Formation conseiller funéraire
Conseil à la vente, réglementation commerciale et démarches

Module 3 / 4  ·  Sommaire complet de la formation conseiller funéraire

Module 3 : Vente, réglementation commerciale et démarches 25 min de lecture

3.1 Devis funéraire, documentation et notice d'information

La vente de prestations funéraires est l'une des plus encadrées du commerce français. Avant toute opération, la famille reçoit un devis écrit, gratuit et conforme à un modèle national ; l'opérateur expose une documentation générale et, depuis le 1er octobre 2026, une notice d'information standardisée. Ce chapitre présente ces documents, les interdictions commerciales propres au secteur et la posture de conseil attendue du conseiller funéraire.

Les quatre documents réglementés de la relation avec la famille (R. 2223-24 CGCT)

Notice d'information
Depuis le 01/10/2026

Droits des familles et prestations obligatoires, sans identification du professionnel (R. 2223-24-1).

Documentation générale
À la vue de la clientèle

Identité, habilitation, prestations ; publiée en ligne si l'opérateur a un site (arrêté du 11/01/1999, art. 2).

Devis
Écrit, gratuit, TTC

Conforme au modèle national, remis avant toute opération (L. 2223-21-1 ; arrêté du 11/01/1999, art. 4).

Bon de commande
Signé par la famille

Accord et signature de la personne qui commande, montant total TTC (R. 2223-30).

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Le devis : écrit, gratuit, détaillé, remis avant toute opération

Le principe est posé par l'article 4 de l'arrêté du 11 janvier 1999 relatif à l'information sur les prix des prestations funéraires. Il s'applique à toutes les prestations funéraires, quel que soit l'opérateur qui les exécute (article 1er du même arrêté).

« Avant toute opération funéraire, un devis écrit, gratuit, détaillé et chiffré selon les mêmes rubriques que la documentation générale présentée à la clientèle fait apparaître, pour chaque prestation ou fourniture, la nature et le prix TTC ainsi que le montant total du devis TTC. Il est remis à la clientèle. »

— Arrêté du 11 janvier 1999, article 4

Cinq caractéristiques sont à connaître par cœur pour l'examen : le devis est écrit, gratuit, détaillé poste par poste, exprimé toutes taxes comprises et remis avant l'opération. Un devis oral, un chiffrage global sans détail ou un devis facturé ne sont pas conformes.

Le même article ajoute deux règles pratiques. La durée de validité du devis « est expressément indiquée sur celui-ci ». Et l'entreprise doit le conserver pendant cette durée de validité et « au moins pendant deux ans lorsqu'il est suivi d'une commande ».

Le Code général des collectivités territoriales (CGCT) complète ces exigences. Les devis doivent mentionner les communes du lieu du décès, de la mise en bière, du service funéraire, de l'inhumation ou de la crémation, ainsi que leur date d'établissement (R. 2223-26). Ils regroupent les fournitures et services de l'opérateur en les distinguant des sommes versées à des tiers et des taxes (R. 2223-27), et indiquent le nombre d'agents affectés au convoi (R. 2223-28).

Enfin, la documentation générale et les devis portent l'identité de l'opérateur : nom, représentant légal, adresse, numéro d'inscription au registre du commerce ou au Registre national des entreprises le cas échéant, forme juridique, habilitation dont il est titulaire et, le cas échéant, montant du capital (R. 2223-25). Le régime de l'habilitation est présenté au chapitre 1.3.

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Le modèle national de devis : « prestations obligatoires » et « non obligatoires »

Le devis ne se rédige pas librement. L'article L. 2223-21-1 du CGCT impose un modèle unique :

« Les devis fournis par les régies et les entreprises ou associations habilitées doivent être conformes à des modèles de devis établis par arrêté du ministre chargé des collectivités territoriales. »

— CGCT, article L. 2223-21-1

Ce modèle figure en annexe de l'arrêté du 23 août 2010. Son annexe a été entièrement remplacée par l'arrêté du 11 février 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025. C'est sur cette version que porte désormais l'examen.

