Module 4 / 5 · Sommaire complet de la formation grutier
4.2 Gestes de commandement, radio et chef de manœuvre
Le grutier voit rarement tout. Quand la charge lui échappe du regard, le Code du travail impose qu'un chef de manœuvre le dirige ; quand quelqu'un accroche à la main, rien ne bouge sans son accord. Ce chapitre présente les rôles autour de la grue, les principes des gestes et de la radio vus depuis le poste de conduite, et ce que l'épreuve pratique vérifie avec la charge non visible.
Quatre rôles autour d'une levée
D'après l'INRS (ED 6338, chapitre 5) et le Code du travail (R4323-41 et R4323-42). Sur beaucoup de chantiers, une même personne tient les trois rôles au sol.
- Exécute les mouvements
- Vérifie adéquation et élingage
- Accuse réception des ordres
- Refuse une levée dangereuse
- Accroche en zone de départ
- Décroche en zone d'arrivée
- Utilise les accessoires prévus
- Donne son accord avant tout mouvement
- Commande l'équipe au départ et à l'arrivée
- Dirige le grutier hors de sa vue
- Avertit les personnes de la zone
- Auxiliaire du chef de manœuvre
- Responsable des ordres tant que la charge bouge
- Se place pour suivre la charge des yeux
Quand le grutier ne voit pas tout : l'article R4323-41
Le point de départ est un article du Code du travail, reproduit en entier par l'INRS dans son manuel des grues mobiles (ED 6107, § 5.6.1) :
« Le poste de manœuvre d'un appareil de levage est disposé de telle façon que le conducteur puisse suivre des yeux les manœuvres réalisées par les éléments mobiles de l'appareil.
Lorsque le conducteur d'un équipement de travail servant au levage de charges non guidées ne peut observer le trajet entier de la charge ni directement ni par des dispositifs auxiliaires fournissant les informations utiles, un chef de manœuvre, en communication avec le conducteur, aidé le cas échéant par un ou plusieurs travailleurs placés de manière à pouvoir suivre des yeux les éléments mobiles pendant leur déplacement, dirige le conducteur. Des mesures d'organisation sont prises pour éviter des collisions susceptibles de mettre en danger des personnes. »
— Code du travail, article R4323-41
Trois idées à retenir. D'abord, la règle est la vue directe : le poste de conduite doit permettre de suivre la charge. Ensuite, un dispositif auxiliaire (une caméra, par exemple) peut suffire s'il fournit « les informations utiles ». Enfin, à défaut, le chef de manœuvre n'est pas une option : il « dirige le conducteur ».
L'INRS le traduit côté grutier : « un chef de manœuvre, aidé éventuellement par un ou plusieurs travailleurs, doit assister le grutier, soit par la voix, soit par des signaux conventionnels. Il avertira également les personnes dans la zone d'évolution » (ED 6338, § 6.4.1).
Élingueur, signaleur, chef de manœuvre : qui fait quoi
La brochure INRS sur les grues à tour consacre un chapitre aux « rôles et responsabilités des différents acteurs sur le chantier » (ED 6338, chapitre 5). Ses définitions sont celles que le grutier doit avoir en tête pour savoir de qui il reçoit un ordre.
| Acteur | Définition retenue par l'INRS |
|---|---|
| Chef de manœuvre | La personne « qui commande dans chacune des zones déterminées (dites de départ et d'arrivée) une équipe qui doit procéder aux opérations d'arrimage et d'élingage (désarrimage, décrochage) et communiquer avec le grutier pour réaliser l'opération de levage prévue de manière sûre » (définition du fascicule FD E 52-401). |
| Signaleur | « L'auxiliaire du chef de manœuvre dont il reçoit les ordres. Dès que la charge est mise en mouvement au départ et tant qu'elle est en mouvement, le signaleur a la responsabilité des ordres donnés au grutier. » |
| Élingueur | La personne qui accroche la charge sur l'accessoire de préhension en zone de départ, la décroche en zone d'arrivée, et utilise les apparaux et équipements de levage « conformément au plan d'utilisation ». |
| Chef de chantier | Assure l'organisation, la gestion et le suivi du chantier et veille à l'application des directives, notamment en matière de sécurité. |
L'INRS ajoute une remarque qui compte sur le terrain : « dans une majorité de cas, les rôles de chef de manœuvre, signaleur et élingueur incombent à la même personne ». Le grutier a alors un seul interlocuteur au sol, ce qui simplifie la communication mais concentre la charge de travail sur une personne.
