Module 3 / 5 · Sommaire complet de la formation grutier
3.1 Documents et vérifications : notice, VGP, examen d'adéquation
Avant le premier mouvement, le grutier contrôle une petite pile de papiers : la notice d'instructions, le dernier rapport de vérification et son autorisation de conduite. Derrière ces documents se cachent quatre vérifications réglementaires distinctes, fixées par l'arrêté du 1er mars 2004, avec des périodicités qui ne sont pas les mêmes pour une grue mobile et pour une grue à tour.
Quelle vérification, quand, et qui en répond
Les quatre contrôles réglementaires d'un appareil de levage, et la place du grutier dans chacun.
| Vérification | Quand | Qui en répond | Ce que fait le grutier |
|---|---|---|---|
| Examen d'adéquation | Avant l'utilisation sur un site ; à chaque changement de site d'une grue mobile | Chef d'établissement (l'employeur) | Vérifie qu'il existe ; ne le remplace pas par son propre contrôle |
| Mise en service | Avant la première utilisation dans l'entreprise (appareil neuf ou d'occasion) | Employeur | S'assure que le rapport existe et que les observations sont levées |
| Remise en service | Changement de site, de configuration, démontage et remontage, réparation d'un organe essentiel, accident | Employeur | Contrôle la date du rapport après chaque remontage de grue à tour |
| Vérification générale périodique (VGP) | Tous les 6 ou 12 mois selon l'appareil | Employeur (le loueur l'effectue en pratique pour un matériel loué) | Contrôle la validité, les observations et les restrictions d'usage |
Sources : arrêté du 1er mars 2004 ; INRS, ED 6107 (grues mobiles) et ED 6338 (grues à tour).
Les documents à avoir en main avant de démarrer
Les deux brochures de l'INRS consacrées aux grues donnent la même liste. Préalablement à la prise de poste, le conducteur s'assure qu'il est en possession de trois documents (INRS, ED 6107 § 7 pour la grue mobile ; ED 6338 § 9 pour la grue à tour) :
- le dernier rapport de vérifications réglementaires de la grue et de ses accessoires de levage, « en s'assurant que les observations ont bien été levées » ;
- la notice d'instructions de la grue ;
- une autorisation de conduite correspondant à la grue à conduire, délivrée par l'employeur (voir le chapitre 1.1).
L'ED 6338 ajoute une remarque qui compte : le grutier doit « être en capacité de comprendre les documents mis à disposition ainsi que les avertissements présents sur la grue à tour ». Un document présent dans la cabine mais illisible pour son utilisateur ne remplit pas son rôle.
Ce que le testeur CACES vérifie, et pourquoi c'est un bon modèle
Avant une épreuve pratique, la recommandation R.483A impose au testeur de vérifier la grue « correspondant à la prise de poste » et la présence de quatre documents, qui restent disponibles pendant tout le test :
Règles d'utilisation, restrictions d'emploi, configurations autorisées, tableaux de charges.
« Vierge ou complété par un document attestant de la levée des observations ».
La preuve que l'employeur a confronté l'appareil aux travaux prévus (zone 3).
Déclaration CE pour un appareil neuf, certificat de conformité remis par le vendeur ou le loueur.
Cette liste n'est pas une formalité d'examen : elle reprend ce que le référentiel de savoir-faire (annexe 2 de la R.483A et de la R.487A) attend de tout grutier à la prise de poste, à savoir « utilisation des documents suivants : notice d'instructions (règles d'utilisation, restrictions d'emploi…) et rapport de vérification périodique (validité, observations, restrictions d'usage…) ».
Lire un rapport de vérification : validité, observations, restrictions
Un rapport de vérification se lit en trois passes. Chacune correspond à une question que le grutier doit pouvoir trancher seul, avant de mettre la grue en mouvement.
| Question | Où regarder | Si la réponse est mauvaise |
|---|---|---|
| Le rapport est-il encore valide ? | Date de la vérification, comparée à la périodicité de l'appareil (zone 5) | Je le signale à mon responsable avant toute manœuvre |
| Reste-t-il des observations ? | Liste des observations du vérificateur, et document attestant leur levée | Je demande la preuve de la levée ou la décision de mon encadrement |
| L'usage est-il restreint ? | Restrictions d'usage mentionnées au rapport et restrictions d'emploi de la notice | Je travaille dans la limite indiquée ou je refuse l'opération qui en sort |
La levée des observations, noir sur blanc
L'objectif des vérifications, rappelle l'INRS, est de « déceler en temps utile toute détérioration ou défectuosité susceptible de créer un danger, afin d'y remédier ». Il faut donc veiller à la levée des observations « dans les plus brefs délais ». L'ED 6107 propose une pratique simple : une annotation manuscrite datée et signée portée sur le rapport pour chaque observation levée, et les travaux réalisés reportés au carnet de maintenance de l'appareil.
