Égalité F/H & Index Pénicaud
Égalité professionnelle Femmes-Hommes

Module 4 / 5 : Écarts, sexisme ordinaire et parentalité · Sommaire complet

Module 4 : Écarts et sexisme 15 min de lecture

4.1 Écarts de rémunération F/H : les chiffres et leurs causes

« Les femmes gagnent 22 % de moins », « 14 % », « moins de 4 % » : les trois chiffres circulent et sont tous exacts, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. Comprendre ce qui les sépare permet de choisir les bons leviers dans l'entreprise.

Secteur privé, 2024 (Insee Focus n° 377, février 2026)

21,8 %
Revenu salarial annuel
tout compris : temps partiel, périodes sans emploi, métiers
14,0 %
Salaire en équivalent temps plein
à temps de travail identique
3,6 %
À poste comparable
même profession, même établissement
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Trois chiffres, trois questions différentes

  • 21,8 % : l'écart de revenu salarial. Il compare ce que femmes et hommes perçoivent sur l'année. Il intègre donc le temps partiel et le nombre de jours travaillés. L'Insee indique que le volume de travail annuel des femmes est inférieur de 9,1 % en moyenne à celui des hommes.
  • 14,0 % : l'écart en équivalent temps plein (EQTP). À durée de travail identique, les femmes restent moins payées, parce qu'elles n'occupent pas les mêmes emplois, pas dans les mêmes secteurs, et accèdent moins aux postes les mieux rémunérés.
  • 3,6 % : l'écart à poste comparable. Même profession, même établissement : l'écart se réduit fortement, sans disparaître. Il ne s'agit pas d'une mesure de la discrimination (d'autres différences peuvent jouer), mais c'est la part la plus proche de ce que vise l'indicateur 1 de l'Index.

L'Insee relève que l'écart de revenu salarial s'est réduit d'environ un tiers depuis 1995, avec une baisse ralentie en 2024. Une entreprise peut avoir un bon Index (peu d'écart à poste comparable) tout en ayant un fort écart global, si les femmes y sont concentrées dans les emplois les moins rémunérés : les deux lectures sont nécessaires.

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Première cause : des métiers et des secteurs différents

Femmes et hommes ne se répartissent pas de la même façon entre les métiers (on parle de ségrégation horizontale). Les métiers du soin, de l'aide à la personne, du secrétariat ou de l'entretien sont très féminisés ; ceux du bâtiment, de la maintenance industrielle ou de la conduite d'engins sont très masculins. Or les premiers sont en moyenne moins rémunérés.

C'est précisément ce que vise la notion de travail de valeur égale (article L3221-4) : comparer des emplois différents à partir des connaissances, des responsabilités et de la charge qu'ils exigent. La directive (UE) 2023/970 impose d'ailleurs que les systèmes de classification reposent sur des critères objectifs et non sexistes.

Pour une entreprise industrielle, la question pratique est double : comment attirer davantage de femmes vers les métiers techniques, et comment vérifier que les métiers administratifs et support, souvent féminisés, sont classés à leur juste valeur.

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Deuxième cause : le temps partiel et les interruptions

Le temps partiel concerne beaucoup plus souvent les femmes que les hommes, et une partie est subie. Les interruptions et réductions d'activité après une naissance pèsent aussi majoritairement sur les mères. Ces écarts de temps de travail expliquent l'essentiel de la différence entre l'écart de revenu salarial (21,8 %) et l'écart en équivalent temps plein (14,0 %).

Leurs effets se prolongent : moins d'heures travaillées, c'est moins d'expérience valorisée, moins de promotions et, à terme, des retraites plus faibles.

Les leviers côté employeur : priorité d'accès au temps plein (article L3123-3), organisation des horaires, encouragement du congé de paternité et du partage du congé parental, et application stricte de l'augmentation au retour de congé maternité (article L1225-26), qui neutralise une partie de l'effet de l'absence sur le salaire. Voir le chapitre 4.3.

