PSSM · Santé Mentale

Premiers Secours en Santé Mentale

Module 1 : Cadre et fondamentaux PSSM

Module 1 : Fondamentaux PSSM 25 min de lecture

1.2 Santé mentale en France : chiffres et enjeux

Avant d'apprendre à intervenir, il faut mesurer l'ampleur du phénomène. Selon Santé publique France, la Drees et l'OCDE, 1 Français sur 5 est concerné par un trouble psychique chaque année (≈ 13 millions de personnes), 1 sur 3 le sera dans sa vie. Le coût économique annuel est estimé à 100 milliards d'euros (4 % du PIB). Ce chapitre dresse le panorama épidémiologique 2024 et les enjeux d'accès aux soins qui légitiment le déploiement des PSSM.

Prévalences vie entière des principaux troubles (France, 2024)
21%
Troubles anxieux
TAG, panique, phobie, TOC
17%
Dépression majeure
dont 6 % sur 12 mois
8%
Addiction alcool
3 % dépendance sévère
1-2%
Trouble bipolaire
type I + type II
0,7%
Schizophrénie
600 000 personnes en FR
1

Un Français sur cinq concerné chaque année

Les chiffres de référence proviennent de la cohorte CONSTANCES (Inserm), des baromètres Santé publique France, de la Drees (Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques du ministère de la Santé) et des comparaisons internationales OCDE.

1 Français sur 5 (≈ 13 millions de personnes) est concerné chaque année par un trouble psychique caractérisé, tous troubles confondus (humeur, anxiété, addiction, psychose, TCA). 1 sur 3 le sera au cours de sa vie. Ces ordres de grandeur sont stables dans les enquêtes en population générale depuis 15 ans, avec une nette aggravation post-COVID sur les troubles anxio-dépressifs (cf. zone 3).

Décomposition par type de trouble — prévalence vie entière en population française (Santé publique France 2024 ; CIM-11 OMS pour les définitions) :

  • Troubles anxieux 21 % — la famille la plus fréquente. Inclut le TAG (trouble anxieux généralisé), le trouble panique, la phobie sociale, l'agoraphobie, les phobies spécifiques, le TOC (trouble obsessionnel compulsif), le PTSD (état de stress post-traumatique).
  • Dépression majeure 17 % vie entière, dont 6 % dans les 12 derniers mois. Légère prédominance féminine (rapport 2:1 environ).
  • Addiction à l'alcool 8 %, dont 3 % de dépendance sévère.
  • Troubles bipolaires 1-2 % (type I + type II ; jusqu'à 4 % en spectre élargi).
  • Schizophrénie 0,7 %, soit environ 600 000 personnes en France ; émergence typique 18-25 ans.
  • Troubles du comportement alimentaire (TCA) 1-3 % — anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique ; forte prédominance féminine adolescente.

Ces troubles se cumulent fréquemment : la comorbidité dépression + anxiété concerne 60 % des dépressions ; dépression + addiction 30 %. Le secouriste PSSM doit donc s'attendre à des tableaux mixtes plutôt qu'à des cas « purs ».

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Suicide : 8 900 décès/an, deuxième cause de mortalité des 15-24 ans

Le suicide reste un enjeu de santé publique majeur en France. Selon l'ONS (Observatoire National du Suicide, rapport 2022) et la Drees :

≈ 8 900 décès par suicide chaque année en France métropolitaine. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans (après les accidents de la route), et la première chez les 25-34 ans dans certaines régions.

≈ 200 000 tentatives de suicide par an estimées, dont 90 000 environ donnent lieu à une hospitalisation. Ratio tentatives/décès : 20-25 pour 1.

Répartition par sexe : 3 hommes pour 1 femme en mortalité (les hommes utilisent des moyens plus létaux : arme, pendaison). À l'inverse, ratio 3-4 femmes pour 1 homme en tentatives (médicaments souvent). Cette inversion sexe-tentatives/décès est constante dans la quasi-totalité des pays.

Le 3114, numéro national de prévention du suicide, a été lancé le 1er octobre 2021. Gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7, opéré par des soignants spécialisés (infirmiers, psychologues). Plus de 600 000 appels reçus depuis le lancement (chiffres 2024). Le secouriste PSSM doit le connaître par cœur (cf. module 3 sur la crise suicidaire).

Facteurs de risque suicidaire dans la population générale : dépression non traitée (50-70 % des suicides), addictions (alcool 25 %), antécédents personnels ou familiaux, isolement, deuil, perte d'emploi, séparation, événement humiliant, douleur chronique. Le secouriste PSSM repère ces facteurs sans les diagnostiquer ; il interroge directement sur les idées suicidaires (le mythe « en parler donne l'idée » est invalidé scientifiquement).

