4.2 Dosimétrie et suivi de santé du soudeur exposé
Les rayonnements ionisants ne se voient pas, ne se sentent pas et ne chauffent pas la peau aux doses rencontrées sur un chantier. La seule façon de savoir ce que l'on a reçu est de le mesurer. Un soudeur classé porte donc deux dosimètres en zone contrôlée, dont les résultats sont centralisés au niveau national, et bénéficie d'un suivi individuel renforcé de son état de santé. Ce chapitre explique qui mesure quoi, où vont les résultats et quels réflexes adopter.
Le chemin d'une mesure de dose
Le soudeur porte ses dosimètres en zone
Un organisme accrédité exploite le dosimètre à lecture différée
SISERI, géré par l'ASNR, centralise les résultats
Le médecin du travail et le conseiller en radioprotection les exploitent
Le dosimètre opérationnel, lui, donne l'information en temps réel au porteur, pendant l'intervention.
La dosimétrie à lecture différée : la mesure de référence
Tout travailleur classé en catégorie A ou B fait l'objet d'une surveillance dosimétrique individuelle adaptée à son exposition (article R. 4451-64 du Code du travail). Pour l'exposition externe, elle repose sur des dosimètres à lecture différée, fournis et exploités par des organismes accrédités (R. 4451-65).
« À lecture différée » signifie que le porteur ne lit rien sur l'appareil : le dosimètre est renvoyé à l'organisme à la fin de la période de port, qui détermine la dose reçue. C'est la mesure qui fait foi pour vérifier le respect des limites de dose.
Les résultats sont transmis au système national prévu à l'article R. 4451-134 (R. 4451-66) : c'est SISERI. Un soudeur qui change d'employeur, d'agence d'intérim ou de site retrouve ainsi l'historique de ses doses, qui ne dépend pas de la mémoire d'un employeur.
Le dosimètre opérationnel : l'alerte en temps réel
L'article R. 4451-33-1 du Code du travail impose à l'employeur d'équiper d'un dosimètre opérationnel :
- tout travailleur qui entre en zone contrôlée ;
- les travailleurs classés autorisés à intervenir en zone d'extrémités ;
- les travailleurs classés intervenant en zone d'opération, celle que l'on délimite autour d'un appareil de radiologie industrielle en fonctionnement.
Ce dosimètre électronique affiche la dose et le débit de dose en direct et déclenche une alarme au-delà de seuils préréglés. Les mesures sont notifiées au travailleur et enregistrées ; le conseiller en radioprotection les analyse pour améliorer la protection. Dans les installations nucléaires de base, les résultats des travailleurs classés sont eux aussi transmis au système prévu à l'article R. 4451-134.
| Critère | Dosimètre à lecture différée | Dosimètre opérationnel |
|---|---|---|
| Rôle | Mesure de référence de la dose reçue | Suivi en temps réel et alerte |
| Lecture | Par l'organisme accrédité, après la période de port | Directe, par le porteur |
| Texte | R. 4451-64 à R. 4451-66 | R. 4451-33-1 |
| Quand | Travailleur classé, selon l'évaluation de l'exposition | Dès l'entrée en zone contrôlée |
Lorsqu'un dosimètre opérationnel ne peut pas être utilisé pour des raisons techniques liées à la pratique professionnelle, l'employeur doit justifier le recours à un autre moyen de prévention : l'absence d'appareil ne vaut jamais dispense.
Les réflexes du soudeur avec ses dosimètres
Le soudage ajoute des contraintes que les autres intervenants n'ont pas : tablier de cuir, veste ignifugée, masque, position couchée ou accroupie au plus près de la pièce. Les dosimètres doivent rester portés correctement malgré tout cela.
Ce que l'on fait
- Vérifier avant l'entrée que le dosimètre opérationnel est allumé et attribué à son nom.
- Le porter à l'emplacement prévu par les consignes du site, sans l'enfouir sous une protection qui fausserait la mesure.
- Consulter l'affichage régulièrement, surtout lors d'un changement de position.
- À l'alarme : arrêter l'opération en sécurité, quitter la zone selon les consignes, prévenir le chargé de travaux et le service de radioprotection.
Ce que l'on ne fait jamais
- Retirer, masquer ou éteindre un dosimètre pour arrêter une alarme.
- « Finir vite la passe » après une alarme.
- Prêter ou échanger son dosimètre avec un collègue.
- Laisser son dosimètre de référence dans une zone exposée en dehors des heures de port.
Une dose non mesurée est une dose perdue pour le suivi du soudeur lui-même : c'est son historique, pas celui de l'entreprise, qui devient faux.
