Transport et élévation de personnes, levage de charges avec un engin de chantier
Un engin de chantier ne sert ni de navette ni de plate-forme de travail, et il ne lève une charge que s'il est équipé pour cela. Ces trois sujets valent 8 des 44 points du thème « Exploitation », et deux des cinq critères éliminatoires de l'épreuve pratique s'y rattachent.
Ce que vérifie le test théorique R482
Cette fiche couvre 8 points sur 100, dans le thème « Exploitation des engins de chantier » (44 points) :
- Transport de personnel (3 pts)
- Elévation de personnel (3 pts)
- Levage de charges (2 pts)
Source : R.482B, barème du test théorique, p. 36 et suivante. Pour réussir : 70/100 et au moins la moyenne dans chaque thème.
Trois questions, une logique
Le référentiel de la R.482B classe parmi les risques liés à l'utilisation des engins les « risques spécifiques lors des opérations de levage (dispositifs hydrauliques de sécurité, modes d'élingage, points de préhension, ballant, lignes électriques aériennes…) » et de « transport et élévation de personnes » (annexe 2, A2|1 E, p. 30). Au test théorique, trois points d'évaluation les couvrent : transport de personnel (3 points), élévation de personnel (3 points) et levage de charges (2 points) (barème, p. 36). Pour le transport et l'élévation, le candidat doit « connaître les interdictions, savoir expliciter et justifier les applications autorisées » (A2|1 F, p. 31) : on retient donc la règle, puis ses exceptions, avec leurs conditions.
Transport de personnel
Le Code du travail pose le principe général : la présence de travailleurs sur des équipements de travail mobiles mus mécaniquement n'est autorisée que sur des emplacements sûrs et aménagés à cet effet ; si des travaux doivent être accomplis pendant le déplacement, la vitesse est adaptée (R4323-54). Le conducteur d'engin de chantier en tire des règles très concrètes, que l'INRS formule pour les chargeuses et les tombereaux :
| Emplacement | Ce que disent les textes |
|---|---|
| Poste de conduite | Place du conducteur, qui garde sa ceinture ou son dispositif de retenue : la fonction de ces dispositifs fait partie du référentiel (R.482B, A2|1 F, p. 31). |
| Cabine, en passager | Interdit, sauf si la cabine est équipée d'un siège supplémentaire spécialement aménagé, et après autorisation de l'encadrement (ED 910 ; ED 6065 pour les tombereaux). |
| Marchepieds, extérieur de l'engin | N'accepter personne sur les marchepieds pendant un mouvement ; ne jamais monter ni descendre en marche, même très lentement (ED 910 ; ED 6065). |
| Godet, bras, équipement | Jamais : voir la rubrique suivante. |
À l'arrêt aussi, l'INRS déconseille de laisser quelqu'un stationner sur l'engin ou à proximité : un mouvement involontaire sur une commande peut provoquer un accident (ED 910, p. 31). Pour monter et descendre, le référentiel demande de connaître la règle des trois appuis (R.482B, A2|2 B, p. 32), et « sauter de l'engin » est l'un des cinq critères éliminatoires de l'épreuve pratique (p. 35).
Élévation de personnel
L'élévation est le cas où une personne est portée en hauteur par l'engin : dans le godet, sur la fourche, sur un plateau posé sur des bras. La règle est écrite en deux articles du Code du travail.
- La règle (R4323-31) : le levage des personnes n'est permis qu'avec un équipement de travail et des accessoires prévus à cette fin. Un godet, une fourche ou un plateau improvisé n'en font pas partie ; l'INRS écrit expressément qu'il est interdit d'utiliser le godet d'une chargeuse pour lever des personnes et qu'il faut recourir à un appareil spécialement conçu (nacelle, plate-forme élévatrice de personnes) (ED 910, § 9.8, p. 35).