Terminologie périmée. Le modèle en vigueur oppose deux colonnes : « Prestations obligatoires » et « Prestations non obligatoires », chacune avec son montant TTC. L'ancienne distinction « prestations courantes / optionnelles », encore présente dans de nombreux supports de préparation, ne correspond plus au texte.

Le modèle est découpé en rubriques dont les intitulés sont les suivants :

N° Rubrique du modèle de devis (arrêté du 11/02/2025)
1Préparation, organisation des obsèques
2Transport du défunt avant mise en bière
3Cercueil et accessoires
4Mise en bière et fermeture du cercueil
5Transport du défunt après mise en bière
6Cérémonie funéraire
7A / 7BInhumation / Crémation
8Frais avancés pour le compte de la personne ayant qualité

Une note rappelle que les opérations sont soumises au taux normal de TVA de 20 %, sauf les opérations de transport de corps, avant et après mise en bière. En tête du document, le modèle recommande aux familles de consulter l'AGIRA (association pour la gestion des informations sur le risque en assurance) pour vérifier l'existence d'une assurance obsèques ; ce point est repris au chapitre 3.2 sur le financement.

Frais avancés, et non « débours ». La rubrique 8 regroupe les sommes que l'opérateur paie pour le compte de la famille : taxes, redevances, prix demandés par des administrations ou des organismes cultuels. L'arrêté de 1999 parle de sommes « avancées par l'entreprise mandatée par le client », dont le montant « doit pouvoir en être justifié auprès du client lors du paiement de la facture ». Le mot « débours », d'usage courant, ne figure dans aucun de ces textes.

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Ce qui est obligatoire, ce qui peut le devenir (R. 2223-29)

La frontière entre les deux colonnes du devis n'est pas laissée à l'appréciation de l'opérateur : elle est fixée par l'article R. 2223-29 du CGCT, qui impose de faire apparaître « de manière distincte les prestations obligatoires ».

Obligatoires dans tous les cas
  • le cercueil, ses poignées, sa plaque d'identité et sa cuvette étanche, à l'exclusion de ses accessoires intérieurs et extérieurs ;
  • soit les opérations d'inhumation, soit les opérations de crémation et l'urne cinéraire ou cendrier ;
  • la housse mortuaire en cas de transport avant mise en bière.
Obligatoires selon les circonstances
  • les soins de conservation ;
  • le véhicule de transport de corps avant mise en bière ;
  • le cercueil hermétique muni d'un filtre épurateur ;
  • « en fonction des circonstances ou des causes du décès, du mode de transport et des modalités de l'inhumation ou de la crémation », dans les cas prévus par le CGCT.

Cette liste a une conséquence directe sur le conseil. Une famille qui demande « le minimum » doit pouvoir lire, sur le devis, ce que la réglementation impose réellement. Les accessoires du cercueil, la cérémonie, les fleurs, les avis de décès ou la marbrerie relèvent des prestations non obligatoires, sauf texte particulier.

Le conseiller vérifie, à l'inverse, si une prestation « conditionnelle » devient obligatoire dans la situation précise : un transport de longue durée, une cause de décès particulière ou un dépôt prolongé peuvent changer la donne. Les règles de transport, de soins et de mise en bière sont détaillées au chapitre 2.1.

Crémation : une information à délivrer. Les opérateurs qui organisent des funérailles avec crémation « sont tenus d'informer les familles » des règles sur la destination des cendres prévues aux articles L. 2223-18-1 et L. 2223-18-2 (R. 2223-32-1). Ces règles sont présentées au chapitre 2.3.
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Documentation générale, notice d'information et devis publiés en mairie

La documentation générale. L'article 2 de l'arrêté du 11 janvier 1999 (version en vigueur depuis le 1er octobre 2026) exige une documentation indiquant l'identité de l'opérateur, son numéro d'habilitation et les prestations pour lesquelles il est habilité. Elle doit être « constamment présentée à la vue de la clientèle et consultable par elle, et publiée sur le site internet de l'opérateur, s'il en possède un ». En première page figurent les prestations rendues obligatoires par un texte, distinguées des autres « par tout moyen approprié ».

Il ne s'agit donc pas d'un simple « affichage des tarifs » : c'est une documentation exposée et consultable. Le Code de la consommation pose le principe général d'information sur les prix de tout prestataire de services (L. 112-1) ; l'arrêté de 1999 en est l'application au secteur funéraire.