Le suivi individuel renforcé de l'état de santé
Les rayonnements ionisants figurent parmi les risques particuliers qui ouvrent droit à un suivi individuel renforcé (article R. 4624-23). L'article R. 4451-82 l'applique à tous les travailleurs classés, selon les articles R. 4624-22 à R. 4624-28, avec une règle propre à la catégorie A.
| Travailleur | Examen médical | Visite intermédiaire |
|---|---|---|
| Catégorie A | Renouvelé chaque année (R. 4451-82) | Non requise |
| Catégorie B | Renouvelé au plus tous les 4 ans (R. 4624-28) | Au plus tard 2 ans après l'examen |
Le suivi commence par un examen médical d'aptitude avant l'affectation au poste. Pour un soudeur, le médecin du travail croise l'exposition aux rayonnements avec les autres risques du métier : fumées de soudage, bruit, postures, chaleur sous la tenue.
La visite est organisée par le service de prévention et de santé au travail de l'employeur. Pour un intérimaire, c'est l'entreprise de travail temporaire qui en a la charge ; le soudeur conserve une copie de ses avis d'aptitude, souvent demandés à l'entrée sur site.
Grossesse et jeunes travailleurs : des règles particulières
L'information due aux travailleurs porte explicitement sur les effets potentiellement néfastes de l'exposition sur l'embryon, en particulier en début de grossesse, et sur la nécessité de déclarer le plus précocement possible un état de grossesse (article R. 4451-58). La raison est simple : la limite qui protège l'enfant à naître, moins de 1 mSv jusqu'à la naissance (R. 4451-7), est vingt fois plus basse que celle du travailleur.
Lorsqu'une femme enceinte est maintenue sur un poste l'exposant aux rayonnements, l'employeur s'assure du respect de cette valeur (article D. 4152-5). En pratique, la déclaration conduit à revoir les affectations en zone avec le médecin du travail et le conseiller en radioprotection.
Pour les apprentis et jeunes de 16 à 18 ans, les limites sont abaissées à 6 mSv pour l'organisme entier, 150 mSv pour les extrémités et la peau et 15 mSv pour le cristallin (R. 4451-8). Un parcours de soudeur en alternance vers le nucléaire doit en tenir compte dans l'organisation des chantiers.
Anticiper sa dose avant l'intervention
La dosimétrie n'est pas seulement un constat après coup. Avant un chantier en zone, la dose prévisionnelle se calcule à partir de la cartographie radiologique du local (les débits de dose relevés par le service de radioprotection) et du temps estimé pour chaque tâche : accostage, pointage, passes de soudage, meulage, contrôle.
Ce calcul permet de fixer des objectifs de dose, de répartir le travail entre plusieurs soudeurs qualifiés, d'installer des écrans ou de choisir un autre mode opératoire. Les outils du site permettent de reproduire le raisonnement :
- le simulateur de dosimétrie, pour estimer une dose à partir d'un débit et d'une durée ;
- le calculateur de temps de séjour en zone, pour connaître la durée compatible avec un objectif de dose.
Ces calculs pédagogiques ne remplacent pas l'évaluation faite par le conseiller en radioprotection du chantier, qui dispose des mesures réelles.
Checklist du soudeur avant d'entrer en zone contrôlée
Sources
- Code du travail, articles R. 4451-7, R. 4451-8, R. 4451-33-1, R. 4451-58, R. 4451-64 à R. 4451-66, R. 4451-82, R. 4451-134, R. 4624-23, R. 4624-28, D. 4152-5 — Légifrance
- Décret n° 2024-1238 du 30 décembre 2024 (gestion de SISERI par l'ASNR à compter du 1er janvier 2025) — Légifrance
- Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), SISERI — asnr.fr
À retenir
- Le travailleur classé a une dosimétrie individuelle à lecture différée, exploitée par un organisme accrédité (R. 4451-64 à R. 4451-66).
- Tout travailleur qui entre en zone contrôlée porte un dosimètre opérationnel (R. 4451-33-1).
- Les résultats sont centralisés dans SISERI, géré par l'ASNR depuis le 1er janvier 2025.
- À l'alarme : on arrête en sécurité, on sort, on prévient ; on ne retire jamais un dosimètre.
- Suivi individuel renforcé : examen annuel en catégorie A, tous les 4 ans au plus avec visite intermédiaire à 2 ans en catégorie B.
- Déclarer une grossesse le plus tôt possible : l'enfant à naître est limité à moins de 1 mSv.