Article L2254-2 · En vigueur

Article L2254-2 — Accord de performance collective (APC)

L'article L2254-2 permet à un accord d'entreprise (APC) de modifier la durée du travail, la rémunération ou la mobilité des salariés. Le refus du salarié dans le délai d'un mois autorise l'employeur à le licencier pour motif spécifique, avec inscription au chômage et abondement CPF.

Ce que dit l'article L2254-2

Texte officiel en vigueur depuis le 24/12/2017 :

I.- Afin de répondre aux nécessités liées au fonctionnement de l'entreprise ou en vue de préserver, ou de développer l'emploi, un accord d'entreprise peut :

1° Aménager la durée du travail, ses modalités d'organisation et de répartition ;

2° Aménager la rémunération au sens de l'article L. 3221-3, dans le respect des salaires minima hiérarchiques ;

3° Déterminer les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique interne à l'entreprise.

II.- L'accord définit, dans son préambule, ses objectifs. Il peut préciser :

1° Les modalités d'information des salariés sur son application et son suivi pendant toute sa durée, ainsi que, le cas échéant, l'examen de la situation des salariés au terme de celui-ci ;

2° Les conditions dans lesquelles fournissent des efforts proportionnés à ceux demandés aux salariés pendant toute sa durée, les dirigeants salariés exerçant dans le périmètre de l'accord, les mandataires sociaux et les actionnaires, dans le respect des compétences des organes d'administration et de surveillance ;

3° Les modalités selon lesquelles sont conciliées la vie professionnelle et la vie personnelle et familiale des salariés ;

4° Les modalités d'accompagnement des salariés ainsi que l'abondement du compte personnel de formation au-delà du montant minimal défini par décret.

III.- Les stipulations de l'accord se substituent de plein droit aux clauses contraires et incompatibles du contrat de travail, y compris en matière de rémunération, de durée du travail et de mobilité professionnelle ou géographique interne à l'entreprise.

IV.- Le salarié peut refuser la modification de son contrat de travail résultant de l'application de l'accord. Ce refus doit être écrit. Le salarié dispose d'un délai d'un mois pour faire connaître son refus par écrit à l'employeur à compter de la date à laquelle ce dernier a informé les salariés, par tout moyen conférant date certaine et précise, de l'existence et du contenu de l'accord, ainsi que du droit de chacun d'eux d'accepter ou de refuser l'application à son contrat de travail de cet accord.

V.- L'employeur dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification du refus du salarié pour engager une procédure de licenciement. Ce licenciement repose sur un motif spécifique qui constitue une cause réelle et sérieuse. Il est soumis aux dispositions relatives à la rupture du contrat de travail pour motif personnel.

Le salarié est informé, dans la lettre de licenciement, du dispositif d'accompagnement mentionné au VI ainsi que du régime social et fiscal de l'abondement mentionné à ce même VI.

VI.- Le salarié peut s'inscrire et être accompagné, en tant que demandeur d'emploi, à l'issue du licenciement. Lorsque le salarié suit une formation, l'employeur abonde son compte personnel de formation à hauteur d'un montant minimal défini par décret.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie II
Les relations collectives de travail
Livre
Livre II
Titre
Titre V : Application des accords collectifs
Chapitre
Chapitre IV : Conditions d'applicabilité des accords

L'article L2254-2 du Code du travail organise l'accord de performance collective (APC), dispositif phare des ordonnances Macron du 22 septembre 2017. Cet accord permet à l'employeur, par accord collectif, de modifier unilatéralement la durée du travail, la rémunération ou la mobilité des salariés. Le refus du salarié constitue un motif spécifique de licenciement.

Texte officiel (extrait)

« I. — Afin de répondre aux nécessités liées au fonctionnement de l'entreprise ou en vue de préserver, ou de développer l'emploi, un accord d'entreprise peut :
1° Aménager la durée du travail, ses modalités d'organisation et de répartition ;
2° Aménager la rémunération [...] dans le respect des salaires minima hiérarchiques ;
3° Déterminer les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique interne à l'entreprise. »

En clair

L'APC est un outil de flexibilité maximale pour les entreprises. Il permet, par simple accord collectif, de :

  • Augmenter la durée du travail (jusqu'à 40 h/sem sans avenant individuel)
  • Baisser la rémunération (dans la limite des minima conventionnels)
  • Imposer une mobilité géographique ou professionnelle

Ces stipulations se substituent de plein droit aux clauses contraires du contrat de travail. Le salarié n'a qu'un mois pour refuser, et un refus motive un licenciement pour cause réelle et sérieuse.