À l'épreuve pratique du CACES, ce contrôle est noté : « vérifier l'absence d'observation et de restriction d'usage » sur le rapport de vérification générale périodique, de mise ou de remise en service (fiche d'évaluation, R.483A et R.487A).
L'examen d'adéquation : l'affaire du chef d'établissement
« On entend par "examen d'adéquation d'un appareil de levage" l'examen qui consiste à vérifier qu'il est approprié aux travaux que l'utilisateur prévoit d'effectuer ainsi qu'aux risques auxquels les travailleurs sont exposés ; et que les opérations prévues sont compatibles avec les conditions d'utilisation de l'appareil définies par le fabricant. »
— Arrêté du 1er mars 2004, cité par l'INRS, ED 6107
L'examen d'adéquation est « à la charge de l'employeur », qui peut désigner un spécialiste pour en réaliser tout ou partie « sous sa responsabilité ». Pour une grue à tour, il doit être fait avant chaque utilisation sur un nouveau site (ED 6338) ; pour une grue mobile, à chaque changement de site d'utilisation (ED 6107). Il fait partie des vérifications de mise et de remise en service.
Ce qu'il contient
L'annexe B de l'ED 6338 liste les points qui doivent figurer a minima dans l'examen d'adéquation d'une grue à tour :
- prise en compte de l'environnement (obstacles, lignes électriques, aéroport) ;
- interférence entre grues et zones interdites ;
- effet de site pour le vent, détermination du vent en service et hors service ;
- tableau recensant les principales charges à manutentionner (masse, surface, portée) ;
- étude du sol ou des appuis de la grue.
Pour une grue mobile louée avec chauffeur, la responsabilité de l'opération de levage « incombe à la société utilisatrice et non au loueur » : c'est elle qui réalise l'examen d'adéquation. Elle transmet au loueur l'espace libre pour stabiliser la grue, la pression admissible sur le sol, la présence de réseaux enterrés ou aériens, l'accès, la masse de la charge et la portée (ED 6107 § 3.2.3).
Réglementaire, écrit, préalable au chantier. Responsabilité du chef d'établissement. Il valide que cette grue convient à ce chantier.
Contrôle de prise de poste : la grue, telle que configurée, convient-elle à la charge et à la portée du jour ? Le référentiel précise qu'il « ne doit pas être confondu » avec l'examen d'adéquation.
Mise en service et remise en service : les deux gros contrôles
La vérification de mise en service
Elle concerne le matériel neuf comme le matériel d'occasion et intervient avant la première utilisation dans l'entreprise. Elle comprend l'examen d'adéquation, un examen de montage et d'installation, des essais de fonctionnement des dispositifs de sécurité, puis deux épreuves de charge :
Pour les appareils motorisés comme les grues (1,5 pour un appareil mû par la force humaine).
Elle complète l'épreuve statique ; les deux figurent aussi dans la vérification de remise en service.
La vérification de remise en service (article 20-I)
L'article 20 de l'arrêté du 1er mars 2004 l'impose dans cinq situations :
- changement de site d'utilisation ;
- changement de configuration ou des conditions d'utilisation sur un même site ;
- démontage suivi d'un remontage ;
- remplacement, réparation ou transformation importante d'un organe essentiel ;
- accident provoqué par la défaillance d'un organe essentiel.
Sont notamment des organes essentiels, pour une grue à tour : les freins, le dispositif contrôlant la descente des charges, les poulies de mouflage, le limiteur de capacité nominale, le châssis, la charpente et l'ossature, la voie de roulement et les ancrages (ED 6338 § 3.2.2).
La dispense de l'article 20-II
Certains appareils sont dispensés de remise en service lors d'un simple changement de site, s'ils ont eu leur mise en service et une VGP datant de moins de 6 mois. La liste comprend notamment les grues mobiles automotrices ou sur porteur, les grues à tour à montage rapide sur stabilisateurs, les grues auxiliaires de chargement, les chariots élévateurs et les PEMP.
| Appareil | Nouveau chantier | Ce qui reste obligatoire |
|---|---|---|
| Grue mobile | Pas de remise en service, sous réserve de ne pas avoir subi de démontage ou remontage important (ED 6107) | L'examen d'adéquation « devra tout de même être réalisé » |
| GMA sur stabilisateurs, sans support particulier | Pas de remise en service si mise en service et VGP de moins de 6 mois dans la même configuration | Un examen d'adéquation spécifique au chantier (ED 6338) |
| GMA sur chemin de roulement ou massif | Mêmes obligations qu'une GME : vérification de remise en service à chaque installation sur un chantier | Plaques de calage et bastaings ne sont pas des « supports particuliers » |
| GME (montage par éléments) | Remise en service à chaque remontage | Adéquation, montage et installation, état de conservation, épreuves |
La VGP : 6 mois pour la grue mobile, 12 mois pour la GME
Le Code du travail pose le principe des vérifications générales périodiques (voir la page du wiki sur l'article R4323-23) ; l'article 23 de l'arrêté du 1er mars 2004 en fixe le rythme. Le principe est de 12 mois. La périodicité descend à 6 mois pour les appareils listés aux II et III de l'article 20, c'est-à-dire la liste des appareils mobiles vue en zone 4, et pour les appareils mécaniques qui transportent des personnes ou élèvent un poste de travail.
