Module 1 / 5 · Sommaire complet de la formation maintenance aéronautique
1.3 Maintenance en ligne et maintenance en base
Sur le parking, entre deux rotations, ou dans un hangar pendant plusieurs jours : la maintenance aéronautique se pratique dans deux environnements que la réglementation distingue nettement. Ce chapitre donne les définitions officielles, la façon de classer une tâche, la place de la visite pré-vol et le personnel de certification exigé dans chaque cas.
Ligne ou base : deux environnements de maintenance
- Maintenance limitée
- L'aéronef reste dans l'environnement d'exploitation
- Dépannage, rectification de défauts, remplacement d'éléments
- Pas d'inspection approfondie ni de démontage important
- Certification : B1, B2, B2L, B3 ou L selon l'aéronef
- Définie par exclusion : tout ce qui n'est pas de la ligne
- Visites lourdes, travaux importants
- Durée, nombre de tâches et de disciplines plus élevés
- Environnement de hangar
- Aéronef motorisé complexe : certification C appuyée par du personnel de soutien B1 et B2
La frontière n'est pas une liste fermée : chaque organisme la fixe par une procédure.
Les définitions officielles (AMC1 145.A.10)
Les deux notions ne figurent pas dans le texte même de la Part-145, mais dans son moyen acceptable de conformité rattaché au champ d'application, l'AMC1 145.A.10. Le statut d'un AMC a été vu au chapitre 1.1.
« La "maintenance en ligne" désigne une maintenance limitée de l'aéronef, qui peut être effectuée pendant que l'aéronef reste dans l'environnement d'exploitation aérienne. […] La "maintenance en base" désigne toute maintenance de l'aéronef autre que la maintenance en ligne. »
— AMC1 145.A.10, points (a) et (b) (traduction)
L'AMC précise ce que la maintenance en ligne peut inclure :
| Activité | Précision de l'AMC |
|---|---|
| Dépannage | Recherche de panne (« trouble shooting »). |
| Rectification de défauts | Correction des défauts constatés. |
| Remplacement d'éléments | Avec équipement de test externe si nécessaire ; les éléments remplacés peuvent aller jusqu'aux moteurs et hélices. |
| Inspections | Celles qui détectent les anomalies, écarts ou dysfonctionnements évidents sans inspection approfondie ; elles peuvent viser la structure interne, les systèmes et le groupe motopropulseur visibles par des trappes, portes ou panneaux à ouverture rapide. |
| Réparations, modifications, autres tâches | Celles qui ne demandent pas de démontage important et peuvent être réalisées par des moyens simples. |
Un point surprend souvent : un changement de moteur peut relever de la maintenance en ligne. Le critère n'est pas la taille de l'élément, mais le caractère limité de l'intervention et le fait que l'aéronef reste dans son environnement d'exploitation.
Classer une tâche : la procédure de l'organisme
Puisque la maintenance en base est définie par exclusion, il faut un moyen de trancher. L'AMC1 145.A.10(c) demande que l'organisme qui entretient des aéronefs dispose d'une procédure pour déterminer si une tâche ou un groupe de tâches relève de son périmètre ligne ou base, en tenant compte notamment de :
Le temps que la maintenance doit prendre.
Un lot de travaux n'est pas une tâche isolée.
Nombre de relèves et de spécialités mobilisées.
Parking, abri, hangar, conditions extérieures.
La liste de l'AMC se termine par « etc. » : elle n'est pas exhaustive.
Deux ateliers peuvent classer différemment une même tâche selon leurs moyens.
Pour des cas temporaires ou occasionnels, l'organisme peut aussi prévoir une procédure qui permet, après évaluation de la tâche dans toutes ses conditions, de réaliser une tâche de base dans un environnement de maintenance en ligne.
Les classes d'agrément A en « Base » et en « Line »
La distinction se retrouve sur le certificat d'agrément de l'atelier. Les classes de la catégorie A, qui concernent l'entretien des aéronefs complets, sont subdivisées en « Base » et « Line » : un organisme peut être agréé pour l'une, l'autre ou les deux (appendice II de la Part-145).
| Classe | Aéronefs | Base | Line |
|---|---|---|---|
| A1 | Avions de plus de 5 700 kg de masse maximale au décollage | Oui / non | Oui / non |
| A2 | Avions de 5 700 kg ou moins | Oui / non | Oui / non |
| A3 | Hélicoptères | Oui / non | Oui / non |
| A4 | Autres aéronefs | Oui / non | Oui / non |
Une précision de l'appendice II évite une confusion courante : une installation de maintenance en ligne située sur la base principale de l'organisme exige quand même un agrément « Line ». Être présent sur le site ne suffit pas, c'est la nature de l'activité qui compte.