La notice d'information, nouveauté du 1er octobre 2026. Le décret n° 2026-770 du 13 août 2026 a créé l'article R. 2223-24-1 du CGCT :

« La notice d'information est vierge de tout élément d'identification du professionnel et présente les informations essentielles relatives : – aux droits des familles en matière funéraire ; – aux prestations obligatoires définies à l'article R. 2223-29 et aux prestations pouvant devenir obligatoires conformément au deuxième alinéa du même article. »

— CGCT, article R. 2223-24-1

Un arrêté du 13 août 2026 a inséré un article 2-1 dans l'arrêté de 1999 : l'opérateur met la notice à disposition dans son établissement, conforme au modèle annexé, l'affiche « de manière visible et lisible depuis l'extérieur de l'établissement recevant du public, s'il en dispose », et la publie de manière aisément accessible depuis la page d'accueil de son site internet, s'il en possède un.

Les devis types déposés en mairie. Le même article L. 2223-21-1 organise une transparence par les communes. Les opérateurs habilités déposent leurs devis, « actualisés tous les trois ans », auprès des communes de leur siège ou de leurs établissements secondaires, ainsi qu'auprès des communes de plus de 5 000 habitants du département. Depuis le 1er juillet 2022 :

« Ces devis sont publiés sur le site internet des communes de plus de 5 000 habitants. Dans les autres communes, ils peuvent être consultés selon des modalités définies, dans chaque commune, par le maire. »

— CGCT, article L. 2223-21-1

Les affichages publics. Les communes affichent, dans le service d'état civil et dans le local de conservation du cimetière, la liste des opérateurs habilités, et la communiquent sur simple demande (R. 2223-31). Les établissements de santé tiennent cette liste à la disposition du public et affichent, dans leur chambre mortuaire, la liste des chambres funéraires habilitées (R. 2223-32).

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Démarchage interdit et avantages aux tiers : les infractions du secteur

Le secteur funéraire connaît une interdiction de démarchage qui n'existe pas sous cette forme ailleurs. Elle figure à l'article L. 2223-33 du CGCT :

« A l'exception des formules de financement d'obsèques, sont interdites les offres de services faites en prévision d'obsèques ou pendant un délai de deux mois à compter du décès en vue d'obtenir ou de faire obtenir, soit directement, soit à titre d'intermédiaire, la commande de fournitures ou de prestations liées à un décès. Sont interdites les démarches à domicile ainsi que toutes les démarches effectuées dans le même but sur la voie publique ou dans un lieu ou édifice public ou ouvert au public. »

— CGCT, article L. 2223-33

Une seule dérogation existe : dans le cas d'un décès à domicile, les dimanches, jours fériés et la nuit, le personnel d'un opérateur habilité peut se rendre au domicile s'il est sollicité par la personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles. Cette dérogation ne vaut que pour la commande du transport ou du dépôt de corps avant mise en bière et des soins de conservation à domicile.

Le second interdit vise les intermédiaires. Certaines personnes apprennent un décès dans le cadre de leur travail ; l'opérateur ne peut pas les rémunérer pour être averti ou recommandé. L'article L. 2223-35 prévoit trois niveaux de sanction :

Comportement Sanction (L. 2223-35)
Démarchage ou offre de services interdits (L. 2223-31 à L. 2223-34) ; exercer sans habilitation Amende de 75 000 €
Proposer offres, dons ou avantages à une personne qui a connaissance d'un décès par son activité professionnelle, pour être informé du décès ou recommandé aux familles 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende
Pour cette personne, solliciter ou accepter de tels avantages 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende

Le texte ne cite aucune profession en particulier : il vise toute « personne qui, à l'occasion de son activité professionnelle, a connaissance d'un décès ». Pour le conseiller, la conséquence pratique est simple : la famille vient à l'opérateur, jamais l'inverse, et aucune contrepartie n'est versée à qui que ce soit pour orienter une famille.

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Le conseil à la vente : écouter, expliquer, laisser choisir

L'entretien d'organisation des obsèques se déroule avec des personnes en état de choc, souvent pressées par les délais. Le cadre juridique qui précède n'est pas une contrainte administrative : il protège une clientèle vulnérable, et le conseiller en est le premier garant.