Une règle simple : un seul donneur d'ordres à la fois
La définition du signaleur fixe le principe : tant que la charge bouge, c'est lui, et lui seul, qui a la responsabilité des ordres. Un grutier qui reçoit des indications de plusieurs personnes à la fois n'a plus de référence : il arrête le mouvement et fait clarifier qui commande.
Ces métiers au sol sont décrits sur la fiche élingueur, chef de manœuvre, rigger, qui détaille missions et accès au poste.
Les gestes de commandement : le FD E 52-401
« Une parfaite connaissance des gestes ou signaux de commandement est nécessaire tant pour le grutier que pour le chef de manœuvre » (ED 6338, § 6.4.1 ; ED 6107, § 5.6.1). Les deux référentiels CACES demandent de communiquer avec le chef de manœuvre, l'élingueur et le cas échéant le signaleur « au moyen des gestes et signaux conventionnels (Norme FDE 52-401) ».
Le fascicule regroupe les gestes par familles. L'extrait reproduit en annexe C de la brochure ED 6338 nomme notamment :
Prise de commandement ou attention ; arrêt du mouvement ; fin de prise de commandement.
Montée, montée lente ; descente, descente lente.
Déplacement horizontal, déplacement horizontal lent ; indiquer une direction ; indiquer une distance horizontale.
Éloignez-vous de moi ; venez vers moi.
Monter la flèche, baisser la flèche ; sortir la flèche, rentrer la flèche.
Aimantation ; désaimantation.
Côté grutier, trois gestes encadrent tout l'échange : la prise de commandement ou attention, l'arrêt du mouvement et la fin de prise de commandement. Ce sont ceux qu'il faut reconnaître sans la moindre hésitation, y compris de loin et en mouvement.
L'exécution de chaque geste, le placement du signaleur et la zone d'exclusion relèvent du chef de manœuvre et sont détaillés dans sa formation, au chapitre commandement et zone d'exclusion. Avant de travailler sur un nouveau chantier, le grutier s'informe de la « gestuelle de commandement » utilisée (ED 6107, § 5.1).
La radio : brève, confirmée, sans lâcher les commandes
Les deux référentiels CACES demandent de savoir « communiquer par radio ». L'INRS en fixe les règles de base : si une liaison radio avec le chef de manœuvre est présente, « les messages transmis devront être brefs, concis et dans un langage commun aux deux interlocuteurs. Dès émission des ordres, il convient d'en accuser la réception afin d'éviter toute incompréhension » (ED 6338, § 6.4.2).
Un ordre par message, dans le vocabulaire convenu.
Les deux interlocuteurs utilisent les mêmes mots pour les mêmes mouvements.
Chaque ordre reçu est confirmé avant d'être exécuté.
Les mains restent sur les commandes
La recommandation R.495, consacrée aux conditions de travail dans les grues à tour, est explicite : « Le grutier doit pouvoir communiquer sans lâcher les commandes. » L'employeur met à disposition « des moyens de communication adaptés à un usage professionnel permettant une bonne compréhension des instructions passées entre le conducteur et le personnel au sol », et les personnes qui les utilisent « devront être formées (protocole de communication, gestes de commandement…) ».
L'INRS va dans le même sens : il faut des moyens de communication « ne nécessitant pas de manipulation manuelle afin qu'il puisse garder les mains sur les commandes de la grue » (ED 6338, § 6.4.2), et privilégier « du matériel de qualité ne nécessitant pas ou peu de manipulations par le grutier » (ED 6107, § 5.6.2).
La charge non visible, telle que l'évalue le CACES
Le référentiel range le « manque de visibilité (défaut d'éclairage, zone de prise ou dépose de charge masquée…) » parmi les risques que le grutier doit connaître (R.483A et R.487A, annexe 2). L'épreuve pratique le met en situation.
| Point d'évaluation | Critère | R483 | R487 |
|---|---|---|---|
| Prendre, déplacer et déposer la charge à un endroit précis et non visible | Compréhension des gestes de commandement | 5 | 5 |
| Respect des consignes données par radio | 5 | 5 |
Le grand parcours de l'épreuve (décrit au chapitre 4.1) est lui aussi guidé : le candidat le réalise « à l'aide des gestes de signalement qui lui sont donnés » (annexe A4/3). Comprendre un geste du premier coup influe donc à la fois sur la précision et sur le temps de référence.
Comme pour tous les points, une note nulle sur l'un de ces deux critères suffit à faire échouer l'épreuve pratique, même avec un total supérieur à 70/100.
