Carence maladie
Jours de carence non indemnisés (3 jours Sécu + carence CC)
Sur un bulletin de paie, la carence ne porte aucun libellé : elle se lit dans l'écart entre la retenue pour absence maladie et les lignes d'indemnisation. Trois jours au titre de la Sécurité sociale (R323-1), sept au titre du complément employeur (D1226-3), zéro si la convention collective les neutralise.
Comment cette ligne apparaît sur votre bulletin
Carence maladie Jours de carence Carence Sécu Carence employeur Délai de carenceQu'est-ce que c'est ?
Sur un bulletin de paie, la carence ne porte jamais ce nom. Elle se lit en creux : dans une retenue pour absence que rien ne vient compenser. Cette page décrit comment repérer ces jours sur votre bulletin et vérifier qu'ils ont été décomptés correctement.
Ce que vous cherchez sur le bulletin
Un arrêt maladie fait apparaître jusqu'à quatre lignes distinctes. Les jours de carence sont ceux que la première ligne retire sans que les deux suivantes les rendent.
| Ligne du bulletin | Effet | Ce qu'elle couvre |
|---|---|---|
| Absence maladie « Retenue absence maladie », « Absence non rémunérée » | − | La totalité des jours d'arrêt, carence comprise. |
| IJSS « IJSS subrogées », « Indemnités journalières » | + | Seulement à partir du 4e jour. N'apparaît que si l'employeur pratique la subrogation. |
| Maintien de salaire « Complément employeur », « Garantie maintien » | + | Selon la convention : dès le 1er jour, ou seulement à partir du 8e. |
| Régularisation « Régul. IJSS », « Rappel maintien » | ± | Ajustement du mois précédent, très fréquent car les IJSS arrivent en décalé. |
Le contrôle à faire en trente secondes
Comparez la retenue pour absence au total des lignes positives. L'écart doit correspondre exactement aux jours de carence applicables à votre situation : 3 jours si votre convention ne prend rien en charge, 7 jours si seule la Sécurité sociale intervient sur la période, 0 si votre branche neutralise la carence. Un écart supérieur signale une erreur de décompte — le cas le plus courant étant une carence appliquée une seconde fois sur une simple prolongation d'arrêt.
Les deux carences, et les textes exacts
Il y en a deux, elles se cumulent, et elles ne relèvent pas du même code.
- Carence Sécurité sociale : 3 jours. L'article R323-1 du code de la sécurité sociale fixe le point de départ de l'indemnité journalière au quatrième jour de l'incapacité de travail. C'est bien la partie réglementaire qui porte cette règle : l'article L323-1, souvent cité à tort, traite du taux et de la durée de l'indemnité, pas du délai.
- Carence employeur : 7 jours. L'indemnité complémentaire de l'employeur ne démarre qu'au huitième jour d'absence (article D1226-3 du code du travail), pour les arrêts d'origine non professionnelle uniquement.
Les trois cas où la carence ne s'applique pas
- Accident du travail ou maladie professionnelle : indemnisation dès le premier jour, et aucune carence patronale.
- Prolongation d'un arrêt en cours : la carence s'applique au début de l'arrêt, pas à chacune de ses prolongations. C'est l'erreur de paie la plus fréquente sur ce sujet.
- Affection de longue durée : pour une même affection relevant de l'article L324-1, le délai de trois jours ne s'applique qu'à la première interruption de travail sur une période de trois ans (article R323-1). Les arrêts suivants liés à cette affection sont indemnisés dès le premier jour.
Pour savoir si votre branche supprime la carence, la réponse est sur le sélecteur de jours de carence par convention collective. Pour connaître le montant que vous percevrez, utilisez le simulateur IJSS. Pour la règle légale complète, voir jour de carence en arrêt maladie.
Comment c'est calculé ?
Le calcul de la perte de revenu liée à la carence dépend de la convention collective applicable.
Carence Sécurité sociale (3 jours)
Les IJSS ne sont versées qu'à partir du 4e jour d'arrêt. Les 3 premiers jours ne donnent lieu à aucune indemnité de la Sécurité sociale.
Carence employeur (maintien de salaire)
Le maintien de salaire légal (loi de mensualisation 1978) prévoit une carence de 7 jours. À partir du 8e jour, l'employeur complète les IJSS pour garantir 90 % du brut (puis 2/3 ensuite).
De nombreuses conventions collectives suppriment ou réduisent la carence employeur (maintien dès le 1er jour).
Exemple chiffré (à titre indicatif — 2026)
Salarié à 2 400 € brut/mois en arrêt 10 jours, sans convention plus favorable :
- Jours 1 à 3 : carence Sécu, pas d'IJSS
- Jours 4 à 7 : IJSS Sécu seulement (≈ 50 % du salaire), pas de complément employeur (carence employeur)
- Jours 8 à 10 : IJSS + complément employeur (maintien à 90 %)
- Perte estimée sur les 7 premiers jours par rapport à un maintien intégral
Qui fait quoi ?
La carence n'est pas une cotisation : c'est une période non indemnisée en début d'arrêt maladie. Elle représente une perte de revenu pour le salarié, sauf si sa convention collective la neutralise.
