PSSM · Santé Mentale

Premiers Secours en Santé Mentale

Module 4 : Crises et urgences

Module 4 : Crises 28 min de lecture

4.2 Agitation, agressivité, dissociation

Les états d'agitation psychomotrice, d'agressivité verbale ou physique et de dissociation (DSM-5 / CIM-11) sont parmi les situations les plus redoutées par les secouristes PSSM. Ce chapitre détaille la sémiologie, les causes (psychiatriques, toxiques, médicales), la posture de désamorçage, la technique de grounding 5-4-3-2-1, et le cadre juridique de la légitime défense (article 122-5 du Code pénal) ainsi que des soins psychiatriques à la demande d'un tiers (loi du 5 juillet 2011 modifiée par la loi du 27 septembre 2013).

Réaction PSSM face à l'agitation — workflow en 5 étapes
1. Protéger
soi + tiers
2. Distance
1,5 — 2 m
3. Voix calme
basse + posée
4. Écouter
reconnaître émotion
5. Appeler aide
15 / 17 / sécurité

Ne JAMAIS s'interposer physiquement, ne pas tenter de contenir seul·e une personne agitée.

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Agitation psychomotrice : sémiologie et causes

L'agitation psychomotrice se définit comme une excitation motrice et verbale incoordonnée, souvent expression d'une souffrance interne intense. Ses causes possibles sont multiples :

  • Crise d'angoisse aiguë (attaque de panique évoluée) ;
  • Décompensation psychotique : premier épisode schizophrénique, accès paranoïaque aigu ;
  • Manie aiguë (trouble bipolaire en phase haute) ;
  • Intoxication aiguë : alcool, cannabis, cocaïne, amphétamines, hallucinogènes (LSD, MDMA, kétamine) ;
  • Sevrage de substances : delirium tremens (sevrage alcoolique), sevrage benzodiazépine ou opiacés ;
  • Cause médicale organique : hypoglycémie, AVC, traumatisme crânien, infection cérébrale (méningite, encéphalite), troubles électrolytiques.

Réflexe diagnostique critique : penser systématiquement à une cause organique chez une personne âgée, lors d'un premier épisode, ou après un accident. Une hypoglycémie sévère, un AVC ou un traumatisme crânien peuvent se présenter comme une agitation pseudo-psychiatrique.

Signes cliniques à reconnaître : déambulation incessante, gestes amples et désordonnés, voix forte ou criée, ton hostile ou propos précipités, propos désorganisés ou logorrhée, transpiration profuse, mydriase (pupilles dilatées — signe de stimulation sympathique, fréquent en intoxication aux stimulants).

L'agressivité et l'agitation sont fortement associées à la consommation d'alcool : les études OFDT estiment que l'alcoolisation aiguë multiplie le risque de violence interpersonnelle par environ × 5. Cela impacte directement la conduite à tenir : face à une personne ivre agitée, ne pas argumenter, ne pas mettre la consommation en cause dans l'instant, sécuriser l'environnement, et différer la discussion au lendemain à jeun.

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Posture de désamorçage du secouriste PSSM

Face à une personne agitée, la priorité absolue est la sécurité. La séquence d'intervention recommandée s'articule en sept points :

  1. Protéger d'abord sa propre sécurité, celle des tiers présents, et sortir d'un environnement dangereux. Signaler aux collègues ou à la sécurité interne.
  2. Garder une distance de 1,5 à 2 mètres minimum (au lieu de la distance sociale habituelle de 1 à 1,5 m) car le risque physique est réel.
  3. Adopter une attitude corporelle ouverte non menaçante : mains visibles, paumes ouvertes, légèrement de côté (jamais en face directe, ce qui est perçu comme confrontationnel). Pas de gestes brusques.
  4. Voix basse et calme : paradoxalement, plus la personne crie, plus on parle doucement (effet miroir contraire qui apaise progressivement le ton général). Pas d'autoritarisme.
  5. Écoute non-jugement, reconnaissance émotionnelle : « Je vois que tu es très en colère, je comprends que c'est difficile pour toi », « Tu as l'air vraiment épuisé·e ».
  6. Ne pas argumenter, ne pas contredire, ne pas culpabiliser, ne pas crier en retour. L'argumentation rationnelle est inopérante en phase aiguë.
  7. Si aggravation, menaces ou refus : appeler de l'aide (sécurité interne, 15 SAMU, 17 police, 18 pompiers). Ne pas s'interposer physiquement, ne pas tenter de contenir seul·e.

