à tour dont la flèche et la charge approchent d'une ligne électrique aérienne, avec la distance de sécurité à maintenir autour de la ligne, le balan de la charge et le câble de levage a Ligne nue sous tension Flèche, câble, charge et balan : tout reste hors de la zone de rayon a
Schéma de principe, sans échelle. « a » est la distance de sécurité du tableau A de l'arrêté du 5 juillet 2024 (3 m jusqu'à 50 000 V, 5 m de 50 000 à 500 000 V). Elle se garde entre la ligne et tout élément de la grue ou de la charge, balan compris (INRS ED 6338, p. 45).

Le texte qui fixe la distance

L'employeur s'assure que les travailleurs, les équipements et les charges ne franchissent pas les distances de sécurité vis-à-vis des lignes aériennes nues sous tension (Code du travail, R4544-24). Les distances sont fixées au tableau A de l'article 2 de l'arrêté du 5 juillet 2024, applicable depuis le 19 décembre 2024, en même temps que les articles R4544-12 à R4544-33 qui remplacent les anciennes règles propres aux chantiers du bâtiment et des travaux publics.

Distances de sécurité aux lignes aériennes nues (arrêté du 5 juillet 2024, art. 2, tableau A).
Tension de la ligneDistance minimale
Jusqu'à 50 000 V (50 000 V compris)3 mètres
Au-dessus de 50 000 V, jusqu'à 500 000 V5 mètres

Attention à la borne. À 50 000 V exactement, la distance est de 3 m. La légende de la figure 23 de la brochure INRS ED 6338 (p. 45) écrit encore « inférieure à 50 000 V » pour 3 m et « supérieure ou égale » pour 5 m : c'est l'arrêté du 5 juillet 2024 qui fait foi. Le référentiel R.487A ne chiffre aucune distance : le test vérifie que vous savez que la distance existe, d'où elle vient et comment la tenir.

Ce que l'INRS ajoute pour une grue à tour

  • Le risque est double : le contact d'un élément de la grue ou de la charge avec la ligne, et l'amorçage, un arc électrique qui peut se produire à distance (ED 6338, § 8.1, p. 44).
  • Une ligne nue est sous tension tant qu'elle n'a pas été consignée hors tension (p. 44). La mise hors tension n'est sûre que si toutes les phases de la consignation ont été réalisées (p. 45).
  • La distance se calcule avec la charge : pour choisir la zone d'implantation, on prend en compte la tension de la ligne, le balan de la charge dû à l'inertie et à la prise au vent, le balancement possible des câbles électriques et la dimension des charges. La figure 23 donne S = L/2 + a + balan de la charge, où L est la longueur de la charge et a la distance de sécurité (p. 45-46).
  • Les moyens, du plus sûr au moins sûr : supprimer ou déplacer la ligne, la mettre hors tension (après accord de son exploitant), éloigner la grue, poser des obstacles fixes, faire poser des gaines isolantes par l'exploitant, ou installer un dispositif de gestion des zones interdites qui interdit l'approche de la ligne et son survol par le crochet (p. 45-46).
  • Une consultation préalable : le guichet unique des réseaux, accessible en ligne, permet d'identifier les exploitants des ouvrages ; sa consultation est obligatoire avant les travaux (p. 44).

Pour la suite de la démarche, l'autorisation d'intervention à proximité des réseaux (formation AIPR) et le décodeur d'habilitation électrique expliquent les notions voisines, sans se substituer à la notice de la grue ni aux consignes du chantier.

Les pièges du test

  • « Moins de 50 000 V : 3 m, au-dessus : 5 m. » À 50 000 V, c'est 3 m. Les chiffres anciens ou approximatifs circulent encore, y compris dans des brochures.
  • « La distance se mesure à la flèche. » Elle se tient aussi pour la charge, le câble et le balan : c'est ce qui rapproche l'élément de la ligne.
  • « La ligne est isolée, je peux passer près. » Une ligne aérienne nue est considérée sous tension tant qu'elle n'est pas consignée.
  • « Mon collègue sur l'autre grue fait attention. » La vigilance des deux grutiers ne suffit pas : l'organisation et le système anticollision y sont associés.
  • « Le dispositif anticollision gère tout. » Il n'existe pas partout (grues mobiles entre elles) et il ne dispense pas de maîtriser le ballant.
  • « Le grutier peut neutraliser le dispositif si ça bloque. » La neutralisation s'inscrit dans une procédure écrite et un personnel désigné et formé, pas dans une décision isolée de conduite.

Questions fréquentes

Combien de points valent ces deux sujets au test théorique ?

L'interférence avec d'autres appareils de levage 5 points, la distance aux lignes aériennes nues 2 points : 7 des 33 points du thème « Exploitation » (R.487A, p. 27).

Quelle distance garder avec une ligne électrique aérienne nue ?

3 mètres jusqu'à 50 000 V compris, 5 mètres de 50 000 à 500 000 V (arrêté du 5 juillet 2024, art. 2, tableau A), pour les éléments de la grue comme pour la charge (R4544-24).

À quoi sert une zone interdite ?

À empêcher une charge de survoler une zone définie (voie publique, personnes, ligne électrique) : c'est le dispositif de limitation de l'espace de travail du système anticollision (ED 6338, p. 39 et 46).

Que faire s'il n'existe pas de dispositif entre une grue à tour et une grue mobile ?

L'INRS cite trois mesures possibles : un espace réservé à chaque appareil, des horaires décalés, un chef de manœuvre en liaison phonique permanente dédié à la surveillance des collisions (ED 6338, p. 31).

Que signifie le voyant blanc clignotant d'une grue à tour ?

Selon l'INRS, un défaut du système anticollision (ED 6338, p. 40). La signification exacte des voyants de votre grue se lit dans sa notice et dans les consignes du chantier.

S'entraîner sur ce thème

Approfondir dans la formation en ligne : module 5, chapitre 2.

Sources : recommandation R.487A de l'Assurance Maladie, 2e édition, mai 2026 (annexe 2, A2|1 B, F et G, p. 22-23 ; A2|2 B, p. 24 ; grue représentative, p. 21 ; barème du test théorique, p. 27 ; grille pratique A3|2, p. 28) ; INRS, Grues à tour, ED 6338, 3e édition, avril 2025 (§ 3.2, p. 14 et 17 ; § 6.3, p. 30-32 ; § 7.3, p. 35 et 39 ; § 7.4, p. 40 ; § 8.1, p. 44 à 46 ; annexe A, p. 72) ; Code du travail, art. R4323-38 et R4544-24 ; arrêté du 5 juillet 2024, art. 2, tableau A. Racines officielles : inrs.fr, legifrance.gouv.fr, ameli.fr. La brochure INRS écrit encore, dans sa grille de contrôle, des références du Code du travail remplacées depuis : seuls ses conseils techniques sont repris ici. Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R487.