Travailler sur un bateau de croisière, c'est vivre plusieurs mois d'affilée sur son lieu de travail, au sein d'un équipage qui compte souvent des dizaines de nationalités.

La plupart des postes ne relèvent pas de la navigation : cabines, restaurants, bars, cuisines, spectacles, accueil des passagers. Mais tous les membres de l'équipage sont des gens de mer au sens du droit international.

Ce statut fixe le socle commun : âge minimum, certificat médical, formations de sécurité STCW, durées de repos, congés, rapatriement, et même un salaire de base de référence fixé à l'OIT.

Ce guide décrit les métiers à bord, les conditions pour embarquer, le recrutement, le salaire et la vie quotidienne, en s'appuyant sur la Convention du travail maritime de 2006 (MLC) et les textes français.

1. Les métiers à bord d'un bateau de croisière

Un paquebot fonctionne comme un hôtel flottant doublé d'un navire. L'équipage se répartit donc en départements, chacun avec sa hiérarchie, ses horaires et ses qualifications.

Le droit maritime ne fait pas de différence de statut entre eux : la MLC définit les gens de mer comme les personnes « employées ou engagées ou travaillant à quelque titre que ce soit à bord d'un navire » (article II). Un serveur, une esthéticienne ou un musicien embarqué relève donc des mêmes protections qu'un matelot.

Département Exemples de postes Ce qui est exigé en plus du socle commun
Pont (navigation) Commandant, officiers de pont, maître d'équipage, matelots Brevets STCW de navigation (chapitre II) pour les officiers et les matelots de quart
Machine Chef mécanicien, officiers mécaniciens, électriciens, ouvriers mécaniciens Brevets STCW machine (chapitre III), habilitations électriques selon le poste
Hôtellerie Personnel de cabine, réception, blanchisserie, entretien Expérience hôtelière, langues (l'anglais est la langue de travail la plus courante)
Restauration Cuisiniers, commis, serveurs, sommeliers, barmen Les cuisiniers de navire doivent avoir la formation requise pour ce poste (MLC, norme A3.2)
Animation et services Animateurs, artistes, techniciens son et lumière, boutiques, spa, photographes Compétences du métier ; ces postes sont souvent tenus par des sous-traitants embarqués
Santé Médecin, infirmiers Diplômes médicaux ; un médecin qualifié est obligatoire sur tout navire de 100 personnes ou plus en voyage international de plus de trois jours (MLC, norme A4.1)

Les fonctions d'officier relèvent de parcours longs, détaillés sur les fiches métier d'officier de pont de la marine marchande et métier d'officier mécanicien.

Les postes d'hôtellerie et de restauration sont, en volume, la principale porte d'entrée. Ils s'adressent à des profils déjà expérimentés à terre : l'environnement de travail à bord laisse peu de place à l'apprentissage du métier de base.

Sources : Convention du travail maritime 2006 (OIT), article II, normes A3.2 et A4.1 ; convention STCW de l'OMI.

2. Les conditions pour embarquer : âge, médical, formations STCW

Quel que soit le poste, trois conditions s'imposent avant de monter à bord. Elles découlent de la MLC et de la convention STCW de l'Organisation maritime internationale (normes de formation des gens de mer).

16 ans

Âge minimum

Le travail à bord est interdit avant 16 ans, et le travail de nuit avant 18 ans (MLC, norme A1.1). Les armateurs fixent souvent un âge plus élevé selon les postes.

2 ans max

Certificat médical

Un certificat d'aptitude médicale est obligatoire. Il reste valable deux ans au maximum, un an pour les moins de 18 ans (MLC, norme A1.2).

STCW

Formation de sécurité

Nul ne travaille à bord sans avoir suivi avec succès une formation à la sécurité individuelle (MLC, règle 1.3).

Le certificat d'aptitude médicale

En France, l'aptitude à la navigation est constatée par un médecin des gens de mer (service de santé des gens de mer), en application de l'article L. 5521-1 du Code des transports.