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Troisième cause : l'accès aux postes les mieux payés

Plus on monte dans l'échelle des salaires, moins les femmes sont nombreuses. Dans le secteur privé en 2024, elles occupent 42 % des postes en équivalent temps plein, mais 34 % des 10 % de salaires les plus élevés et 24 % du 1 % le plus élevé (Insee). C'est le « plafond de verre » (ségrégation verticale).

Dans l'entreprise, il se construit par petites différences cumulées : un peu moins d'augmentations individuelles, des promotions un peu plus tardives, des candidatures internes moins sollicitées. Chaque écart pris isolément paraît faible ; additionnés sur une carrière, ils deviennent importants.

C'est pourquoi l'Index mesure séparément les augmentations, les promotions et les 10 plus hautes rémunérations, et pourquoi la loi Rixain impose un minimum de 30 % puis 40 % de chaque sexe parmi les dirigeants des grandes entreprises (chapitre 5.3).

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Et la part inexpliquée ?

Même à poste comparable, un écart subsiste. Une partie peut tenir à des différences que la statistique ne voit pas (ancienneté exacte, expérience antérieure) ; une autre peut venir de décisions biaisées : négociation à l'embauche, attribution des primes, appréciation de la disponibilité.

Pour l'employeur, la question juridique n'est pas statistique mais individuelle : pour chaque écart constaté entre deux salariés qui font un travail de même valeur, existe-t-il une justification objective ? Si non, le juge peut ordonner un rattrapage (article L1144-1, voir le chapitre 1.3).

Le futur dispositif issu de la directive (UE) 2023/970 imposera d'examiner les écarts par catégorie de travailleurs effectuant un travail de même valeur, et une évaluation conjointe avec les représentants du personnel au-delà de 5 % d'écart injustifié.
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Des causes aux leviers : tableau de synthèse

CauseCe qu'on observeLevier dans l'entreprise
Métiers différentsMétiers très féminisés moins bien payésClassification sur des critères objectifs, recrutement mixte sur les métiers techniques
Temps de travailTemps partiel et interruptions plus fréquents chez les femmesPriorité au temps plein, organisation des horaires, partage des congés parentaux
Plafond de verreMoins de femmes en haut de l'échelleViviers mixtes, parrainage, objectifs de mixité des dirigeants
Décisions individuellesÉcarts à poste comparableCritères écrits, enveloppe de rattrapage, contrôle avant validation des campagnes
ParentalitéEffet de la naissance sur la carrière des mèresAugmentation au retour (L1225-26), entretien de reprise, accompagnement

Les écarts de salaire par métier dans l'industrie peuvent aussi être explorés à partir de nos simulateurs de salaire, qui donnent les fourchettes de rémunération par poste.

Part des femmes selon le niveau de salaire (privé, 2024)

42 %
de l'ensemble des postes (EQTP)
34 %
des 10 % les mieux payés
24 %
du 1 % le mieux payé

Source : Insee Focus n° 377, février 2026.

À retenir

  • Insee, secteur privé 2024 : 21,8 % d'écart de revenu salarial, 14,0 % en équivalent temps plein, 3,6 % à poste comparable.
  • Trois causes principales : métiers différents, temps de travail, accès aux postes les mieux payés.
  • Femmes : 42 % des postes, 34 % des 10 % de salaires les plus élevés, 24 % du 1 %.
  • L'écart à poste comparable n'est pas une mesure de la discrimination, mais tout écart individuel doit pouvoir être justifié objectivement (L1144-1).

Sources

  • Insee Focus n° 377, « Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024 », 26 février 2026 — insee.fr
  • Code du travail, art. L1144-1, L1225-26, L3123-3, L3221-4 — legifrance.gouv.fr
  • Directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 — eur-lex.europa.eu

Textes vérifiés en septembre 2026. Le projet de loi de transposition de la directive (UE) 2023/970 est en cours d'examen au Parlement : vérifiez l'état du texte avant toute décision.

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