PSSM · Santé Mentale

Premiers Secours en Santé Mentale

Module 3 : Méthode AERER

Module 3 : Méthode AERER 32 min de lecture

3.3 R-E-R : Rassurer, Encourager aide pro, Recommander

Une fois la personne approchée (A) et écoutée (E), les trois dernières étapes de la méthode AERER orientent vers l'aval : Rassurer et donner de l'information (lutte contre la stigmatisation), Encourager une aide professionnelle adaptée, et Recommander des stratégies de bien-être complémentaires. Ces trois étapes transforment l'entretien d'écoute en accompagnement vers le rétablissement.

Échelle d'aide professionnelle — de la 1re ligne à l'urgence
1
Médecin traitant — porte d'entrée principale, prescription, orientation vers spécialistes.
2
Médecin du travail — gratuit, neutre, peut adapter le poste (aménagement, télétravail temporaire).
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Psychologue (Mon Parcours Psy) — 12 séances/an remboursées depuis le 1er avril 2022, sur orientation.
4
CMP — Centre Médico-Psychologique — secteur public, gratuit, délais 1-12 mois selon zone.
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Psychiatre — médecin spécialiste, remboursé, délais 3-12 mois.
!
Urgences : 15 SAMU, 3114, 17, 112 — en cas de crise active, danger vital.

Le secouriste présente les options, il ne choisit pas à la place de la personne.

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R — Rassurer et donner de l'information

Rassurer ne consiste pas à dire « ne t'inquiète pas, tout va bien » — cela serait minimiser. Rassurer, dans la méthode PSSM, c'est éclairer sans rabaisser : lutter contre la stigmatisation intériorisée, donner des informations factuelles sur la prévalence et l'évolution des troubles, redonner de l'espoir sans promettre faussement.

La personne en souffrance pense souvent qu'elle est faible, anormale, seule. Les rappels factuels suivants désamorcent ces croyances :

  • « Ce que tu vis est fréquent — environ 1 Français sur 5 est concerné chaque année par un trouble psychique » (Santé publique France, baromètre santé).
  • « La dépression est une maladie comme une autre, ce n'est pas un manque de volonté ni un défaut de caractère ».
  • « Avec un traitement adapté, environ 90 % des dépressions évoluent favorablement » (HAS, recommandations sur la prise en charge de la dépression de l'adulte).
  • « Demander de l'aide est un acte de courage et d'intelligence, pas de faiblesse ».

Selon le trouble suspecté, des informations plus spécifiques peuvent être utiles : la dépression non traitée dure typiquement 3 à 9 mois, contre 6 à 12 semaines avec une prise en charge adaptée ; les TCC (thérapies cognitivo-comportementales) affichent une efficacité de 70 à 80 % sur les troubles anxieux ; la bipolarité est aujourd'hui stabilisable au long cours avec un suivi régulier.

Donner de l'espoir sans promettre faussement : ne jamais dire « tu vas guérir rapidement » si on n'en sait rien. Préférer : « avec une aide adaptée, les chances sont très bonnes ; beaucoup de gens dans ta situation s'en sortent ». Référer à des sources crédibles (et non des forums anonymes) : santepubliquefrance.fr, psycom.org, ameli.fr (Mon Parcours Psy), hopital.fr.

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E — Encourager une aide professionnelle (1re ligne)

L'objectif est de présenter les options et de laisser la personne choisir. Pas d'imposition (« tu DOIS aller voir un psy »). Les acteurs de 1re ligne, les plus accessibles :

  • Médecin traitant : porte d'entrée habituelle, peut prescrire des antidépresseurs, orienter vers un spécialiste, rédiger un arrêt de travail si besoin. Délai d'accès souvent court.
  • Médecin du travail : gratuit pour le salarié, neutre (n'informe pas l'employeur du contenu de la consultation), peut adapter le poste (aménagement du temps, télétravail temporaire, reclassement). Acteur souvent sous-utilisé.
  • Psychologue conventionné — Mon Parcours Psy : dispositif national lancé le 1er avril 2022, qui permet la prise en charge par l'Assurance Maladie de jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue conventionné (40 € par séance, gratuit pour les bénéficiaires de la CSS). Accès sur orientation du médecin traitant.
  • CMP — Centre Médico-Psychologique : structure publique de secteur, gratuit pour la personne, équipe pluridisciplinaire (psychiatres, psychologues, infirmiers). Mais délais d'attente de 1 à 3 mois en urbain, parfois 6 à 12 mois en rural.
  • Psychiatre libéral : médecin spécialiste, remboursé par l'Assurance Maladie. Délais d'attente longs (3 à 12 mois selon zone), tarifs variables.
  • Psychothérapeute : titre protégé depuis le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010. Vérifier l'inscription au registre ADELI de l'ARS. Non remboursé par la Sécurité sociale (40-80 € la séance), parfois pris en charge par des mutuelles.
  • Thérapeute TCC : école comportementale et cognitive, très efficace sur anxiété, dépression et phobies (70-80 % de réponse).
  • Cellule d'écoute psychologique d'entreprise (Pros-Consulte, Psya, Eutelmed, Stimulus…) : gratuit, anonyme, 24/7, mais souvent sous-utilisée par méconnaissance.

