Formation grutier R483 / R487
Prise de poste et mise en configuration

Module 3 / 5  ·  Sommaire complet de la formation grutier

Module 3 : Prise de poste et mise en configuration 22 min de lecture

3.2 Calage et stabilisation de la grue mobile

« Le calage ne vaut que ce que vaut le terrain » : la formule de l'INRS résume le chapitre. Une grue mobile parfaitement réglée bascule si un appui s'enfonce, si elle penche de quelques degrés ou si un stabilisateur n'est sorti qu'à moitié. Voici comment le grutier lit le sol, choisit ses plaques, déploie ses stabilisateurs et décide de ne pas lever quand le terrain ne suit pas.

Checklist de calage avant la première levée

Huit points, dans l'ordre où ils se présentent sur le terrain (INRS, ED 6107 § 8.5).

La grue est amenée aussi près que possible de la charge
La nature du sol et sa pression admissible sont connues
Aucun appui sur une plaque d'égout ou une dalle de résistance inconnue
Distance suffisante aux fouilles, talus et tranchées
Plaques de répartition adaptées aux efforts transmis
Stabilisateurs sortis des deux côtés, dans une configuration du tableau de charges
Aucune roue en appui, blocages mécaniques en place
Horizontalité contrôlée aux niveaux à bulle
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Ce que le Code du travail exige : stabilité et appuis

Deux articles du Code du travail encadrent directement le calage. Ils sont courts, et c'est leur force : ils ne fixent aucun chiffre, ils imposent un résultat.

Article R4323-29

Les équipements de levage démontables ou mobiles sont utilisés de manière à garantir leur stabilité, compte tenu de la nature des appuis.

Article R4323-39

Un équipement mobile de levage fait l'objet de mesures contre le basculement, le renversement, le déplacement et le glissement inopinés.

Pourquoi quelques degrés suffisent

L'INRS insiste sur l'horizontalité, « en particulier dans les cas d'utilisation de flèches longues à grande portée de travail ». Une inclinaison de quelques degrés du porteur, jointe aux effets dynamiques, « peut provoquer le basculement, bien que la charge levée n'excède pas la charge maximale d'utilisation donnée par le constructeur » (ED 6107 § 8.5).

La raison tient à la mécanique vue au chapitre 2.3 : quand la grue penche du côté de la charge, la charge suspendue reste verticale et s'éloigne de l'axe de rotation : la portée augmente, et le moment de renversement avec elle. Or « la grue mobile est conçue pour une utilisation de niveau » (ED 6107 § 6.1).

Des courbes de charge spéciales doivent être fournies si la grue est conçue pour travailler avec des dévers supérieurs à 1 % ; il faut alors se référer à la notice d'instructions (ED 6107). À défaut, la grue travaille de niveau.
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La portance du sol : comparer une pression à une résistance

« La stabilité de la grue peut être rapidement compromise si le terrain cède. » Il faut donc vérifier que la résistance des surfaces d'appui accepte les réactions maximales d'appui définies par la notice d'instructions, pour la configuration retenue (ED 6107 § 8.5.1). Le raisonnement tient en une ligne : la pression sous le patin doit rester inférieure à la pression admissible du sol.

Pression d'appui = réaction au stabilisateur ÷ surface d'appui
à comparer à la pression admissible du terrain

Les ordres de grandeur de l'INRS

L'ED 6107 donne un tableau indicatif, repris à l'identique dans l'ED 6338 pour les grues à tour :

Nature du sol Pression admissible (ordre de grandeur)
Sable fin (grain < 1 mm)0,5 à 2 daN/cm²
Sable grossier (grain de 1 à 3 mm)2 à 3 daN/cm²
Sable et gravier3 à 4 daN/cm²
Marne ou argile molle (se roule à la main en cylindres de 3 mm)0,4 à 0,8 daN/cm²
Marne ou argile mi-dure (ne se roule pas en cylindre de 3 mm sans se briser)1,5 à 3 daN/cm²
Marne ou argile dure (les mottes se brisent en morceaux)3 à 4 daN/cm²
Roche peu fissurée non désagrégée10 à 30 daN/cm²

Selon l'INRS, pour les sols pulvérulents la valeur dépend du serrage des grains (compacité) ; pour les sols cohérents, elle suppose un sol non envahi par l'eau d'infiltration ; pour la roche, elle dépend de sa nature et de la structuration des couches.