L'organisme peut entretenir les aéronefs pour lesquels il est agréé sur une station de maintenance en ligne capable d'assurer une maintenance mineure, à condition que son exposé (MOE) permette cette activité et liste ces sites (145.A.75(d)). Il peut aussi intervenir ailleurs lorsqu'un aéronef est immobilisé par une panne ou pour soutenir une maintenance en ligne occasionnelle, dans les conditions de l'exposé (145.A.75(c)).
Enfin, un organisme Part-145 peut sous-traiter certains travaux à un organisme qui travaille sous son système de gestion, mais cette sous-traitance ne peut pas inclure une visite de maintenance en base d'un aéronef (145.A.75(b)). Les classes B, C et D et l'exposé MOE sont détaillés au chapitre 2.1.
La visite pré-vol : hors du champ de la maintenance
La visite pré-vol se déroule sur le parking, comme la maintenance en ligne, mais elle n'en fait pas partie. L'article 2 du règlement l'exclut expressément de la définition de la maintenance, et la Part-M en tire la conséquence :
« Le pilote commandant de bord ou, dans le cas d'aéronefs utilisés par des transporteurs aériens licenciés […], l'exploitant, est responsable de la bonne exécution de la visite pré-vol. Cette visite est effectuée par le pilote ou par une autre personne qualifiée et n'a pas à être effectuée par un organisme d'entretien agréé ni par du personnel de certification. »
— M.A.201(d) (traduction)
L'AMC M.A.301(a) décrit son contenu type : tour de l'aéronef et de l'équipement de secours pour repérer les signes évidents d'usure, de dommage ou de fuite ; consultation du dossier ou du compte rendu matériel pour vérifier qu'aucun défaut différé ni aucune maintenance échue ne gêne le vol ; contrôle des fluides embarqués, de la fermeture des portes, du retrait des verrous de gouvernes et de train, des caches pitot et des obturateurs ; absence de givre, neige, sable ou poussière sur les surfaces.
| Critère | Visite pré-vol | Maintenance en ligne |
|---|---|---|
| Nature | Hors maintenance (article 2) | Maintenance au sens de l'article 2 |
| Qui la réalise | Pilote ou autre personne qualifiée | Organisme agréé, sous la signature du personnel de certification |
| Document de sortie | Aucune APRS | Approbation pour remise en service (145.A.50) |
L'AMC admet que le complément d'huile, de fluide hydraulique ou le gonflage des pneus puissent faire partie de la visite pré-vol. Les instructions doivent alors prévoir comment détecter une consommation anormale, qui peut appeler une action de maintenance par un organisme agréé ou du personnel de certification.
Visites programmées : des noms usuels, un contenu fixé par l'AMP
Dans les hangars et sur les parkings, on parle de visite de transit, de visite journalière ou hebdomadaire, de « A-check » ou de « C-check ». Ces noms sont réels : les textes EASA eux-mêmes les emploient, par exemple dans les listes de tâches d'expérience pratique de la Part-66 qui citent une visite « daily », « weekly », « transit », ou la participation à un « A-Check » ou « C-Check ».
Mais ces noms ne définissent ni un contenu ni un intervalle réglementaire. Ce qui fait foi, c'est le programme d'entretien approuvé de chaque aéronef (M.A.302), établi à partir des instructions du constructeur pour le type et adapté à l'exploitation. Deux exploitants peuvent donner le même nom à des visites de contenu différent.
Le lien entre visites et environnement suit la même logique. Le règlement parle lui-même de « visite de maintenance en base » (145.A.75(b)), mais ne dresse aucune liste des visites qui en relèvent : c'est la procédure de classement de l'organisme (zone 2) qui tranche, visite par visite et tâche par tâche.
Le texte réglementaire fournit un repère indirect. Pour le personnel de catégorie A, l'AMC 145.A.30(g) définit la « maintenance en ligne programmée mineure » comme toute inspection ou visite programmée mineure jusqu'à la visite hebdomadaire incluse prévue au programme d'entretien ; si le programme ne prévoit pas de visite hebdomadaire, l'autorité détermine la visite équivalente. Là encore, la référence est le programme, pas un calendrier général.