- Les deux dérogations (R4323-32) : un équipement non prévu pour le levage de personnes peut être utilisé, soit pour accéder à un poste de travail ou exécuter un travail quand un équipement spécialement conçu est techniquement impossible à utiliser ou expose à un risque plus important lié à l'environnement de travail, soit en cas d'urgence quand l'évacuation de personnes le nécessite. Dans le premier cas, un arrêté conjoint des ministres chargés du travail et de l'agriculture précise les spécifications des équipements, leurs conditions d'utilisation, et celles de charges, de visibilité, de déplacement, d'aménagement, de fixation de l'habitacle et d'accès à celui-ci.
- Et pour les chargeuses ? L'INRS précise que les cas où l'on admet un appareil de levage pour transporter des personnes (impossibilité technique ou risque particulier dû à l'environnement) ne s'appliquent pas aux chargeuses (ED 910, p. 35).
Le chariot à flèche télescopique avec nacelle. Quand un chariot de manutention à flèche télescopique est muni d'une nacelle conçue pour l'élévation de personnes, les risques sont identiques à ceux d'une plate-forme élévatrice mobile de personnel (PEMP). L'autorisation de conduite suppose, après une formation adaptée, le CACES R.482 catégorie F et le CACES R.486 catégorie B, ou à défaut la catégorie F combinée à une évaluation complémentaire appropriée fondée sur le référentiel et la grille de la R.486 (R.482B, A1|2, p. 26).
Plus généralement, quand l'ajout d'un équipement interchangeable fait changer l'engin de famille (la nacelle élévatrice est l'exemple donné), il est souhaitable de détenir le CACES de la catégorie appropriée dans la nouvelle famille (R.482B, p. 5).
Les appareils mus mécaniquement qui transportent des personnes ou élèvent un poste de travail ont une vérification générale périodique tous les six mois (arrêté du 1er mars 2004, art. 23). Pour les nacelles elles-mêmes, voir la page du CACES R486.
Levage de charges
Un engin n'est pas un appareil de levage par défaut
Les épreuves pratiques de la catégorie A (engin n° 1), de B1 et de B3 se passent sur une pelle hydraulique « équipée pour le levage de charges » (R.482B, A1|4, p. 27-28) ; l'opération de levage est évaluée aussi en C1 sur la chargeuse-pelleteuse (grilles A3|2). Réaliser une opération de levage avec un engin non équipé des dispositifs de sécurité appropriés est un critère éliminatoire : note 0 au point d'évaluation concerné, donc échec à l'évaluation pratique (p. 35). Ce que l'INRS attend d'un engin équipé, pour une chargeuse (ED 910, § 9.7, p. 35) :
- un dispositif d'attache de la charge qui s'oppose au décrochage accidentel, tel qu'un crochet à linguet ou un œillet ;
- le cas échéant, un équipement interchangeable de manutention adapté (bras de manutention, fourche à palettes, pince à grumes) ;
- l'interdiction d'utiliser une élingue enroulée autour du godet ou accrochée à une dent ;
- la copie du dernier rapport de vérification générale périodique à bord.
Côté vérifications : un engin de terrassement équipé pour le levage devient un appareil de levage au sens de l'arrêté du 1er mars 2004 ; il figure à l'article 20, II, ce qui porte sa vérification générale périodique à six mois (art. 23), et il est dispensé de vérification de remise en service lors d'un simple changement de site s'il a eu, dans la même configuration d'emploi, sa vérification de mise en service et une vérification périodique de moins de six mois. L'INRS le confirme pour les chargeuses utilisées en levage (ED 910, § 3.2.3, p. 13).
Les huit gestes du référentiel
Pour lever à l'aide d'élingues une charge simple ou complexe, le savoir-faire de la R.482B se déroule dans cet ordre (A2|2 B, p. 33) :
- Vérifier l'adéquation de l'engin et de son équipement à l'opération envisagée. Le texte précise que cette vérification n'est pas l'examen d'adéquation de l'arrêté du 1er mars 2004, qui relève de la responsabilité du chef d'établissement.
- S'assurer de la présence des dispositifs de sécurité requis (clapets, crochet, linguet…) sur l'engin et son équipement.