Le certificat atteste notamment que l'ouïe et la vue sont satisfaisantes et que la personne n'a pas de problème médical susceptible d'être aggravé par le service en mer (norme A1.2). Un refus peut être contesté devant un autre médecin ou un arbitre médical indépendant.

Les formations de sécurité STCW

La convention STCW (section A-VI/1) distingue la familiarisation à la sécurité, suivie par toute personne embarquée, et la formation de base, exigée des gens de mer qui ont des tâches de sécurité. En France, elle prend la forme du certificat de formation de base à la sécurité (CFBS), délivré sous l'autorité du ministère chargé de la mer.

Formation Contenu Pour qui
Familiarisation à la sécurité Signalisation de sécurité, conduite à tenir en cas d'homme à la mer ou d'incendie, postes de rassemblement et voies d'évacuation Toute personne travaillant à bord
CFBS (formation de base STCW) Techniques individuelles de survie, lutte contre l'incendie, premiers secours élémentaires, sécurité des personnes et responsabilités sociales Membres de l'équipage ayant des tâches de sécurité ou de prévention de la pollution
Formations « navires à passagers » (STCW A-V/2) Plans d'urgence, rassemblement et évacuation des passagers, assistance aux passagers en situation d'urgence Personnel des navires à passagers, selon les fonctions inscrites au rôle d'appel

Le CFBS n'est pas acquis une fois pour toutes : pour continuer à naviguer, son titulaire doit, tous les cinq ans, prouver le maintien de ses compétences par un recyclage portant sur la survie en mer et la lutte contre l'incendie.

Sources : MLC 2006, normes A1.1, A1.2 et règle 1.3 ; Code des transports, art. L. 5521-1 ; France Compétences, fiches RS5856 (CFBS) et RS5986 (familiarisation à la sécurité) ; arrêté du 6 mai 2014 (personnel des navires à passagers) ; DIRM, fiche de revalidation du CFBS.

3. Recrutement et contrat : comment se faire embaucher

Le recrutement sur un bateau de croisière passe soit directement par l'armateur, soit par un service de recrutement et de placement des gens de mer (agence spécialisée), souvent installé dans le pays des candidats.

Le parcours type comporte une candidature en ligne, un ou plusieurs entretiens (fréquemment à distance et en anglais), une vérification des diplômes et des références, puis la constitution du dossier : certificat médical, formations STCW, passeport et éventuels visas.

Le contrat d'engagement maritime

L'embauche se formalise par un contrat d'engagement maritime, écrit et signé, dont la MLC fixe les mentions minimales : identité du marin, fonction, salaire, congés, durée de l'engagement, rapatriement, protection sociale (norme A2.1). Sur un navire sous pavillon français, ce contrat est régi par le Code des transports (articles L. 5542-1 et suivants).

Les engagements sont généralement conclus pour plusieurs mois consécutifs, suivis d'une période de congé à terre, puis d'un nouveau contrat si les deux parties le souhaitent. La durée varie selon le poste et l'armateur.

Rapatriement gratuit

Le marin a droit au rapatriement sans frais pour lui, notamment à la fin du contrat. La durée maximale d'embarquement ouvrant ce droit doit être inférieure à douze mois, et l'armateur ne peut pas exiger d'avance sur les frais (norme A2.5).

Le pavillon décide du droit applicable

La MLC fixe un socle minimum. Le reste (protection sociale, droit du contrat, convention collective) dépend surtout de l'État du pavillon et des clauses du contrat. Ces points se lisent avant de signer.

Sources : MLC 2006, règle 1.4 et norme A1.4, normes A2.1 et A2.5 ; Code des transports, art. L. 5542-1 et suivants.

4. Le salaire sur un bateau de croisière

Il n'existe pas de grille publique des salaires sur un bateau de croisière : la rémunération dépend de l'armateur, du pavillon, du poste, de la convention collective éventuellement applicable et du pays de recrutement.

Le seul repère mondial officiel est le salaire de base minimum du matelot qualifié, fixé par la sous-commission des salaires des gens de mer de la Commission paritaire maritime de l'OIT. La MLC y renvoie dans son principe directeur B2.2.4.