La formule approchée, et ses limites

L'ED 6107 cite une formule « couramment employée » pour estimer l'effort sur un vérin : F = (2/3 du poids de la grue + charge) / 2. Elle ajoute aussitôt qu'elle « ne donne qu'un résultat approximatif et parfois inférieur à ceux donnés par le constructeur » et ne doit être utilisée « qu'à titre indicatif ».

La valeur qui fait foi est la réaction d'appui de la notice, pour la configuration réellement utilisée. La pression admissible du sol est une donnée du chantier : elle fait partie des informations que l'entreprise utilisatrice transmet au loueur pour l'examen d'adéquation (ED 6107 § 3.2.3). Le grutier n'a pas à l'inventer ; il doit savoir la demander.
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Plaques de répartition et zones à proscrire

Une fois la réaction d'appui et la pression admissible connues, on en déduit la surface d'appui à mettre sous les patins « en fonction de la nature du terrain » (ED 6107). C'est le rôle des plaques de répartition : plus la surface est grande, plus la pression transmise au sol diminue. La fourniture d'une grue louée doit d'ailleurs comprendre « des plaques de répartition permettant un calage adapté à la nature du terrain ».

Le choix de la plaque

  • Le type de plaque « doit être adapté aux efforts transmis ».
  • Les plaques en matériaux composites existent en versions plus ou moins conductrices : il faut choisir une plaque offrant une conductibilité satisfaisante vis-à-vis d'un risque de chargement capacitif de la grue. Les plaques à fort pouvoir isolant sont réservées à des applications très spécifiques (ED 6107 § 8.5.4).
  • Sur une zone hétérogène où la machine doit rester, des poutres sont utilisées pour augmenter la surface portante sur le terrain meuble.

Les appuis à refuser

Plaque d'égout, dalle inconnue

« Le calage sur une plaque d'égout ou sur une dalle de résistance inconnue est à proscrire. »

Remblai

Appui possible seulement si le remblai a été stabilisé naturellement ou par compactage.

Zone hétérogène

À éviter : des roches dans un sol meuble peuvent engendrer des tassements différentiels importants.

La liste de contrôle de l'annexe 1 de l'ED 6107 rappelle un piège moins visible : les zones hétérogènes « dues à des réseaux enterrés (caniveaux, canalisation) ». Un sol en apparence homogène peut cacher une tranchée remblayée sous un stabilisateur.

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Déployer les stabilisateurs et régler l'horizontalité

Le référentiel CACES R483 range cette étape dans la « mise en configuration d'exploitation » : déploiement des stabilisateurs, réglage de l'horizontalité, déploiement de la grue, réglage du siège, contrôle de l'extincteur (R.483A, annexe 2). L'INRS en précise la méthode.

Avant de sortir les stabilisateurs

  • Amener la grue aussi près que possible de la charge à soulever, puis dégager le verrou d'orientation après immobilisation.
  • Caler « impérativement » dans une configuration qui correspond à un tableau de charges prévu par le constructeur. Une configuration absente de la notice n'a pas de capacité connue.
  • Garder en tête le risque de heurt de personnes pendant le déploiement des stabilisateurs, cité parmi les risques à connaître par la R.483A.