- Contrôler à l'abaque ou au tableau des charges que la manutention est possible, compte tenu de la capacité effective, de la hauteur de levage et de l'équipement porte-charges. Il est interdit de soulever une charge supérieure à celle marquée sur l'appareil et, le cas échéant, sur la plaque de charge (R4323-33).
- Évaluer la position du centre de gravité de la charge.
- Positionner l'engin.
- Réaliser l'élingage dans le respect des règles d'élingage et d'utilisation des accessoires de levage. Les accessoires sont choisis en fonction des charges, des points de préhension, du dispositif d'accrochage, des conditions atmosphériques et du mode d'élingage (R4323-47).
- S'assurer que le lieu de dépose est dégagé et approprié.
- Réaliser l'opération de levage et la dépose.
Pour une charge longue ou volumineuse manutentionnée sur bras de fourche, les mêmes étapes s'appliquent, avec en plus une méthode de prise qui garantit la stabilité de la charge (flexibilité, glissement…) et des dispositifs adaptés (p. 33). Dans les grilles pratiques, l'opération de levage pèse 16 à 18 points selon la catégorie : vérifier les dispositifs de sécurité (4), s'assurer de l'adéquation (4), déterminer sur l'abaque les charges et portées autorisées (4), effectuer l'opération (4 ou 6) (A3|2, p. 38 à 44).
Pendant l'opération : les règles du Code du travail
- Stabilité : des mesures évitent le basculement, le renversement, le déplacement et le glissement inopinés de l'équipement mobile (R4323-39).
- Pas de charge au-dessus des personnes, sauf si le déroulement des travaux l'exige, auquel cas un mode opératoire est défini et appliqué (R4323-36). L'INRS demande d'organiser les manutentions pour que les charges ne passent pas au-dessus du personnel (ED 910, p. 35).
- Pas de balancement ni de traction en oblique : il est interdit de balancer les charges pour les déposer en un point que l'appareil ne peut atteindre normalement, et de soulever ou tirer en oblique, sauf appareil conçu à cette fin (R4323-45).
- Aucune charge suspendue à l'arrêt (R4323-35), et aucune charge laissée suspendue sans surveillance, sauf accès à la zone de danger empêché et charge maintenue en toute sécurité (R4323-44).
- Accrochage à la main : aucune manœuvre tant que le travailleur qui accroche ou décroche n'a pas donné son accord (R4323-42).
- Charge qu'on ne voit pas : si le conducteur ne peut observer le trajet entier de la charge, directement ou par des dispositifs auxiliaires, un chef de manœuvre en communication avec lui le dirige (R4323-41). L'INRS ajoute d'avertir les collègues avant chaque manœuvre, par exemple à l'avertisseur (ED 910, p. 35).
- Gestes progressifs, charge basse : ne jamais soulever brutalement ; ne pas lever à une hauteur que la manœuvre ne justifie pas ; garder la charge aussi près du sol que possible (ED 910, p. 35). Circuler avec une charge en hauteur est un critère éliminatoire de l'épreuve pratique (R.482B, p. 35).
Lignes électriques aériennes
Le référentiel cite les lignes électriques aériennes parmi les risques du levage (p. 30). Le Code du travail impose que les organes de l'équipement de levage et les charges suspendues ne puissent entrer en contact direct, ni provoquer un amorçage, avec les parties actives d'installations électriques non isolées (R4323-30). Pour des travaux d'ordre non électrique dans l'environnement de lignes aériennes nues sous tension, l'arrêté du 5 juillet 2024 (art. 2, tableau A) fixe des distances de sécurité de 3 mètres pour une tension inférieure ou égale à 50 000 volts et de 5 mètres au-delà, jusqu'à 500 000 volts. Elles s'appliquent aux équipements, aux charges manutentionnées et à leurs balancements. D'anciennes brochures donnent d'autres seuils : seuls ceux de l'arrêté font foi.