Présenter au moins deux options différentes améliore la probabilité d'adhésion. Exemple : « tu pourrais voir ton médecin traitant, ou bien la médecin du travail si tu préfères que ça reste totalement séparé de ta vie privée — les deux sont bons points d'entrée ».

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Urgences psychiatriques et hospitalisation

En situation de crise active, l'orientation change radicalement de nature : il ne s'agit plus de prendre rendez-vous mais d'agir immédiatement.

  • 15 — SAMU : régulation médicale 24/7, oriente vers le service le mieux adapté.
  • 3114 — Numéro national de prévention du suicide : gratuit, anonyme, 24/7, professionnels formés, déployé nationalement depuis octobre 2021.
  • 17 — Police / Gendarmerie : en cas de violence imminente.
  • 112 — Numéro européen d'urgence : équivalent dans toute l'UE.
  • CAP — Centre d'Accueil Psychiatrique : certains CHU disposent d'un accueil 24/7 sans rendez-vous.

L'hospitalisation psychiatrique est encadrée par la loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 (modifiée notamment en 2013) sur les droits et la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques. Trois modalités existent :

  • SDL — Soins libres : la personne consent à son hospitalisation. C'est le régime de droit commun.
  • SDT — Soins à la Demande d'un Tiers : la personne ne consent pas, mais un tiers (proche, médecin) demande les soins. Procédure médicale stricte (deux certificats médicaux).
  • SDRE — Soins à la Demande du Représentant de l'État : arrêté préfectoral, en cas de trouble grave à l'ordre public ou à la sécurité des personnes.

Le secouriste PSSM n'a pas vocation à initier une hospitalisation : son rôle s'arrête à l'orientation vers les bons interlocuteurs (15, médecin traitant, médecin du travail). C'est ce dernier ou l'urgentiste qui évalue la nécessité d'une hospitalisation.

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Les 10 piliers du bien-être psychique — interventions non médicamenteuses
1. Activité physique — HAS 2022 grade A pour la dépression légère, 30 min/jour.
2. Sommeil de qualité — 7-9 h adulte, régularité, hygiène du sommeil.
3. Nutrition — oméga-3, légumes-fruits, limiter alcool/sucre.
4. Mindfulness — MBSR Jon Kabat-Zinn (1979), Petit BamBou, Headspace.
5. Lien social — soutien des proches, groupes de pairs, associations (UNAFAM).
6. Réduction des consommations — alcool, cannabis, café, écrans.
7. Auto-compassion — méthode Kristin Neff, bienveillance envers soi.
8. Psychoéducation — comprendre son trouble réduit anxiété et stigmatisation.
9. Journal d'humeur — suivi quotidien, identification des déclencheurs.
10. Hobbies créatifs — musique, écriture, jardinage, art, source d'estime de soi.

Ces stratégies sont complémentaires, jamais en remplacement d'un traitement médical lorsqu'il est indiqué.

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R — Recommander des stratégies de bien-être

Les stratégies de bien-être sont des interventions non médicamenteuses, complémentaires à la prise en charge médicale lorsqu'elle est indiquée. Elles ne se substituent jamais à un traitement de fond pour une pathologie sévère, mais elles consolident la rémission, préviennent les rechutes, et améliorent la qualité de vie au quotidien. Détaillons les principales :

L'activité physique est l'intervention non médicamenteuse la mieux documentée. La HAS, dans sa recommandation de bonne pratique « Prescription d'activité physique et sportive » de 2022, lui accorde un grade A pour la dépression légère à modérée. Concrètement : 30 minutes par jour, type marche, vélo, natation, course. L'effet est comparable à un antidépresseur de 1re ligne pour les formes légères.

Le sommeil : 7 à 9 heures pour l'adulte, régularité des horaires. Éviter les écrans bleus dans l'heure qui précède le coucher, le café après 16 h, l'alcool en soirée (qui altère la qualité du sommeil profond). L'hygiène du sommeil est un levier majeur sur l'humeur.

La mindfulness (pleine conscience) — protocole MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) développé par Jon Kabat-Zinn à l'Université du Massachusetts en 1979. Applications grand public : Petit BamBou, Headspace, Calm. Méta-analyses récentes : effet modéré significatif sur anxiété, dépression et douleur chronique.