La technique dite du « broken record » (disque rayé) est utile face à l'agressivité verbale : répéter calmement une phrase apaisante (« je suis là pour t'aider », « je veux comprendre ») sans se laisser embarquer dans la spirale émotionnelle. Si la personne profère des insultes personnelles, ne pas répliquer, ne pas argumenter, recentrer sur la fonction d'aide.

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Agressivité physique imminente et légitime défense

Lorsque l'agressivité bascule vers le passage à l'acte physique imminent ou réel, la priorité change : il s'agit de protéger autrui et soi-même, fuir si possible, et appeler le 17 police. La contention physique d'une personne agitée est une compétence soignante qui exige une équipe formée (au moins 4-5 personnes formées au « pack contention ») : elle ne fait pas partie du périmètre du secouriste PSSM.

Le cadre juridique est posé par l'article 122-5 du Code pénal sur la légitime défense : « N'est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte. »

Trois critères cumulatifs sont exigés par la jurisprudence :

  • Atteinte injustifiée : agression effective ou imminente caractérisée.
  • Concomitance : la défense doit être immédiate, dans le même temps que l'attaque (pas de représailles différées).
  • Proportionnalité : les moyens de défense doivent être proportionnés à la gravité de l'atteinte (pas de réponse disproportionnée).

En pratique, le secouriste PSSM doit privilégier la désescalade verbale, la fuite ou la mise à l'abri avant tout geste de défense. Toute intoxication grave (coma, dépression respiratoire chez consommateur de stimulants ou opiacés) impose un appel 15 SAMU urgent.

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État dissociatif (DSM-5 / CIM-11) et technique de grounding

L'état dissociatif, classé par le DSM-5 et la CIM-11, désigne une déconnexion temporaire de la réalité, de l'identité, de la mémoire ou de la conscience. Quatre symptômes principaux sont décrits :

  • Dépersonnalisation : sentiment d'être en dehors de soi, irréalité de soi (« je me regarde de l'extérieur, comme dans un film »).
  • Déréalisation : sentiment que le monde est irréel, brumeux, comme dans un rêve. Les objets paraissent étranges, distants.
  • Amnésie dissociative : perte de mémoire psychogène d'épisodes traumatiques (sans cause organique).
  • Fugue dissociative : errance avec amnésie identitaire, parfois de plusieurs jours.

Causes principales : trauma intense (post-attentat, accident grave, agression), TSPT (trouble de stress post-traumatique), troubles dissociatifs spécifiques (TDID = Trouble Dissociatif de l'Identité, ancien « personnalités multiples »), épuisement extrême, intoxications (cannabis fort, hallucinogènes).

Technique du GROUNDING 5-4-3-2-1 : outil simple, validé en clinique, qui ramène la personne à l'instant présent par les sens. On lui demande successivement :

  1. 5 choses que tu peux VOIR autour de toi (le mur, ma veste, la fenêtre…) ;
  2. 4 choses que tu peux TOUCHER (la table, tes mains, le tissu…) ;
  3. 3 choses que tu peux ENTENDRE (la ventilation, ma voix, le trafic…) ;
  4. 2 choses que tu peux SENTIR par l'odorat (un café, ton parfum…) ;
  5. 1 chose que tu peux GOÛTER (ta salive, un bonbon…).

Cette technique apaise efficacement la dissociation et l'anxiété aiguë. Si l'épisode persiste plus de 30 minutes ou est récurrent, une consultation médicale urgente s'impose (urgences psychiatriques, médecin traitant en urgence).

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Urgences psychiatriques et soins sans consentement

Le 15 SAMU assure la régulation médicale 24/7 et oriente vers : un Centre d'Accueil Psychiatrique (CAP) si l'offre territoriale le permet, ou les urgences générales avec un psychiatre de garde dans le CHU de rattachement. Le 17 reste mobilisable si l'agitation est associée à une mise en danger immédiate avec violence physique.