Les pièges du test
- « Pour un petit travail, le godet fait office de nacelle. » Non : le levage de personnes n'est permis qu'avec un équipement et des accessoires prévus à cette fin ; les dérogations du R4323-32 sont strictes et ne concernent pas les chargeuses.
- « Un passager en cabine, c'est toléré. » Seulement avec un siège supplémentaire spécialement aménagé et l'autorisation de l'encadrement.
- Confondre « pelle » et « pelle équipée pour le levage ». Sans les dispositifs de sécurité du levage, l'opération est un critère éliminatoire.
- Confondre vérification d'adéquation et examen d'adéquation. Celui du conducteur est un contrôle pratique avant l'opération ; l'examen de l'arrêté de 2004 est de la responsabilité du chef d'établissement (R.482B, p. 33).
- Élinguer autour du godet ou d'une dent. Interdit : il faut un dispositif d'attache anti-décrochage.
- Lever sans abaque. La charge admissible dépend de la capacité effective et de la hauteur de levage : on la lit sur l'abaque ou le tableau, pas de mémoire.
Questions fréquentes
Peut-on transporter un collègue dans la cabine ou dans le godet ?
Dans le godet, non (ED 910, § 9.8). En cabine, seulement avec un siège supplémentaire spécialement aménagé et après autorisation de l'encadrement ; la présence de personnes sur un équipement mobile n'est autorisée que sur des emplacements sûrs et aménagés (R4323-54).
Peut-on élever une personne avec un engin de chantier ?
Seulement avec un équipement et des accessoires prévus à cette fin (R4323-31). Deux dérogations strictes existent : impossibilité technique ou risque plus important, dans les conditions d'un arrêté, ou évacuation en urgence (R4323-32).
Un chariot télescopique avec nacelle demande-t-il un autre CACES ?
Oui : la R.482B demande le CACES R.482 catégorie F et le CACES R.486 catégorie B, ou à défaut la catégorie F avec une évaluation complémentaire fondée sur la R.486 (p. 26).
Qu'est-ce qu'un engin « équipé pour le levage » ?
Pas de définition en une phrase dans les textes, mais la R.482B attend les dispositifs de sécurité requis sur l'engin et son équipement (clapets, crochet, linguet…) et le contrôle à l'abaque. Sans ces dispositifs, lever est un critère éliminatoire à l'épreuve pratique (R.482B, p. 33 et 35).
Peut-on accrocher une élingue autour du godet ou d'une dent ?
Non : l'INRS l'interdit ; on utilise un crochet à linguet, un œillet ou un équipement interchangeable adapté (ED 910, § 9.7).
Sources : recommandation R.482B de l'Assurance Maladie, 3e édition, mai 2026 (p. 5 ; A1|2, p. 26 ; A1|4, p. 27-28 ; annexe 2, A2|1 E, p. 30 et F, p. 31 ; A2|2 B, p. 32-33 ; critères éliminatoires, p. 35 ; barème du test théorique, p. 36-37 ; grilles pratiques A3|2, p. 38 à 44) ; Code du travail, art. R4323-30 à R4323-33, R4323-35, R4323-36, R4323-39, R4323-41, R4323-42, R4323-44, R4323-45, R4323-47 et R4323-54 ; arrêté du 1er mars 2004 relatif aux vérifications des appareils et accessoires de levage (art. 20 II et 23) ; arrêté du 5 juillet 2024 relatif à la prévention du risque électrique lié aux travaux d'ordre non électrique (art. 2, tableau A) ; INRS, Chargeuses, ED 910, 2e édition, octobre 2020 (p. 13, 31-32, 35) ; INRS, Tombereaux, ED 6065, 2e édition, octobre 2020 (p. 35-36). Racines officielles : inrs.fr, legifrance.gouv.fr, ameli.fr. Les brochures INRS précèdent la réforme du suivi médical du 1er octobre 2025 : seuls leurs conseils de conduite sont repris ici. Vérifié le 23 octobre 2026. Notre méthode · Tout sur le CACES R482.