Les trois objets possibles de l'APC

1. Durée du travail

Augmenter, diminuer, annualiser, instaurer des forfaits, modifier la répartition. La seule limite est le respect des durées maximales légales (10 h/jour, 48 h/sem).

2. Rémunération

Baisser le salaire de base, supprimer des primes contractuelles, modifier la structure de rémunération, dans le respect des salaires minima hiérarchiques (conventionnels).

3. Mobilité interne

Imposer un changement de site géographique ou un changement de poste/fonction, sans avoir à démontrer une difficulté économique préalable.

Procédure de mise en œuvre

ÉtapeActeurDélai
Négociation et signature de l'APCEmployeur + syndicats représentatifs (50 % aux dernières élections CSE)Variable
Information des salariés (par tout moyen conférant date certaine)Employeur
Délai de refus du salariéSalarié (par écrit)1 mois
Engagement de la procédure de licenciement (si refus)EmployeurDans les 2 mois
Inscription au chômage + abondement CPFSalarié licencié

Le refus du salarié : cause réelle et sérieuse de licenciement

L'APC modifie le contrat de plein droit. Si un salarié refuse cette modification dans le délai d'un mois, l'employeur peut le licencier :

  • Motif spécifique : le licenciement repose sur le seul refus de l'application de l'APC (al. V de L2254-2). Pas besoin de démontrer un motif économique ou personnel autonome.
  • Cause réelle et sérieuse présumée : la loi qualifie ce refus de cause réelle et sérieuse. Le juge ne peut requalifier le licenciement, sauf à démontrer que l'APC lui-même est invalide.
  • Procédure : celle du licenciement pour motif personnel (chap. II du titre III), avec entretien préalable et notification par LRAR.
  • Indemnités : indemnité légale ou conventionnelle de licenciement + préavis. Pas d'indemnité supra-légale automatique.

Garanties pour le salarié

  • Inscription à Pôle Emploi / France Travail et indemnités chômage de droit commun (al. VI)
  • Abondement obligatoire du CPF par l'employeur à hauteur minimale fixée par décret (3 000 € selon R6323-3-2)
  • Possibilité d'accompagnement spécifique dans le cadre de l'APC (al. II)
  • Préambule obligatoire fixant les objectifs et les contreparties demandées aux dirigeants et actionnaires (al. II, 2°)

Limites strictes de l'APC

L'APC ne peut pas : (1) déroger aux durées maximales du travail (L3121-18 et L3121-20), (2) descendre sous le SMIC ou les minima conventionnels, (3) supprimer une caractéristique essentielle du contrat (qualification, type de contrat), (4) être utilisé pour licencier de manière déguisée. L'APC reste un outil de flexibilité, pas un licenciement collectif déguisé.

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La négociation et la mise en œuvre d'un APC est un sujet sensible juridiquement (validité des motifs, rédaction du préambule, contenu de l'accompagnement). Avant toute négociation, consultez un avocat en droit social spécialisé en négociation collective.

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Cas pratiques

Cas 1 — Augmentation du temps de travail de 35 à 37 h

Une PME industrielle de 80 salariés signe un APC : passage de 35 h à 37 h hebdomadaires sans majoration des salaires, en contrepartie de garanties d'emploi sur 3 ans. Les salariés sont informés et disposent d'1 mois pour refuser. 3 salariés refusent, ils sont licenciés dans les 2 mois, perçoivent les indemnités légales + abondement CPF de 3 000 € + inscription Pôle Emploi.

Cas 2 — Baisse de salaire de 10 %

Une entreprise en difficulté économique négocie un APC pour baisser les salaires de 10 % pendant 24 mois, en contrepartie d'un engagement de non-licenciement économique. Les minima conventionnels sont respectés. L'APC s'impose à tous, sauf refus individuel. Le salarié refusant est licencié pour motif spécifique APC.