Lorsque la personne refuse les soins alors qu'elle représente un danger imminent pour elle-même ou autrui, plusieurs voies de soins sans consentement sont prévues par la loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011, modifiée par la loi n° 2013-869 du 27 septembre 2013 :

  • SDT — Soins à la Demande d'un Tiers : deux certificats médicaux + demande écrite et signée d'un tiers (proche, employeur, médecin du travail).
  • SDT-U — Urgence : un seul certificat médical en cas de péril imminent.
  • SPI — Soins en Péril Imminent : lorsqu'aucun tiers n'est joignable, un seul certificat médical extérieur à l'établissement d'accueil.
  • SDRE — Soins sur Décision du Représentant de l'État : arrêté préfectoral en cas de trouble à l'ordre public ou à la sûreté des personnes (notamment dans les contextes de violences).

Le contrôle du juge des libertés et de la détention (JLD) intervient à 12 jours puis à 6 mois pour vérifier la nécessité du maintien des soins sans consentement. Ces dispositifs ne relèvent pas de la compétence directe du secouriste PSSM, mais leur connaissance permet de rassurer la famille et d'expliquer le cadre légal lorsqu'une hospitalisation s'impose contre le gré de la personne.

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Cas particulier : agitation associée à l'alcool ou aux drogues

L'association agitation + intoxication est fréquente et nettement majorante du risque violent (× 5 selon l'OFDT). Quelques principes pratiques :

  • Ne pas argumenter avec une personne sous emprise : la rationalité est altérée, la confrontation augmente le risque.
  • Ne pas mettre en cause la consommation dans l'instant : la discussion sur les addictions est à conduire au lendemain à jeun, avec un proche neutre.
  • Sécuriser l'environnement : retirer les armes, médicaments, objets coupants accessibles.
  • Attendre la désintoxication : la phase aiguë passe en quelques heures (alcool) à 24-48 h (cannabis fort, hallucinogènes, sevrage).
  • Intoxication grave (coma, dépression respiratoire, hypothermie, convulsions) = 15 SAMU urgent.

Le delirium tremens (sevrage alcoolique sévère) est une urgence médicale absolue : confusion, tremblements amples, hallucinations visuelles (zoopsies — petits animaux), hypertension, fièvre, sudation profuse, risque de convulsions et de décès si non traité. Hospitalisation immédiate, traitement par benzodiazépines à fortes doses, hydratation, vitaminothérapie B1 (prévention de l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke).

Règle d'or PSSM : face à l'agitation, la distance + voix calme + écoute désamorcent la majorité des situations. Si l'aggravation persiste ou si la dangerosité bascule sur l'agressivité physique, appel immédiat 15 / 17 et mise à l'abri. Jamais d'interposition physique seul·e.
Top causes d'agitation aiguë rencontrées en entreprise et leur indice de gravité
Cause Indices cliniques Orientation
Crise d'angoisseTachycardie, dyspnée, peur intense, lucideApaisement, respiration carrée, médecin du travail
Intoxication alcool / droguesMydriase, haleine, ataxie, discours décousuSécuriser, attendre, 15 si coma ou agressivité
Décompensation psychotiqueDélire, hallucinations, désorganisation15 SAMU, urgences psychiatriques (cf. 4.3)
Manie aiguë (bipolaire)Logorrhée, mégalomanie, insomnie totale15 SAMU, hospitalisation parfois en SDT
Cause organiqueÂge > 60 ans, premier épisode, post-accident15 SAMU, glycémie capillaire, bilan urgences

Source : référentiel PSSM-France 2023, recommandations HAS « Urgences psychiatriques ».

À retenir
  • Agitation psychomotrice : excitation motrice + verbale incoordonnée. Toujours envisager cause organique chez personne âgée, premier épisode, post-accident.
  • Réflexe en 5 temps : Protéger / Distance 1,5-2 m / Voix calme / Écouter sans juger / Appeler aide. Jamais d'interposition physique.
  • Légitime défense : art. 122-5 Code pénal — atteinte injustifiée, concomitance, proportionnalité. Privilégier fuite et mise à l'abri.
  • Dissociation (DSM-5 / CIM-11) : dépersonnalisation, déréalisation, amnésie, fugue. Grounding 5-4-3-2-1 (5 voir / 4 toucher / 3 entendre / 2 sentir / 1 goûter).
  • Alcool = risque × 5 (OFDT). Ne pas argumenter en phase aiguë, parler le lendemain à jeun. Coma / dépression respiratoire = 15 urgent.
  • Soins sans consentement : loi du 5 juillet 2011 modifiée 27 septembre 2013. SDT, SDT-U, SPI, SDRE. Contrôle JLD à 12 jours.
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