Qui signe en ligne, qui signe en base (145.A.30(g) et (h))
L'environnement de maintenance détermine le personnel de certification que l'atelier doit avoir. Le point 145.A.30 le dit en deux paragraphes.
Personnel de certification qualifié sur l'aéronef en catégorie B1, B2, B2L, B3 et L, selon le cas.
En complément, du personnel formé à la tâche détenant les privilèges du point 66.A.20(a)(1) (catégorie A) ou 66.A.20(a)(3)(ii) (privilèges de type A limités de la catégorie B2) pour la maintenance en ligne programmée mineure et la rectification de défauts simples. Il ne remplace pas le personnel B1, B2, B2L, B3 ou L.
Aéronef motorisé complexe : personnel de certification qualifié sur le type en catégorie C, avec suffisamment de personnel B1 et B2 qualifié sur le type pour le soutenir (« support staff »).
Autres aéronefs : soit du personnel B1, B2, B2L, B3 ou L, soit du personnel C assisté de personnel de soutien.
« Le personnel de soutien des catégories B1 et B2 s'assure que toutes les tâches ou inspections pertinentes ont été effectuées selon la norme requise avant que le personnel de certification de catégorie C ne délivre le certificat de remise en service. »
— 145.A.30(h)(1)(i) (traduction)
Le personnel C, lui, vérifie que ce contrôle a été fait et que tous les travaux demandés par le client ont été réalisés pendant la visite ou le lot de travaux. Il évalue aussi l'impact des travaux non réalisés, pour exiger leur exécution ou convenir avec l'exploitant de les reporter à une autre visite ou échéance (145.A.30(h)(1)(iii)). L'organisme tient un registre de son personnel de soutien B1 et B2.
Pour le personnel de catégorie A, l'AMC 145.A.30(g) donne des exemples de tâches permises après formation spécifique : remplacement d'ensembles de roues, d'unités de freins, d'équipements de secours, d'éclairages intérieurs et extérieurs, de balais d'essuie-glace, de sièges et ceintures, entre autres.
Ce que chaque catégorie de licence permet de signer est détaillé au chapitre 3.1. Pour le quotidien d'un mécanicien en piste ou en hangar, voir la fiche mécanicien aéronautique piste et base, et pour les risques propres à chaque environnement, le chapitre 5.3.
Cette tâche relève-t-elle de la maintenance en ligne ?
Visite pré-vol : non, elle est hors maintenance (article 2, M.A.201(d)). Sinon, passer à l'étape 2.
Dépannage, rectification, remplacement d'éléments, inspection sans examen approfondi, travaux sans démontage important par des moyens simples.
Durée, nombre et type de tâches, relèves, disciplines, environnement de travail : la procédure décrite dans l'exposé tranche.
Classe A avec mention « Line », station listée dans l'exposé (145.A.75(d)), personnel B1, B2, B2L, B3 ou L disponible.
Un « non » à l'étape 2, 3 ou 4 : la tâche relève de la base, sauf procédure d'exception temporaire évaluée par l'organisme.
Sources
- Règlement (UE) n° 1321/2014, article 2 (définitions) et annexe I (Part-M), M.A.201(d) — EUR-Lex
- Règlement (UE) n° 1321/2014, annexe II (Part-145), 145.A.30(g) et (h), 145.A.75, appendice II (classes d'agrément) — EUR-Lex
- EASA, Easy Access Rules for Continuing Airworthiness, révision de septembre 2025 : AMC1 145.A.10, AMC 145.A.30(g), AMC M.A.301(a), listes d'expérience pratique de la Part-66 — EASA
À retenir
- Ligne : maintenance limitée, aéronef dans son environnement d'exploitation ; base : toute autre maintenance (AMC1 145.A.10).
- La ligne peut inclure dépannage, rectification de défauts, remplacement d'éléments jusqu'aux moteurs et hélices, inspections sans examen approfondi.
- Chaque organisme a une procédure pour classer une tâche (durée, nombre de tâches, relèves, disciplines, environnement).
- Classes A1 à A4 agréées en « Base » et/ou « Line » ; une ligne sur la base principale exige un agrément « Line ».
- La visite pré-vol n'est pas de la maintenance ; les noms de visites (transit, A-check, C-check) n'ont pas d'intervalle universel : c'est l'AMP qui fixe.
- En ligne : certification B1, B2, B2L, B3, L ; en base d'aéronef complexe : C appuyé par du personnel de soutien B1 et B2.