Cas 3 — Mobilité géographique imposée

Un groupe ferme un site de Marseille et veut transférer 30 salariés à Lyon. Plutôt qu'un plan social, il négocie un APC mobilité avec ses syndicats. Les salariés ont 1 mois pour accepter ou refuser. Ceux qui refusent sont licenciés sur le fondement spécifique L2254-2, avec indemnités légales (pas le barème PSE plus avantageux).

Cas 4 — APC invalide : licenciement requalifié

Un APC est signé sans préambule fixant les objectifs (obligation au II de L2254-2). Le juge prud'homal saisi par un salarié licencié pour refus d'APC constate la nullité de l'accord et requalifie le licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 2 juill. 2020, n° 18-22.605 pour les irrégularités formelles). Indemnités du barème L1235-3.

Cas 5 — Délai d'1 mois dépassé

Un salarié refuse l'APC par mail 6 semaines après son information formelle. Refus irrecevable : passé le délai d'1 mois (al. IV de L2254-2), le silence vaut acceptation. Les nouvelles conditions s'appliquent à son contrat de plein droit. Pour contester, il devra démontrer un vice ou la nullité de l'APC.

Cas 6 — Pas de motif économique exigé

Une entreprise rentable veut moderniser son organisation : APC de mobilité interne entre services. Aucun motif économique préalable n'est exigé : la motivation peut être stratégique, organisationnelle ou de développement (al. I). C'est la grande différence avec le licenciement économique L1233-3 qui exige des difficultés économiques avérées.

Conseil syndical / salarié

Avant d'accepter ou refuser un APC, vérifier 4 points : (1) le préambule fixe-t-il des objectifs précis et chiffrés ? (2) y a-t-il des efforts proportionnés demandés aux dirigeants ? (3) les salaires restent-ils au-dessus des minima conventionnels ? (4) un dispositif d'accompagnement est-il prévu ? Si l'un de ces points fait défaut, l'APC est vulnérable à l'annulation et le refus peut s'avérer payant à long terme.

Questions fréquentes

Un accord d'entreprise prévu à l'article L2254-2 qui peut, pour répondre aux nécessités de fonctionnement ou préserver/développer l'emploi : (1) aménager la durée du travail, (2) aménager la rémunération dans le respect des minima conventionnels, (3) déterminer les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique. Issu des ordonnances Macron du 22 septembre 2017.

Oui, par écrit dans le délai d'un mois à compter de la date à laquelle l'employeur a informé les salariés de l'existence et du contenu de l'accord (al. IV de L2254-2). Passé ce délai, le silence vaut acceptation et les nouvelles conditions s'appliquent de plein droit au contrat de travail.

L'employeur dispose de 2 mois à compter du refus pour engager une procédure de licenciement (al. V). Le motif est spécifique à l'APC et constitue automatiquement une cause réelle et sérieuse. Procédure du licenciement pour motif personnel, indemnités légales/conventionnelles, inscription au chômage et abondement CPF d'au moins 3 000 €.

Non. L'article L2254-2, I, vise « les nécessités liées au fonctionnement de l'entreprise » OU « la préservation ou le développement de l'emploi ». L'employeur n'a pas à démontrer des difficultés économiques préalables comme dans un licenciement L1233-3. Stratégie, modernisation, compétitivité, gains de productivité suffisent.

Quatre limites : (1) respect des durées maximales du travail (10 h/jour, 48 h/sem), (2) respect du SMIC et des minima conventionnels (salaires hiérarchiques), (3) impossibilité de modifier les caractéristiques essentielles du contrat (qualification, type), (4) préambule obligatoire fixant les objectifs et les efforts demandés aux dirigeants/actionnaires (al. II).

Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (selon le plus favorable), indemnité compensatrice de préavis, indemnité compensatrice de congés payés. Pas d'indemnité supra-légale automatique. Le salarié bénéficie aussi du chômage de droit commun et d'un abondement CPF d'un montant minimum fixé par décret (3 000 € selon R6323-3-2).
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 29/05/2026.