Carence Sécurité sociale (3 jours)
- Fixée par le pouvoir réglementaire (article R323-1 du Code de la Sécurité sociale, qui place le point de départ de l'indemnité journalière au quatrième jour)
- Vise à limiter les arrêts maladie courts et le coût pour la Sécu
- Pas de carence en cas d'AT/MP (accident du travail/maladie professionnelle) ni en cas de rechute d'une ALD (affection de longue durée) dans la même série
Carence employeur (maintien de salaire légal)
- 7 jours dans le régime légal (loi de mensualisation 1978)
- Très fréquemment supprimée ou réduite par les conventions collectives
- Ne s'applique pas si la convention prévoit un maintien dès le 1er jour
Subrogation et carence
Lorsque l'employeur pratique la subrogation (perçoit les IJSS et verse le salaire maintenu), il intègre le mécanisme de carence dans son calcul. Le salarié peut voir, sur son bulletin, une période "carence" sans rémunération avant le déclenchement effectif du maintien.
À quoi ça sert ?
Les jours de carence ont pour fonction de responsabiliser le recours aux arrêts maladie et de limiter le coût de l'assurance maladie pour la collectivité.
Carence Sécurité sociale
- Limiter les arrêts courts (1 ou 2 jours) en n'indemnisant que les arrêts de plus de 3 jours
- Réduire le coût des IJSS pour l'Assurance Maladie
- Inciter à la prévention et au présentéisme raisonnable
Carence employeur
- À l'origine (1978), partager le coût du maintien de salaire entre l'employeur et le salarié
- Aujourd'hui largement neutralisée par les conventions collectives, qui maintiennent dès le 1er jour pour les salariés ayant l'ancienneté requise
Critique et débats
Les jours de carence font l'objet de débats récurrents :
- Pour les fonctionnaires : le jour de carence a été instauré en 2012, supprimé en 2014, rétabli en 2018, et étendu à 3 jours sur certaines périodes (à vérifier)
- Dans le privé : 3 jours de carence Sécu sont stables, mais largement compensés par les conventions collectives
- Pendant la crise Covid 2020-2022 : suspension temporaire de la carence pour les arrêts liés au Covid
Source : Article R323-1 du Code de la Sécurité sociale · Ameli — IJSS.
Évolutions récentes
Les jours de carence sont un dispositif ancien, qui a connu plusieurs modifications, surtout dans la fonction publique :
- 1945-1947 : création des IJSS avec un délai de carence de 3 jours pour la maladie non professionnelle (logique inspirée des assurances privées).
- 19 janvier 1978 (loi de mensualisation) : création du maintien de salaire employeur avec une carence légale de 7 jours (souvent neutralisée par les conventions collectives).
- 2012-2014 (fonction publique) : instauration puis suppression d'un jour de carence pour les fonctionnaires.
- 2018 : rétablissement d'un jour de carence pour les fonctionnaires (loi de finances).
- 2020-2022 (Covid-19) : suspension temporaire de la carence pour les arrêts liés au Covid, pour ne pas dissuader le respect des consignes sanitaires.
- 2024-2025 : débats politiques récurrents sur l'extension ou la suppression des jours de carence.
Dans le privé, les 3 jours de carence Sécu sont stables. Leur impact réel dépend fortement de la convention collective : nombreuses sont celles qui les neutralisent en pratique via un maintien de salaire dès le 1er jour.
Cas pratiques
Cas 1 — Arrêt de 5 jours sans convention favorable
Salarié à 2 400 € brut/mois, arrêt de 5 jours :
- Jours 1-3 : carence Sécu (pas d'IJSS), carence employeur (pas de maintien)
- Jours 4-5 : IJSS Sécu uniquement (≈ 50 % du salaire)
- Perte de revenu significative sur les 3 premiers jours
Cas 2 — Convention métallurgie
Salarié dans la métallurgie, arrêt de 5 jours. La convention prévoit le maintien dès le 1er jour pour les salariés ayant l'ancienneté requise :
- Pas de perte de revenu pour le salarié
- L'employeur supporte le complément de salaire pendant la carence Sécu (3 jours)
Cas 3 — Accident du travail
Salarié victime d'un AT/MP, arrêt de 10 jours :
- Pas de carence Sécu (article L433-1 CSS) : IJSS dès le 1er jour
- IJSS AT/MP plus favorables (60 % du salaire journalier au lieu de 50 %)
- Beaucoup de conventions maintiennent le salaire à 100 %
Cas 4 — Affection de longue durée (ALD)
Salarié en arrêt pour une ALD (cancer, diabète, etc.) avec rechute :
- Pas de carence Sécu pour les rechutes d'une même ALD dans une période de 3 ans
- IJSS dès le 1er jour de la rechute
Questions fréquentes
Sources officielles
- Article R323-1 du Code de la sécurité sociale (point de départ de l'indemnité journalière au 4e jour, règle ALD) — loi
- Article D1226-3 du Code du travail (carence de 7 jours du complément employeur) — loi
- Ameli — Indemnités journalières maladie — officiel
- Service-public.gouv.fr — Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié — officiel
Page mise à jour le 11/09/2026.