Article L1226-12 · En vigueur

Article L1226-12 — Licenciement pour inaptitude AT/MP : procédure

L'article L1226-12 oblige l'employeur, en cas d'inaptitude AT/MP, à notifier par écrit les motifs s'opposant au reclassement. Le licenciement n'est possible que dans 3 hypothèses : impossibilité de reclassement, refus du salarié, ou dispense expresse du médecin du travail.

Ce que dit l'article L1226-12

Texte officiel en vigueur depuis le 01/01/2017 :

Lorsque l'employeur est dans l'impossibilité de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent au reclassement.

L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-10, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans l'emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l'emploi.

L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-10, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail.

S'il prononce le licenciement, l'employeur respecte la procédure applicable au licenciement pour motif personnel prévue au chapitre II du titre III.

Source : Légifrance

Nature
Partie législative
Partie II
Les relations collectives de travail
Livre
Livre II
Titre
Titre II : Formation et exécution du contrat de travail
Chapitre
Chapitre VI : Maladie, accident et inaptitude médicale
Section
Section 3 : Accident du travail ou maladie professionnelle

L'article L1226-12 du Code du travail fixe la procédure obligatoire de licenciement après inaptitude AT/MP : l'employeur doit notifier par écrit les motifs s'opposant au reclassement, ne peut rompre qu'en justifiant trois hypothèses précises, et doit respecter la procédure du licenciement pour motif personnel. Le non-respect rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Texte officiel

« Lorsque l'employeur est dans l'impossibilité de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent au reclassement.
L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi [...], soit du refus par le salarié de l'emploi proposé [...], soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans l'emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement [...]. »

En clair

Après un avis d'inaptitude du médecin du travail consécutif à un AT ou une MP, l'employeur a deux obligations cumulatives : chercher un reclassement (art. L1226-10) et, s'il ne trouve pas, notifier par écrit les motifs précis de cette impossibilité. Il ne peut licencier sans avoir franchi ces deux étapes.

Les 3 cas de licenciement autorisés

1. Impossibilité de reclassement

Aucun poste compatible n'est disponible dans l'entreprise (ou le groupe en France). L'employeur doit prouver la recherche sérieuse et loyale avec consultation du CSE.

2. Refus du salarié

Le salarié refuse l'emploi proposé dans les conditions de L1226-10 (poste comparable, tenant compte de l'avis médical). L'employeur n'a pas à proposer un poste impliquant une modification du contrat sans accord exprès.

3. Avis médical bloquant

Le médecin du travail mentionne expressément que tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé, ou que l'état de santé fait obstacle à tout reclassement. Dans ce cas, la dispense de recherche est totale.

Procédure étape par étape

ÉtapeDélaiArticle
1. Avis d'inaptitude du médecin du travailJ0L4624-4
2. Recherche de reclassement (sauf dispense expresse de l'avis)1 mois maxL1226-10
3. Consultation du CSE sur les propositionsAvant propositionL1226-10
4. Si refus ou impossibilité : notification écrite des motifsL1226-12, al. 1
5. Convocation à l'entretien préalable+ 5 j ouvrablesL1232-2
6. Entretien préalableL1232-3
7. Notification du licenciement par LRAR+ 2 jours ouvrablesL1232-6
8. Versement des indemnités majoréesSolde de tout compteL1226-14

Délai-couperet d'un mois

À défaut de reclassement ou de licenciement dans le mois suivant l'avis d'inaptitude, l'employeur doit reprendre le versement du salaire (art. L1226-11) jusqu'à la rupture effective. Ce délai contraint l'employeur à agir vite.

Sanctions en cas de procédure irrégulière

  • Absence de notification écrite des motifs (al. 1) → licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 27 sept. 2017, n° 15-29.190)
  • Absence de recherche de reclassement → licenciement sans cause réelle et sérieuse
  • Recherche de reclassement insuffisante / déloyale → indemnités du barème L1235-3 + indemnité spéciale L1226-15 (au moins 6 mois de salaire)
  • Procédure d'entretien préalable non respectée → indemnité pour irrégularité de procédure (art. L1235-2)

Articles connexes

Vulgarisation à but informatif. La procédure d'inaptitude impose des actes précis (notification écrite des motifs, consultation CSE, étude médicale) dont les vices entraînent une indemnisation lourde. Côté salarié comme côté employeur, l'accompagnement par un avocat en droit social est vivement recommandé.