Identifier son interlocuteur. Les textes parlent de la « personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles ». C'est elle qui commande et signe le bon de commande (R. 2223-30). Lorsque plusieurs proches sont présents et en désaccord, le conseiller n'arbitre pas : il expose le cadre et les options.

Rechercher les volontés du défunt. La loi du 15 novembre 1887 (art. 3) permet à tout majeur ou mineur émancipé, en état de tester, de régler les conditions de ses funérailles, « notamment en ce qui concerne le caractère civil ou religieux à leur donner et le mode de sa sépulture ». Le conseiller demande donc s'il existe un testament, des écrits ou un contrat obsèques.

Présenter les produits sans orienter. Cercueils, capitonnages, urnes, emblèmes et articles de cérémonie sont présentés avec leurs caractéristiques et leur prix, en partant des prestations obligatoires. La documentation générale et la notice d'information servent de support : la famille doit pouvoir distinguer ce qui est imposé de ce qui relève d'un choix.

Bonnes pratiques
  • Reformuler les souhaits exprimés avant de proposer.
  • Remettre le devis écrit et laisser un temps de réflexion.
  • Expliquer chaque ligne, surtout les frais avancés.
  • Signaler la possibilité de consulter l'AGIRA.
À proscrire
  • Présenter une prestation facultative comme imposée.
  • Culpabiliser (« il aurait mérité mieux »).
  • Commencer une opération avant la remise du devis.
  • Rémunérer un tiers pour être recommandé.

L'accueil des proches et les mécanismes du deuil font l'objet du chapitre 4.1. La rémunération et les classifications des conseillers relèvent de la convention collective des pompes funèbres (IDCC 759).

De l'accueil à la commande : l'ordre réglementaire

1. Accueil : notice d'information et documentation consultables
Affichées et publiées en ligne (arrêté du 11/01/1999, art. 2 et 2-1).
2. Écoute : volontés du défunt, personne ayant qualité, contraintes
Testament, écrits, contrat obsèques éventuel.
3. Devis écrit et gratuit, au modèle national
Obligatoire / non obligatoire, frais avancés, durée de validité.
4. Bon de commande signé, puis opérations
Accord et signature, montant total TTC (R. 2223-30).

Sources

  • CGCT, articles L. 2223-21-1, L. 2223-33, L. 2223-35, R. 2223-24 à R. 2223-32-1 (dont R. 2223-24-1 créé par le décret n° 2026-770 du 13 août 2026) — Légifrance
  • Arrêté du 11 janvier 1999 relatif à l'information sur les prix des prestations funéraires, articles 1er, 2, 2-1 et 4 (version en vigueur au 1er octobre 2026) — Légifrance
  • Arrêté du 23 août 2010 portant définition du modèle de devis, annexe remplacée par l'arrêté du 11 février 2025 (en vigueur le 1er juillet 2025) — Légifrance
  • Code de la consommation, article L. 112-1 ; loi du 15 novembre 1887, article 3 — Légifrance

À retenir

  • Avant toute opération : un devis écrit, gratuit, détaillé, TTC, avec sa durée de validité, conservé 2 ans s'il est suivi d'une commande (arrêté du 11/01/1999, art. 4).
  • Modèle national (L. 2223-21-1) refondu au 1er juillet 2025 : colonnes « prestations obligatoires / non obligatoires », rubrique 8 « frais avancés ».
  • Obligatoires (R. 2223-29) : cercueil avec poignées, plaque et cuvette étanche, inhumation ou crémation et urne, housse si transport avant mise en bière.
  • Depuis le 1er octobre 2026 : notice d'information anonyme, affichée visible de l'extérieur et publiée en ligne (R. 2223-24-1).
  • Devis publiés sur le site des communes de plus de 5 000 habitants, actualisés tous les 3 ans (L. 2223-21-1).
  • Démarchage interdit en prévision d'obsèques et 2 mois après le décès (L. 2223-33) ; avantages aux tiers : 5 ans / 75 000 € pour qui offre, 3 ans / 45 000 € pour qui accepte (L. 2223-35).

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