IFM : lire la ligne sur un bulletin de paie d'intérim
Sur un bulletin de paie d'intérim, la ligne IFM correspond à l'indemnité versée par l'entreprise de travail temporaire à la fin de la mission. Cette fiche explique comment la lire : quelle assiette a été retenue, quelles cotisations s'y appliquent et comment la retrouver dans le net imposable.
Comment cette ligne apparaît sur votre bulletin
IFM Indemnité de fin de mission Indemnité fin mission intérim Prime de précarité I.F.M. IFM intérimQu'est-ce que c'est ?
Sur un bulletin de paie établi par une entreprise de travail temporaire, la ligne IFM correspond à l'indemnité de fin de mission. Elle apparaît en général sur la dernière paie de la mission, sous le libellé « IFM », « Indemnité de fin de mission » ou « Prime de précarité ».
Cette fiche explique comment lire cette ligne : quelle assiette a servi au calcul (c'est la ligne « rémunération brute sans IFM » juste au-dessus), quelles cotisations s'y appliquent, et où la retrouver dans le net imposable. L'IFM est un complément de salaire au sens de l'article L1251-32 du Code du travail : elle supporte toutes les cotisations sociales et entre dans le revenu imposable, sans exonération.
Comment c'est calculé ?
L'IFM se calcule selon la formule :
IFM = 10 % × rémunération brute totale de la mission
L'assiette comprend :
- Salaire de base + heures supplémentaires majorées
- Primes variables (rendement, productivité, qualité)
- Primes liées aux conditions de travail : poste, équipe (2×8, 3×8), nuit, froid, insalubrité, prime de risque
- Majorations pour travail de nuit, dimanche, jours fériés
Sont en revanche exclues :
- L'indemnité compensatrice de congés payés (ICCP)
- Les remboursements de frais professionnels — y compris la prime de panier et l'indemnité de transport, qui gardent la nature d'un remboursement de frais même versées forfaitairement et sans justificatif (Cass. soc. 11 janvier 2017, n° 15-23.341)
- L'indemnité de fin de mission elle-même (pas de calcul en cascade)
La ligne « rémunération brute sans IFM » de votre bulletin
C'est le libellé que la plupart des ETT utilisent pour isoler l'assiette de calcul de l'IFM : le total brut de la mission avant ajout de l'indemnité. Si vous cherchez à vérifier le montant qui vous a été versé, c'est ce chiffre qu'il faut multiplier par 10 %, et non le brut total figurant en bas du bulletin — lequel inclut déjà l'IFM et l'ICCP, ce qui gonflerait le résultat.
Exemple chiffré (à titre indicatif — 2026)
Mission de 4 mois à 2 200 € brut/mois, avec 300 € de primes variables sur la durée :
- Rémunération brute totale de la mission : (2 200 × 4) + 300 = 9 100 €
- IFM = 9 100 × 10 % = 910 € brut
- + ICCP = (9 100 + 910) / 10 = 1 001 € brut — l'assiette des congés payés intègre l'IFM (article L1251-32, dernier alinéa ; Cass. soc. 5 avril 2018, n° 16-25.428)
- Soit un total de fin de mission de 1 911 € brut hors dernier salaire
Qui fait quoi ?
L'IFM est versée par l'Entreprise de Travail Temporaire (ETT) à l'intérimaire, et refacturée à l'Entreprise Utilisatrice (EU) dans le coût de mission.
Côté salarié intérimaire
- Soumise à toutes les cotisations sociales salariales (CSG, CRDS, vieillesse, AGIRC-ARRCO, chômage…)
- Incluse dans le net imposable et soumise au PAS
- Génère des droits à la retraite et à l'assurance chômage
- Ne bénéficie d'aucune exonération particulière (contrairement à certaines indemnités de rupture)
Côté ETT (employeur)
- Verse les cotisations patronales sur l'IFM (maladie, famille, AT/MP, retraite, chômage…)
- L'IFM est intégrée à l'assiette de la réduction générale (ex-Fillon)
- Elle est répercutée dans la facturation à l'entreprise utilisatrice (coefficient de facturation)
Cas d'exclusion (article L1251-33)
L'IFM n'est pas due si :
- Le salarié bénéficie immédiatement d'un contrat à durée indéterminée avec l'entreprise utilisatrice, c'est-à-dire conclu avant le terme de la mission (article L1251-32)
- La mission relève d'un emploi à caractère saisonnier ou d'usage constant (3° de l'article L1251-6) et qu'un accord collectif étendu l'a prévu — la seule nature saisonnière ne suffit pas
- La période relève de l'article L1251-57 : stage de formation, bilan de compétences ou validation des acquis de l'expérience assimilés à une mission
- Le contrat est rompu de façon anticipée à l'initiative du salarié, pour sa faute grave, ou en cas de force majeure
À quoi ça sert ?
L'IFM remplit une double fonction dans le droit français du travail temporaire :
1. Compenser la précarité du contrat de mission
Contrairement au CDI, le contrat de mission est par nature limité dans le temps. L'IFM compense financièrement cette précarité, en s'ajoutant à la rémunération de base versée pendant la mission. C'est l'équivalent de la prime de précarité du CDD (article L1243-8 CT) qui, elle aussi, est de 10 % de la rémunération brute totale.