À compter du Salaire de base mensuel minimum OIT (matelot qualifié)
Montant antérieur 673 dollars US
1er janvier 2026 (en vigueur) 690 dollars US
1er janvier 2027 704 dollars US
1er janvier 2028 715 dollars US

Accord de la sous-commission des salaires des gens de mer du 16 avril 2025, montant révisé notifié aux États sur décision du Conseil d'administration du BIT du 20 novembre 2025.

Ce montant est un plancher de salaire de base, hors heures supplémentaires et accessoires, pour un poste de matelot qualifié. Il sert de référence aux négociations collectives ; il ne décrit pas le salaire réel d'un serveur, d'un cuisinier ou d'un officier.

Pour les fonctions d'encadrement de la navigation, les ordres de grandeur sont détaillés sur les pages salaire d'un officier de pont et salaire d'un officier mécanicien.

Dans l'hôtellerie et la restauration, une part de la rémunération peut dépendre des pourboires ou des frais de service selon les postes et les contrats. Le contrat d'engagement doit préciser ce qui est garanti.

Ce que garantit la MLC sur la paie

  • Un versement à des intervalles n'excédant pas un mois, avec un relevé mensuel des sommes dues et versées (norme A2.2).
  • La nourriture gratuite jusqu'à la fin de l'engagement (norme A3.2) et le logement à bord.
  • Des congés payés d'au moins 2,5 jours civils par mois d'emploi, sans possibilité d'y renoncer par accord (norme A2.4).
  • Des soins médicaux à bord en principe gratuits (règle 4.1).

Sources : OIT, sous-commission des salaires des gens de mer (16 avril 2025) et décision GB.355/POL/3 (20 novembre 2025) ; MLC 2006, principe directeur B2.2.4, normes A2.2, A2.4, A3.2, règle 4.1 ; arrêtés annuels des salaires forfaitaires ENIM.

5. Temps de travail et de repos : ce que fixe la MLC

À bord, il n'y a ni week-end ni horaires de bureau : il est courant de travailler tous les jours pendant le contrat, souvent en coupure, au rythme des escales et des services.

La MLC pose comme norme la journée de huit heures avec un jour de repos par semaine, tout en admettant qu'une convention collective organise autrement les horaires (norme A2.3, paragraphe 3).

Surtout, elle fixe des limites que chaque État du pavillon applique sous l'une de deux formes : soit un maximum d'heures de travail, soit un minimum d'heures de repos (norme A2.3, paragraphe 5).

Règle Sur toute période de 24 h Sur toute période de 7 jours
Heures de travail maximales 14 heures 72 heures
ou heures de repos minimales 10 heures 77 heures

Le repos ne peut pas être découpé en plus de deux périodes, dont l'une d'au moins six heures, et l'intervalle entre deux périodes de repos ne doit pas dépasser quatorze heures (norme A2.3, paragraphe 6).

Les exercices d'incendie et d'évacuation doivent perturber le moins possible le repos (paragraphe 7). Les moins de 18 ans ne devraient pas dépasser 8 heures par jour et 40 heures par semaine (principe directeur B2.3.1).

Vérifier une journée selon le régime des heures de repos

Saisissez le repos réellement pris. Le contrôle applique les seuils de la norme A2.3 (régime « repos minimal »). Il ne remplace pas le registre des heures tenu à bord.

Sources : MLC 2006, norme A2.3 (paragraphes 5 à 7 et 14) et principe directeur B2.3.1 ; OIT, foire aux questions sur la MLC (C2.3).

6. La vie à bord : cabine, repas, soins, escales

La vie à bord d'un bateau de croisière se déroule dans des espaces réservés à l'équipage : coursives, cabines, mess, salles de détente. Le contraste avec les ponts passagers est réel.

Une cabine souvent partagée

Sur la plupart des navires, chaque marin doit disposer d'une cabine individuelle. Les navires à passagers font exception : les membres d'équipage qui ne sont pas officiers peuvent partager une cabine, avec une surface minimale fixée par la norme A3.1. Les cabines sont séparées pour les hommes et pour les femmes.