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Cas pratiques

Cas 1 — Notification écrite oubliée

Un employeur licencie un cariste inapte sans lui notifier par écrit les motifs faisant obstacle au reclassement (al. 1 de L1226-12). Le conseil de prud'hommes considère que l'omission de cette notification rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 27 sept. 2017, n° 15-29.190), peu importe que la recherche de reclassement ait été sérieuse par ailleurs. Indemnités du barème Macron + indemnité L1226-14 doublée.

Cas 2 — Consultation du CSE omise

Une PME industrielle a 4 postes potentiellement compatibles avec un salarié inapte mais ne consulte pas le CSE sur les propositions de reclassement. Le salarié saisit le juge : la consultation du CSE est obligatoire et son absence vicie la procédure (Cass. soc. 30 sept. 2020, n° 19-13.122). Le licenciement est sans cause réelle et sérieuse.

Cas 3 — Avis médical bloquant : dispense de reclassement

Le médecin du travail écrit dans son avis : « inapte au poste, tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié ». L'employeur est totalement dispensé de la recherche de reclassement. Il doit toutefois notifier la dispense au salarié et engager directement la procédure d'entretien préalable.

Cas 4 — Refus d'un reclassement valable

Un employeur propose à une opératrice inapte un poste de standardiste, équivalent en termes de salaire, lieu et horaires. Elle refuse sans motif sérieux. L'employeur peut licencier en justifiant ce refus (al. 2 de L1226-12), mais doit verser les indemnités majorées L1226-14, sauf à démontrer l'abus du refus pour s'en exonérer.

Cas 5 — Recherche de reclassement déloyale

Un employeur de 350 salariés propose un seul poste manifestement inadéquat (charges lourdes pour un salarié restrictif lombaire). Le juge constate l'absence de recherche sérieuse : licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 24 juin 2020, n° 18-26.581). Indemnités cumulées : barème L1235-3 + L1226-14 doublée + dommages-intérêts spécifiques L1226-15 (≥ 6 mois de salaire).

Cas 6 — Délai d'un mois dépassé

Un employeur tarde 6 semaines à reclasser ou licencier un salarié inapte. À partir du 30ᵉ jour, il doit reprendre le versement du salaire (art. L1226-11), y compris rétroactivement. Cela contraint à agir rapidement sous peine de payer un salarié à ne plus exercer aucune mission.

Bonne pratique de l'employeur

Constituer un dossier solide : (1) compte-rendu de l'étude de poste avec le médecin du travail, (2) liste précise des postes étudiés et raisons de non-compatibilité avec l'avis médical, (3) PV de consultation du CSE, (4) lettre recommandée de notification des motifs au salarié, (5) éventuels échanges sur les refus. Ce dossier est la seule défense en cas de contentieux.

Questions fréquentes

Dans tous les cas d'inaptitude médicalement constatée d'origine professionnelle (consécutive à un accident du travail ou une maladie professionnelle). Il fixe la procédure obligatoire à suivre par l'employeur après l'avis d'inaptitude du médecin du travail.

Lorsqu'il ne peut pas proposer un autre emploi au salarié, l'employeur doit lui faire connaître par écrit les motifs qui s'opposent au reclassement (al. 1). Cette notification écrite est obligatoire et son absence rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 27 sept. 2017, n° 15-29.190).

Trois hypothèses exclusives (al. 2) : (1) impossibilité prouvée de proposer un poste conforme à l'article L1226-10, (2) refus par le salarié de l'emploi proposé, (3) mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien dans l'emploi serait gravement préjudiciable à la santé ou que l'état de santé fait obstacle à tout reclassement.

Oui. L'article L1226-10 impose la consultation du CSE sur les propositions de reclassement (qu'elles aboutissent ou non). L'absence de consultation vicie la procédure et rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cass. soc. 30 sept. 2020, n° 19-13.122).

Celle du licenciement pour motif personnel (chap. II du titre III) : convocation à l'entretien préalable avec un délai minimum de 5 jours ouvrables, entretien préalable, notification par lettre recommandée avec AR au moins 2 jours ouvrables après l'entretien (art. L1232-2 à L1232-6).

À défaut de reclassement ou de licenciement dans le mois suivant l'avis d'inaptitude, l'employeur doit reprendre le versement du salaire (art. L1226-11). Le compteur d'un mois court à compter de l'examen médical de reprise concluant à l'inaptitude.
Cet article a une vocation pédagogique. Pour toute application concrète à votre situation, référez-vous au texte officiel sur Légifrance et, si nécessaire, consultez un professionnel du droit social.
Page mise à jour le 28/05/2026.