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Post-COVID et entreprise : aggravation marquée

Évolution post-COVID — les baromètres CoviPrev et les publications du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) de 2022 et 2024 documentent une hausse historique :

Entre 2019 et 2022, les troubles anxieux et dépressifs ont augmenté de +30 % en France (BEH 2022). Particulièrement marqué chez les 15-24 ans (étudiants confinés, perte de lien social, anxiété d'avenir), chez les femmes (surcharge familiale et professionnelle), chez les soignants (épuisement vague après vague), et chez les indépendants (incertitude financière). L'effet ne s'est que partiellement résorbé en 2024.

Le COVID long, défini par l'OMS depuis octobre 2021, comporte une dimension psychique importante : 2 à 3 % des personnes infectées par le SARS-CoV-2 développent un syndrome dépressif post-infectieux d'une durée supérieure à 3 mois (BEH 2024). À l'échelle des 40 millions d'infectés français, c'est un volume significatif.

En entreprise — l'enquête SUMER et le baromètre DARES 2024 mesurent l'impact sur les salariés :

27 % des salariés français déclarent souffrir d'un mal-être psychologique, dont 18 % un mal-être sévère évoquant un burnout ou un épisode dépressif caractérisé. C'est +8 points par rapport à 2019 (avant pandémie). Le malaise touche particulièrement les cadres en télétravail mal régulé, les soignants, les enseignants, les métiers à fort contact public (commerce, transport).

Burnout (syndrome d'épuisement professionnel) — l'Anact (Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) estimait fin 2023 à 2,5 millions de salariés français les personnes en situation de burnout (≈ 10 % de la population active). Bien que le burnout ne soit pas reconnu officiellement comme maladie en France (pas de tableau des maladies professionnelles dédié), il est inscrit dans la CIM-11 de l'OMS depuis 2022 comme « syndrome d'épuisement professionnel », facteur influençant l'état de santé.

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Coût économique : 100 milliards € par an (OCDE 2023)

Le rapport OCDE « Health at a Glance » 2023 chiffre le coût annuel des troubles psychiques pour la France à 100 milliards d'euros, soit environ 4 % du PIB national. Cette estimation regroupe coûts directs, coûts indirects et transferts sociaux.

Décomposition :

  • ≈ 35 % présentéisme — productivité dégradée du salarié présent mais en souffrance psychique (concentration altérée, ralentissement, erreurs). C'est le poste le plus lourd, et le plus invisible.
  • ≈ 25 % absentéisme — arrêts maladie de longue durée pour troubles psychiques (premier motif d'invalidité en France).
  • ≈ 25 % soins médicaux directs — consultations, hospitalisations, médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques : la France figure parmi les plus gros consommateurs européens).
  • ≈ 15 % transferts sociaux — pensions d'invalidité, AAH (Allocation Adulte Handicapé), arrêts longue durée.

Comparaison : le cancer coûte ≈ 30 Mds €/an, l'AVC ≈ 8 Mds €/an, l'obésité ≈ 20 Mds €/an. Les troubles psychiques constituent donc le premier poste de dépense sanitaire, devant les pathologies somatiques classiques — mais bénéficient d'une visibilité politique et médiatique très inférieure.

À l'échelle de l'entreprise, le ROI d'une politique de prévention santé mentale est désormais documenté : l'OMS estime à 4 dollars de retour pour 1 dollar investi en programmes de prévention en milieu professionnel (rapport OMS / Banque Mondiale 2022). Le déploiement de secouristes PSSM internes s'inscrit directement dans cette logique économique, en plus de son intérêt humain.

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Stigmatisation et accès aux soins dégradé

La stigmatisation reste massive en France. Étude IPSOS 2024 pour la Fondation FondaMental :

60 % des Français pensent que les personnes vivant avec une schizophrénie sont dangereuses pour les autres. La réalité épidémiologique est inverse : les personnes avec schizophrénie sont davantage victimes de violences que la population générale, et moins de 5 % commettent des actes violents (équivalent ou proche du taux en population générale, hors comorbidité avec addictions).

70 % des personnes en dépression hésitent à consulter par peur du regard social, professionnel ou familial (enquête Fondation FondaMental 2023). Le délai moyen entre les premiers symptômes et la première consultation pour un trouble anxieux est de 10 ans ; pour la schizophrénie, environ 2 ans (avec impact direct sur le pronostic — la DUP, durée de psychose non traitée, est un déterminant fort du rétablissement).