Le lien social est un facteur protecteur majeur. L'isolement, à l'inverse, est l'un des plus puissants facteurs d'aggravation des troubles psychiques. Associations utiles : UNAFAM (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques), Argos 2001 (bipolaires), Alcooliques Anonymes (AA), Narcotiques Anonymes (NA).

L'auto-compassion — concept formalisé par Kristin Neff (University of Texas, années 2000) — consiste à se traiter avec la même bienveillance qu'un ami proche en souffrance. C'est le contraire de l'auto-critique implacable qui aggrave la dépression.

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Suivi de l'intervention et limites du secouriste

Une intervention PSSM ne se clôt pas à la fin de l'entretien. Le secouriste prévoit un suivi à 1-2 semaines : « on se revoit la semaine prochaine pour faire le point ? ». Lors de ce point, il vérifie :

  • La personne a-t-elle effectivement pris contact avec un professionnel ?
  • Comment se sent-elle aujourd'hui ?
  • Y a-t-il des freins à lever (peur de la stigmatisation, problème logistique, financier) ?
  • De nouvelles ressources peuvent-elles être utiles (médecin du travail, cellule d'écoute) ?

L'objectif n'est pas de devenir le « sauveur attitré » de la personne (cf. triangle de Karpman, chapitre 3.2), mais de rester un soutien disponible à distance saine. Le suivi peut s'espacer dans le temps : à 2 semaines, à 1 mois, à 3 mois — puis se transformer en simple présence bienveillante au quotidien.

Le secouriste doit connaître ses limites. Si la situation dépasse son cadre — aggravation, idées suicidaires nouvelles, refus persistant de consulter alors que la souffrance s'amplifie — il transmet à un acteur compétent : médecin du travail (avec accord, sauf danger vital), psychologue interne, 15 ou 3114 le cas échéant. Transmettre n'est pas trahir, c'est protéger.

« Le secouriste PSSM n'est pas un thérapeute. Il est un relais, un éclaireur, un compagnon de route temporaire. Sa réussite se mesure non au nombre de personnes qu'il a "guéries", mais au nombre de celles qu'il a accompagnées jusqu'à la bonne ressource. »

— Manuel PSSM France, 6e édition 2024.
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Ressources institutionnelles fiables

Le secouriste oriente vers des sources institutionnelles et vérifiées :

  • Psycom.org — référence francophone sur les troubles psychiques, fiches pratiques, annuaire des structures.
  • santepubliquefrance.fr — baromètres santé mentale, campagnes nationales, données épidémiologiques.
  • ameli.fr — Mon Parcours Psy — toutes les modalités d'accès au dispositif depuis avril 2022.
  • 3114.fr — ressources et tchat de prévention du suicide.
  • UNAFAM (unafam.org) — entourage des personnes malades psychiques, écoute 01 42 63 03 03.
  • Fil Santé Jeunes (0 800 235 236) — 12-25 ans, anonyme, 9 h - 23 h.
  • SOS Amitié (09 72 39 40 50) — écoute 24/7, anonyme et gratuite.
  • INRS (inrs.fr) — volet santé mentale au travail, RPS, brochures techniques pour entreprise.

Le secouriste peut imprimer une fiche ressources à remettre à la personne en fin d'entretien : cela transforme une information orale fragile en support concret consultable à froid. Le médecin du travail ou la cellule QVT peuvent fournir des fiches officielles à jour.

À retenir
  • R — Rassurer : lutter contre la stigmatisation par des faits. 1 Français sur 5 concerné/an, 90 % des dépressions évoluent favorablement avec traitement adapté, TCC 70-80 % d'efficacité sur l'anxiété.
  • E — Encourager une aide pro : médecin traitant, médecin du travail, psychologue via Mon Parcours Psy (12 séances/an depuis le 1er avril 2022), CMP (gratuit mais délais), psychiatre, cellule d'écoute d'entreprise.
  • Urgences : 15 SAMU, 3114 prévention suicide (gratuit 24/7), 17, 112. Hospitalisation psychiatrique encadrée par la loi du 5 juillet 2011 : SDL / SDT / SDRE.
  • R — Recommander stratégies bien-être : activité physique (HAS 2022, grade A pour la dépression légère), sommeil 7-9 h, mindfulness (MBSR Jon Kabat-Zinn 1979), lien social, auto-compassion (Kristin Neff).
  • Suivi à 1-2 semaines pour vérifier l'orientation effective. Distance saine, jamais « sauveur attitré ».
  • Ressources fiables : psycom.org, santepubliquefrance.fr, ameli.fr (Mon Parcours Psy), 3114.fr, UNAFAM, SOS Amitié, INRS.
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