Cabine (non-officiers, navire à passagers) Surface minimale
2 personnes7,5 m²
3 personnes11,5 m²
4 personnes14,5 m²

Norme A3.1, paragraphe 9 i), pour les navires construits après l'entrée en vigueur de la convention dans l'État du pavillon.

Repas

Nourriture et eau potable fournies gratuitement, en tenant compte des appartenances culturelles et religieuses (règle 3.2).

Soins

Accès rapide à des soins, en principe gratuits ; médecin qualifié à bord des grands navires en voyage international (norme A4.1).

Escales

Des permissions à terre sont accordées quand elles sont compatibles avec le service (règle 2.4). En pratique, tout dépend du planning de chacun.

Communications

La MLC prévoit un accès raisonnable au téléphone et à Internet, le cas échéant à un tarif raisonnable (principe directeur B3.1.11).

La sécurité structure aussi le quotidien : chaque membre d'équipage a un rôle sur le rôle d'appel (poste de rassemblement, tâche en cas d'évacuation) et participe aux exercices réguliers, y compris lorsqu'il occupe un poste hôtelier.

Sources : MLC 2006, règle 2.4, norme A3.1 (paragraphe 9), règle et norme 3.2, principe directeur B3.1.11, règle 4.1 et norme A4.1.

7. Avantages et contraintes : ce qu'il faut savoir avant de partir

Embarquer sur un paquebot est un choix de vie autant qu'un choix de métier. Les retours d'expérience du secteur convergent sur quelques points, à mettre en balance avant de candidater.

Ce qui attire

  • Logement et repas pris en charge : peu de dépenses courantes pendant le contrat
  • Expérience internationale et pratique quotidienne de l'anglais
  • Longues périodes de congé entre deux contrats
  • Évolution interne possible, d'un poste d'exécution vers l'encadrement d'une équipe

Ce qui pèse

  • Journées longues, sans jour de repos complet pendant des semaines
  • Cabine partagée et vie privée réduite
  • Éloignement prolongé de la famille
  • Escales parfois vues seulement depuis le bord, selon le planning

Avant de signer, il est conseillé de relire le contrat d'engagement point par point : salaire de base et part variable, durée d'embarquement, congés, conditions de rapatriement, régime de protection sociale et droit applicable.

Sources : MLC 2006, normes A2.1, A2.4 et A2.5.

Conclusion : un emploi de marin, même loin de la passerelle

Serveur, cuisinier, technicien ou officier : tout membre de l'équipage d'un bateau de croisière est un marin protégé par la Convention du travail maritime. Âge minimum, aptitude médicale, formations STCW, repos, congés et rapatriement forment un socle commun, quel que soit le pavillon.

Le reste, et en premier lieu le salaire, se joue dans le contrat d'engagement et les accords de l'armateur. Pour ceux qui visent la passerelle ou la salle des machines, les parcours se préparent par les formations d'officier de pont ; et pour découvrir l'autre bout de la chaîne, celle des chantiers qui construisent ces navires, le dossier travailler dans l'industrie navale en France prend le relais.

Sources & Références :

  • Organisation internationale du Travail : Convention du travail maritime, 2006, telle que modifiée (texte français annexé à la loi autorisant sa ratification), et foire aux questions MLC — ilo.org
  • OIT : accord de la sous-commission des salaires des gens de mer du 16 avril 2025 ; Conseil d'administration, décision GB.355/POL/3 du 20 novembre 2025
  • Organisation maritime internationale : convention STCW, sections A-VI/1 et A-V/2 — imo.org
  • Code des transports, articles L. 5511-1, L. 5521-1 et L. 5542-1 et suivants — legifrance.gouv.fr
  • France Compétences : fiches RS5856 (CFBS), RS5986 (familiarisation à la sécurité), RS5930 (encadrement des passagers) — francecompetences.fr
  • Arrêté du 26 juillet 2013 relatif au CFBS (modifié) ; arrêté du 6 mai 2014 relatif aux attestations de formation du personnel des navires à passagers