2. Couvrir le risque de période inter-mission
L'intérimaire alterne souvent missions et périodes d'inactivité. L'IFM permet de constituer une réserve financière entre deux contrats, en attendant la prise en charge éventuelle par l'assurance chômage (France Travail).
3. Renforcer l'attractivité de l'intérim
L'IFM compense partiellement le différentiel d'avantages sociaux entre un salarié en CDI et un intérimaire (qui n'a pas accès à certains dispositifs d'entreprise comme le PEE, l'intéressement, parfois la mutuelle, etc.).
Pas d'IFM en cas de CDI intérimaire
Depuis la loi du 17 août 2015 sur le dialogue social et l'emploi, les CDI intérimaires (CDI-I) sont exclus du dispositif IFM : les salariés en CDI avec une ETT ne perçoivent pas d'IFM, mais bénéficient en contrepartie d'une rémunération mensuelle minimale garantie (GMMR) : le contrat doit prévoir une rémunération au moins égale au SMIC calculé sur la durée légale du mois, missions comprises (article L1251-58-3 du Code du travail), soit 1 867,02 € brut pour 151,67 h depuis le 1er juin 2026. L'accord de branche la majore de 15 % pour les agents de maîtrise et techniciens et de 25 % pour les cadres — c'est de là que vient la confusion fréquente avec un prétendu « 25 % du SMIC ».
Source : Article L1251-32 du Code du travail.
Évolutions récentes
L'IFM est née avec la légalisation du travail temporaire en France :
- 3 janvier 1972 (loi n° 72-1 sur le travail temporaire) : première reconnaissance légale de l'intérim, qui prévoit déjà une indemnité de précarité pour compenser le caractère temporaire de la mission.
- 12 juillet 1990 (loi n° 90-613 favorisant la stabilité de l'emploi par l'adaptation du régime des contrats précaires) : encadrement plus strict du recours à l'intérim, motifs limitatifs, durée maximale. Mise en cohérence du régime IFM avec la prime de précarité CDD.
- 17 août 2015 (loi n° 2015-994, dite Rebsamen) : le CDI intérimaire (CDI-I), né d'un accord de branche de 2013 étendu en 2014, est encadré par la loi à titre expérimental jusqu'au 31 décembre 2018. Il n'ouvre pas droit à l'IFM.
- 5 septembre 2018 (loi n° 2018-771 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », art. 116) : pérennisation du CDI intérimaire et son inscription dans le Code du travail, aux articles L1251-58-1 et suivants.
Sources : Section du Code du travail sur l'intérim · URSSAF — Indemnité de fin de contrat.
Cas pratiques
Cas 1 — Mission courte de 2 semaines
Intérimaire payé 13 €/h, mission de 2 semaines (70 h) :
- Rémunération brute mission : 70 × 13 = 910 €
- IFM : 910 × 10 % = 91 €
- + ICCP : (910 + 91) / 10 = 100,10 € — les congés payés se calculent sur le brut augmenté de l'IFM
- Total fin de mission : 1 101,10 € brut
Cas 2 — Mission longue avec heures supplémentaires
Mission de 6 mois à 2 500 €/mois + 1 000 € total d'HS sur la période :
- Rémunération brute mission : (2 500 × 6) + 1 000 = 16 000 €
- IFM : 16 000 × 10 % = 1 600 € brut
- + ICCP : (16 000 + 1 600) / 10 = 1 760 € brut
- Total fin de mission : 3 360 € brut
Cas 3 — Refus d'un CDI à l'issue de la mission
L'intérimaire refuse une proposition de CDI sur le même poste dans l'entreprise utilisatrice :
- L'IFM reste due. Contrairement au CDD (article L1243-10, 2°), l'article L1251-33 ne prévoit aucune exception en cas de refus d'un CDI : l'indemnité n'est écartée que si le salarié bénéficie effectivement d'un CDI conclu avant le terme de la mission
- L'ICCP est due elle aussi
- L'assurance chômage, en revanche, est concernée : depuis la loi du 21 décembre 2022 et le décret du 28 décembre 2023, deux refus d'une proposition de CDI pour le même emploi ou un emploi similaire au cours des douze derniers mois ferment le bénéfice de l'allocation d'assurance (articles L1251-33-1 et L5422-1, I). L'employeur doit avoir formulé la proposition par écrit et informé France Travail du refus
Cas 4 — CDI intérimaire (CDI-I)
Salarié en CDI avec une ETT : il n'a pas droit à l'IFM, mais bénéficie :
- D'une rémunération mensuelle minimale garantie (GMMR) au moins égale au SMIC sur la durée légale du mois, missions comprises (article L1251-58-3), soit 1 867,02 € brut depuis le 1er juin 2026
- De la stabilité d'un CDI : préavis, indemnité de licenciement, accès à la formation
- D'une mensualisation lissée du salaire
Questions fréquentes
Sources officielles
- Article L1251-32 du Code du travail — loi
- Article L1251-33 du Code du travail — loi
- Cass. soc. 11 janvier 2017, n° 15-23.341 — prime de panier et indemnité de transport = remboursement de frais (recherche Judilibre) — jurisprudence
- Cass. soc. 5 avril 2018, n° 16-25.428 — l'IFM entre dans l'assiette de l'ICCP (recherche Judilibre) — jurisprudence
- URSSAF — Indemnité de fin de contrat — officiel
- Service-public.fr — Travail temporaire (intérim) — officiel
Page mise à jour le 03/10/2026.