Pendant le déploiement

Règle Ce qu'elle évite
Chaque stabilisateur manœuvré reste sous la vision directe du grutier, sinon il se fait aider par un chef de manœuvre Écraser une personne ou un obstacle hors du champ de vision
Commande depuis le poste offrant une visibilité correcte : poste gauche pour les stabilisateurs de gauche, poste droit pour ceux de droite (ED 6107 § 6.5) Manœuvrer à l'aveugle un appui situé de l'autre côté du porteur
Aucune roue ne s'appuie sur le sol une fois les stabilisateurs sortis et abaissés Un appui partagé entre roues et patins, donc une stabilité inconnue
Les quatre blocages mécaniques manuels, s'il y en a, sont en place avant de soulever La rentrée d'une poutre sous charge
« Il est particulièrement dangereux de ne sortir les stabilisateurs que d'un seul côté de la grue ou de les sortir incomplètement » (ED 6107 § 8.5.2). Un stabilisateur à mi-course ne correspond à aucune ligne du tableau de charges prévue pour l'extension totale.

Contrôler, puis recontrôler

La grue est conçue pour une utilisation de niveau. L'horizontalité se vérifie grâce aux niveaux à bulle disposés dans la cabine et à chacun des postes de commande des stabilisateurs (ED 6107 § 6.1).

Si la grue reste en place plusieurs heures, il faut vérifier le calage et le reprendre si besoin, « après tassement du sol et enfoncement des bois sous les semelles d'appui ». À l'épreuve pratique du CACES, l'observation des « contacts avec le sol (stabilisateurs…) » fait partie de la vérification visuelle de prise de poste.

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Bords de fouille, talus et réseaux enterrés

« Les bords de fouilles, même si celles-ci sont correctement étayées, sont dangereux » (ED 6107 § 8.5.2). L'INRS donne une règle générale pour placer l'appui le plus proche par rapport à la verticale du pied de talus, en fonction de la profondeur de la fouille :

Terrain compact
a = b
distance au moins égale à la profondeur
Terrain instable
a = 2 × b
distance au moins double de la profondeur
Dans tous les cas
≥ 2 m
distance minimale d à respecter

Exemple : pour une fouille de 3 m de profondeur dans un terrain instable, l'appui le plus proche se place à au moins 6 m de la verticale du pied de talus. La liste de contrôle de l'annexe 1 de l'ED 6107 reprend la règle : « une distance minimale de 2 mètres doit être respectée » vis-à-vis des remblais, fossés ou fouilles.

Les réseaux sous les appuis

Avant de travailler sur un nouveau chantier, le grutier doit connaître « la localisation des différents réseaux existants : électricité, gaz, téléphone, eau », dès lors qu'ils peuvent avoir une influence sur la sécurité (ED 6107 § 5.1). Pour une grue mobile, un réseau enterré est à la fois une zone de faiblesse sous un patin et un ouvrage à ne pas endommager.

Le conducteur de grue mobile qui travaille à proximité de réseaux doit détenir une AIPR délivrée par l'employeur (arrêté du 15 février 2012 modifié, art. 21 et annexe 4) ; elle ne fait pas partie du CACES. La sensibilisation AIPR du site en présente le cadre.

La localisation des réseaux repose sur les déclarations préalables du chantier ; le générateur DT-DICT aide à les préparer. Le grutier, lui, demande où passent les réseaux avant de poser ses plaques, et refuse un appui sur une tranchée récemment rebouchée.

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Travail sur pneumatiques et circulation en charge

Toutes les grues mobiles ne lèvent pas sur stabilisateurs. Certaines disposent de tableaux de charges « sur pneumatique », sur l'arrière ou en travers, et parfois d'un déplacement possible en charge (ED 6107 § 8.6). Ces configurations restent strictement encadrées par la notice.

Sur pneumatiques

  • Verrouiller « impérativement » les suspensions pour limiter le débattement de la grue, et respecter les recommandations du constructeur.
  • Ne pas surcharger la grue au-delà des données du constructeur.
  • Conserver une distance de sécurité avec le bord des talus, remblais, tranchées et berges, qui « ne sont pas solides ».