Avec une télécommande
Le grutier qui conduit depuis le sol résout une partie du problème de visibilité, mais pas tout. Le référentiel lui demande de « se positionner pour avoir la meilleure vision de la manœuvre et de son environnement, tout en étant hors de la zone de risque » (R.483A, option télécommande), et la R.487A note ce positionnement en catégorie 3. Pour les grues à tour, la R.495 rappelle que la mise en place d'une radiocommande « ne doit pas se substituer à la présence d'une cabine ».
L'accord de l'accrocheur et les situations qui imposent un chef de manœuvre
R4323-42 : pas de manœuvre sans accord
Lorsque l'accrochage ou le décrochage se fait à la main, le Code du travail interdit toute manœuvre tant que le travailleur qui en est chargé n'a pas donné son accord (R4323-42). Pour le grutier, cela veut dire : pas de levage « pour voir » pendant que l'élingueur ajuste une élingue, et pas de reprise de la charge après un décrochage tant que l'élingueur ne s'est pas dégagé et ne l'a pas signalé.
Les situations où l'INRS recommande un chef de manœuvre dédié
Parmi les mesures possibles : un chef de manœuvre « en liaison phonique permanente avec les deux grutiers et chargé de la seule surveillance des collisions potentielles » (ED 6338, § 6.3.1 ; ED 6107, § 5.5).
Déplacement avec les poutres des stabilisateurs sorties : « il conviendra de désigner un chef de manœuvre pour surveiller la zone d'évolution » (ED 6107, § 8.7.2).
Quand il est admis (grues mobiles), l'INRS recommande de « définir un chargé de manœuvre » (ED 6107, § 8.10). Voir le chapitre 4.3.
Qui décide quoi pendant une levée
Synthèse des textes cités dans ce chapitre. Le plan de levage et les consignes du chantier précisent la répartition.
| Situation | Qui décide | Ce que fait le grutier |
|---|---|---|
| Accrochage ou décrochage à la main | L'accrocheur donne son accord (R4323-42) | Attend l'accord avant tout mouvement |
| Trajet non visible du poste | Le chef de manœuvre dirige le conducteur (R4323-41) | Exécute ses ordres, accuse réception |
| Charge en mouvement | Le signaleur est responsable des ordres (ED 6338) | Suit un seul signaleur, arrête si plusieurs voix |
| Survol de personnes, levée à plusieurs appareils | L'employeur définit un mode opératoire (R4323-36, R4323-43) | Applique le mode opératoire, sinon ne lève pas |
| Organisation de la levée | Le plan de levage, établi en amont | En prend connaissance avant la manœuvre |
| Grue en mauvais état ou opération dangereuse | Le grutier lui-même | Refuse et prévient sa hiérarchie (ED 6338, chapitre 4) |
La préparation de la levée côté sol, du plan de levage au commandement, fait l'objet de la formation chef de manœuvre et coordonnateur levage.
Sources
- Code du travail, articles R4323-36, R4323-38, R4323-41, R4323-42 et R4323-43 — Légifrance et code.travail.gouv.fr
- Recommandations Cnam R.483A et R.487A (mises à jour 2026), annexes 2 à 4 ; recommandation R.495, conditions de travail dans les grues à tour, § 4.3 à 4.5 — ameli.fr/entreprise
- INRS, ED 6338, Grues à tour, avril 2025 : chapitres 4 et 5, § 6.3 et 6.4, annexe C (extrait du FD E 52-401) — inrs.fr
- INRS, ED 6107, Grues mobiles. Manuel de sécurité, novembre 2018 : § 5.1, 5.5, 5.6, 8.7.2, 8.10 — inrs.fr
- AFNOR, fascicule de documentation FD E 52-401, Gestes de commandement et vocabulaire de service recommandés (cité par référence)
À retenir
- Je vérifie avant la levée que je vois tout le trajet ; sinon, j'exige un chef de manœuvre en communication avec moi (R4323-41).
- Je n'engage aucun mouvement tant que l'accrocheur n'a pas donné son accord (R4323-42).
- Je m'informe, en arrivant sur un chantier, de la gestuelle utilisée : le FD E 52-401 est un fascicule AFNOR recommandé, pas une obligation réglementaire.
- Je suis un seul signaleur à la fois et j'arrête le mouvement si les ordres se contredisent.
- Je confirme chaque ordre radio avant de l'exécuter, avec un moyen qui me laisse les mains sur les commandes (R.495).
- Je ne compte pas sur ma seule vigilance quand deux grues interfèrent : je demande les mesures d'organisation prévues (R4323-38).