L'accès aux soins est dégradé. Délais en CMP (Centre Médico-Psychologique, structure publique de proximité) : 1 à 12 mois selon territoire pour un premier rendez-vous. 30 % des psychiatres français ont plus de 65 ans, sans succession assurée — l'INSEE prévoit un déficit de 40 % de psychiatres à l'horizon 2030 si rien n'est fait. Le tarif libre des psychologues en ville (50-90 €/séance, non remboursé hors dispositifs) constitue un frein supplémentaire.

Dispositifs publics actifs. Mon Parcours Psy (depuis le 1er avril 2022) : jusqu'à 12 séances par an avec un psychologue conventionné, sur orientation médicale, prises en charge par l'Assurance Maladie (50 €/séance, exonération du ticket modérateur pour les ALD). Lits d'hospitalisation psychiatrique : ≈ 60 000. GHT (Groupements Hospitaliers Territoriaux) regroupant offre publique de soins par bassin de vie.

Tissu associatif. UNAFAM (familles, 75 000 adhérents, créée 1963), Fondation FondaMental (recherche translationnelle), France Dépression, Santé Mentale France (fédération), SOS Suicide Phénix, SOS Amitié. Ces associations sont des relais d'orientation essentiels pour le secouriste PSSM (cf. module 3).

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Pourquoi les PSSM répondent à ces enjeux

La combinaison des chiffres précédents — prévalence massive (1/5), aggravation post-COVID (+30 %), saturation des CMP (12 mois d'attente), stigmatisation persistante (60-70 %), coût économique (100 Mds €/an) — fait apparaître un constat : les professionnels de santé ne peuvent pas répondre seuls. Une partie du repérage et du soutien initial doit se déplacer vers la population générale et le milieu de vie.

Les PSSM apportent trois réponses opérationnelles à ces enjeux :

(1) Réduire le délai de repérage. Un collègue, un proche, un enseignant formé PSSM repère les premiers signes (humeur, retrait, propos suicidaires) bien avant qu'une consultation ne soit envisagée. La DUP raccourcie améliore directement le pronostic (études Jorm 2018 ; Cochrane 2022).

(2) Faciliter l'orientation effective. Le secouriste connaît les ressources locales et nationales (médecin traitant, CMP, 3114, Mon Parcours Psy, associations) et accompagne la personne vers ces ressources. Or, l'orientation accompagnée double la probabilité d'accès effectif au soin par rapport à une simple recommandation orale (étude MHFA Australia 2019).

(3) Lutter contre la stigmatisation. Une personne formée PSSM modifie durablement son regard sur les troubles psychiques (effet documenté à 6 et 12 mois post-formation). Le déploiement à large échelle (objectif 750 000 secouristes en France à 2030) constitue donc une politique de santé publique de désstigmatisation, en plus d'un outil de premier recours.

Coût annuel comparé des grandes pathologies en France
Troubles psychiques
100 Mds €
≈ 4 % du PIB (OCDE 2023)
Cancers
≈30 Mds €
tous cancers confondus
Obésité
≈20 Mds €
surpoids + obésité
AVC
≈8 Mds €
aigus + séquelles
À retenir
  • 1 Français sur 5 est concerné par un trouble psychique chaque année (≈ 13 millions), 1 sur 3 au cours de sa vie (Santé publique France, Drees 2024).
  • Prévalences vie entière : anxiété 21 %, dépression 17 %, addiction alcool 8 %, bipolaire 1-2 %, schizophrénie 0,7 %, TCA 1-3 %.
  • Suicide : ≈ 8 900 décès/an, deuxième cause de mortalité 15-24 ans. 200 000 tentatives/an. Numéro national 3114 (lancé 1er octobre 2021, gratuit 24/7).
  • Post-COVID : +30 % troubles anxio-dépressifs 2019→2022 (BEH 2022). En entreprise : 27 % de salariés en mal-être (DARES 2024), dont 18 % sévère. 2,5 M en burnout (Anact 2023, CIM-11 OMS 2022).
  • Coût économique : 100 Mds €/an en France (OCDE 2023), soit 4 % du PIB — premier poste sanitaire devant cancer et AVC. ROI prévention : 4 $ pour 1 $ investi (OMS/Banque Mondiale).
  • Stigmatisation : 60 % pensent la schizophrénie dangereuse (IPSOS 2024), 70 % des dépressifs hésitent à consulter. Délais CMP 1-12 mois : les PSSM répondent à un trou opérationnel manifeste.
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