| Appareil | Périodicité de la VGP | Pourquoi |
|---|---|---|
| Grue mobile (R483) | 6 mois | Listée au II de l'article 20 |
| GMA à montage rapide sur stabilisateurs (R487 cat. 3) | 6 mois | Listée au II de l'article 20 |
| GME (R487 cat. 1 et 2) | 12 mois | Absente de la liste ; en contrepartie, remise en service à chaque remontage |
| Accessoires de levage (élingues, manilles, palonniers) | 12 mois | Principe de l'article 23 |
L'ED 6338 résume la règle pour les grues à tour : « Les GME sont soumises à des vérifications annuelles alors que les GMA sont soumises à des vérifications semestrielles. » Pour les grues mobiles, l'ED 6107 parle de vérifications « semestrielles ».
Ces périodicités sont des limites maximales : des examens plus fréquents peuvent s'imposer selon l'utilisation effective et l'agressivité de l'environnement. La VGP ne remplace pas non plus la maintenance prévue par le fabricant dans la notice.
Matériel loué
Pour des raisons pratiques, il est admis que le loueur effectue les vérifications périodiques. L'utilisateur « reste toujours responsable de leur réalisation » et doit s'assurer à chaque mise à disposition qu'elles ont été faites (ED 6107). Le loueur transmet un certificat de conformité, le dernier rapport de vérification périodique, le dernier rapport de mise ou remise en service dans la même configuration et l'historique des vérifications.
Pour suivre les échéances d'un parc, le site propose un planificateur de VGP. Le contrôle des élingues avant emploi, qui relève de l'élingueur et du chef de manœuvre, est détaillé dans le chapitre sur la VGP et le contrôle des accessoires de la formation chef de manœuvre.
Registres, carnet de maintenance et extincteur de cabine
Les résultats des vérifications ne restent pas dans un tiroir. Trois supports écrits accompagnent la grue, et le grutier en alimente un directement.
L'employeur y inscrit « sans délai » les résultats des vérifications, rapports annexés. Il est tenu à disposition de l'inspection du travail et des services de prévention de la Sécurité sociale ; les rapports s'archivent 5 ans (ED 6338, qui cite l'art. D. 4711-3).
Mis à disposition des travailleurs et du CSE, qui y consignent leurs observations sur l'état du matériel. C'est là que le grutier écrit les anomalies de prise de poste (ED 6338 § 3.3.2 et § 9.2).
Tenu à jour pour tout appareil de levage (arrêté du 2 mars 2004, cité par l'ED 6338). Il trace les travaux faits pour lever les observations des rapports.
L'extincteur en cabine
Le risque d'incendie figure dans la liste des risques que le grutier doit connaître (R.483A, annexe 2). Au titre de la mise en configuration, le référentiel attend la « vérification de la présence et du bon entretien de l'extincteur en cabine », en grue mobile comme en grue à tour. À l'épreuve pratique, un point est attribué pour « vérifier la présence et la validité de l'extincteur en place ».
Concrètement, le grutier regarde que l'extincteur est à sa place, fixé, accessible, et que son étiquette d'entretien n'est pas dépassée. Un extincteur absent ou déchargé se signale comme toute autre anomalie.
Matrice des périodicités : VGP et remise en service
Arrêté du 1er mars 2004, articles 20 et 23 ; INRS, ED 6107 et ED 6338.
Sources
- Arrêté du 1er mars 2004 relatif aux vérifications des appareils et accessoires de levage, articles 20 et 23 — Légifrance
- Code du travail, art. R4323-23 (vérifications générales périodiques) — page du wiki et code.travail.gouv.fr
- INRS, ED 6107 « Grues mobiles, manuel de sécurité » (2e éd., 2018), § 3.2 et § 7 — inrs.fr
- INRS, ED 6338 « Grues à tour » (3e éd., 2025), § 3.2, § 3.3, § 9 et annexe B — inrs.fr
- Recommandations CACES R.483A (grues mobiles) et R.487A (grues à tour), Assurance Maladie – Risques professionnels — ameli.fr/entreprise
À retenir
- Je vérifie que j'ai la notice, le dernier rapport de vérification et mon autorisation de conduite avant de démarrer.
- Je lis le rapport en trois passes : validité, observations levées, restrictions d'usage.
- Je contrôle qu'un examen d'adéquation existe, sans le confondre avec ma propre vérification de la charge et de la portée.
- Je retiens les périodicités de l'article 23 : 6 mois pour la grue mobile et la GMA sur stabilisateurs, 12 mois pour la GME et les accessoires.
- Je vérifie qu'une GME remontée sur un nouveau chantier a bien eu sa vérification de remise en service.
- Je contrôle l'extincteur de cabine et j'écris toute anomalie au registre d'observations avant de la signaler.