Circuler avec une charge au crochet

Le déplacement en charge est possible sur certaines grues « sous réserve de respecter scrupuleusement les prescriptions de la notice d'utilisation ». En règle générale, ces prescriptions portent sur (ED 6107 § 4.3) :

Paramètre Prescription habituelle
SolPlanéité et résistance
PneumatiquesPression de gonflage, qui peut différer entre déplacement en charge et à vide
FlècheEn général alignée dans le sens de la marche, orientation bloquée
Sens de marcheAutant que possible dans le sens de la pente, pour limiter les efforts latéraux en tête de flèche
Vitesse et chargeVitesse lente pour ne pas donner de ballant, débattement de la charge limité
StabilisateursPoutres déployées et patins descendus le plus près possible du sol
SuspensionsVerrouillées

Sur une pente, l'INRS recommande de se déplacer flèche face à la montée et la plus relevée possible, pour réduire le moment de renversement. Et « d'une façon générale, il est préférable de ne pas utiliser une grue sur un terrain incliné ».

Côté CACES R483, la circulation en charge est une option de la catégorie B (flèche télescopique) et elle est incluse d'office dans la catégorie A. L'épreuve de l'option note le respect de « la configuration décrite par la notice d'instructions » et un parcours de 100 m minimum avec au moins un virage à 90° (R.483A). Le référentiel théorique y associe les conditions de circulation : pression des pneumatiques, position des stabilisateurs, mesures de prévention.

Sol douteux : que faire avant de caler

Je connais la pression admissible du sol et la réaction d'appui de la notice ?
Oui

Je dimensionne la surface des plaques pour que la pression sous patin reste sous la pression admissible, je vérifie les distances aux fouilles et je cale.

Non, ou le sol semble différent

Je ne lève pas. Je demande l'information à mon responsable, qui dispose de l'examen d'adéquation.

Plaque d'égout, dalle inconnue, remblai non compacté, tranchée ?

Je change d'emplacement ou je fais renforcer l'appui (poutres, plaques plus grandes) : pas de calage « pour voir ».

Grue en place pour plusieurs heures : je recontrôle le calage après tassement

Situations complexes (sol très faible, levage à deux grues) : voir le chapitre stabilité, sol et calage de la formation chef de manœuvre.

Sources

  • Code du travail, art. R4323-29 et R4323-39 — code.travail.gouv.fr et Légifrance
  • INRS, ED 6107 « Grues mobiles, manuel de sécurité » (2e éd., 2018), § 3.2.3, § 4.3, § 5.1, § 6.1, § 6.5, § 8.5, § 8.6 et annexe 1 — inrs.fr
  • INRS, ED 6338 « Grues à tour » (3e éd., 2025), tableau 1 « Portance d'un terrain en fonction de la nature du sol » — inrs.fr
  • Recommandation CACES R.483A (grues mobiles), annexes 2 et 3 — ameli.fr/entreprise
  • Arrêté du 15 février 2012 modifié (AIPR), art. 21 et annexe 4 — Légifrance

À retenir

  • Je compare la réaction d'appui de la notice à la pression admissible du sol avant de choisir mes plaques ; la formule approchée n'est qu'indicative.
  • Je refuse un appui sur une plaque d'égout, une dalle de résistance inconnue ou un remblai non compacté.
  • Je place mes appuis à une distance au moins égale à la profondeur de la fouille en terrain compact, au double en terrain instable, et jamais à moins de 2 m.
  • Je sors les stabilisateurs des deux côtés et complètement, dans une configuration du tableau de charges, sans roue au sol.
  • Je contrôle l'horizontalité aux niveaux à bulle et je recontrôle le calage après plusieurs heures de travail.
  • Je demande où passent les réseaux enterrés avant de caler, et je ne circule en charge que dans la configuration prévue par la notice.

Sommaire de la formation grutier