Module 5 / 5 · Sommaire complet de la formation maintenance aéronautique
5.2 CAP, bac pro, BTS aéronautique : les parcours vers la licence
Un diplôme de l'Éducation nationale et une licence européenne de maintenance ne se confondent pas. Le premier atteste une formation ; la seconde exige des connaissances de base examinées module par module et des années d'expérience sur des aéronefs en exploitation. Ce chapitre montre comment les deux se rencontrent, et ce que chaque profil (lycéen, apprenti, diplômé du supérieur, militaire, salarié en reconversion) peut faire valoir.
Du premier diplôme à la première signature
Diplôme national, cours de base Part-147 ou diplôme universitaire.
Modules de l'appendice I, en organisme Part-147 ou auprès de l'autorité.
Maintenance pratique sur aéronefs en exploitation (66.A.30).
Délivrée en France par l'OSAC, pour le compte de la DGAC.
Qualification de type, puis autorisation de certification de l'organisme.
Les étapes 1 à 3 peuvent s'entremêler : périodes de formation et périodes d'expérience peuvent alterner (AMC1 66.A.30(a)).
Les diplômes aéronautiques de l'enseignement professionnel
L'enseignement professionnel propose une filière aéronautique complète, du niveau CAP au BTS. Les options de ces diplômes recoupent assez nettement le partage entre mécanique et avionique vu au chapitre 5.1.
| Diplôme | Options ou particularités |
|---|---|
| CAP aéronautique | Options avionique, systèmes, structures |
| Bac pro aéronautique | Options avionique, systèmes, structure (l'option systèmes est enregistrée au RNCP sous le numéro RNCP17474) |
| Bac pro aviation générale | Diplôme distinct du bac pro aéronautique ; ouvre aussi l'accès au certificat de spécialisation aéronautique |
| Certificat de spécialisation (CS) aéronautique | Ex-mention complémentaire ; options avions à moteurs à turbines et hélicoptères à moteurs à turbines ; recrute des bacheliers pro aéronautique ou aviation générale |
| BTS aéronautique | Niveau post-bac |
Les options systèmes et structure(s) préparent plutôt aux tâches de cellule et de moteur, celles de la licence B1 ; l'option avionique aux systèmes avioniques et électriques, ceux de la licence B2. Le certificat de spécialisation, avec ses options turbines, se rapproche des sous-catégories B1.1 (avions à turbine) et B1.3 (hélicoptères à turbine).
L'alternance : se former tout en accumulant de l'expérience
La licence Part-66 ne récompense pas seulement un savoir : elle exige de l'expérience pratique de maintenance sur des aéronefs en exploitation. C'est ce qui rend l'alternance si intéressante dans ce métier, et la réglementation européenne le reconnaît expressément.
« L'expérience de maintenance sur des aéronefs en exploitation […] vise à acquérir une expérience suffisante dans l'environnement réel de la maintenance, par opposition au seul environnement de l'école de formation ; […] peut être combinée avec une formation agréée Part-147 (ou une autre formation approuvée par l'autorité compétente), de sorte que des périodes de formation puissent alterner avec des périodes d'expérience, à la manière d'un apprentissage ; peut être à temps plein ou à temps partiel […]. »
— AMC1 66.A.30(a), point 1, traduction
Le même texte précise que cette expérience peut être acquise dans différents types d'organismes d'entretien (Part-145, Part-CAO, etc.) ou sous la supervision de personnel de certification indépendant. Elle doit couvrir un large éventail de tâches, en durée, en complexité et en variété.
Deux conditions de la Part-66 encadrent cette expérience : elle doit avoir été acquise dans les 10 ans précédant la demande de licence (66.A.30(f)), et au moins 1 an doit être de l'expérience récente sur la catégorie visée (66.A.30(d)).
Ouvrier qualifié ou cours Part-147 : ce que change la formation
Le point 66.A.30 module la durée d'expérience exigée selon la formation préalable du candidat. Il distingue trois situations : pas de formation technique pertinente, une formation d'ouvrier qualifié dans un métier technique jugée pertinente par l'autorité, ou un cours de base agréé Part-147.
| Catégorie visée | Sans formation technique | Ouvrier qualifié | Cours de base Part-147 |
|---|---|---|---|
| A, B1.2, B1.4, B3 | 3 ans | 2 ans | 1 an |
| B2, B1.1, B1.3 | 5 ans | 3 ans | 2 ans |
| B2L | 3 ans | 2 ans | 1 an |
Qu'est-ce qu'un ouvrier qualifié ? Les moyens acceptables de conformité en donnent une définition large :
« Un ouvrier qualifié est une personne qui a suivi avec succès une formation, acceptable pour l'autorité compétente, portant sur la fabrication, la réparation, la révision ou l'inspection d'équipements mécaniques, électriques ou électroniques. La formation inclut l'utilisation d'outils et d'instruments de mesure. »
— AMC1 66.A.30(a), point 2, traduction
Un CAP ou un bac pro aéronautique répond, par son contenu, à cette description. Mais la décision de le reconnaître comme formation d'ouvrier qualifié appartient à l'autorité compétente, au vu du dossier : ce n'est pas une équivalence automatique inscrite dans le règlement.
Le rôle des écoles Part-147 et la question des crédits
Un organisme de formation agréé Part-147 (annexe IV du règlement (UE) n° 1321/2014) peut dispenser le cours de base, organiser les examens des modules et, selon son agrément, des formations de type. En France, c'est dans un organisme agréé Part-147 que se passent les examens de base ; le règlement prévoit aussi l'autorité compétente comme organisateur possible (66.A.25(b)).
Un cours de base complet B1.1 ou B2 dure au moins 2 400 heures ; B1.2, 2 000 heures ; B3, 1 000 heures (Part-147, appendice I).
Au moins 30 % de la formation pratique se déroule en environnement réel de maintenance ; la théorie est limitée à 6 heures par jour (AMC à 147.A.200).
Formation théorique, examen, formation pratique et évaluation pratique (147.A.200).
La question qui intéresse tout diplômé est la suivante : mon diplôme vaut-il un cours Part-147 ? La réponse de principe est non. Un diplôme de l'Éducation nationale et un cours de base Part-147 sont deux objets distincts : le second suppose un organisme agréé, un programme calé sur l'appendice I et des examens conformes à l'appendice II.
Le règlement ouvre en revanche une porte, celle des crédits :
« Le candidat peut demander à l'autorité compétente des crédits totaux ou partiels au titre des exigences de connaissances de base pour : […] toute autre formation et tout autre examen techniques nationaux considérés par l'autorité compétente comme équivalents aux exigences de connaissances de base correspondantes de la présente annexe. »
— Règlement (UE) n° 1321/2014, annexe III (Part-66), point 66.A.25(d)(2), traduction
Le candidat justifie les crédits obtenus en se référant à un rapport de crédits d'examen approuvé par l'autorité compétente. Concrètement, seuls l'organisme Part-147 et l'autorité peuvent dire quels modules un diplôme donné permet de ne pas repasser : mieux vaut poser la question avant de s'inscrire que de supposer une équivalence.
Diplôme universitaire : la voie académique de la catégorie C
La catégorie C, qui certifie un aéronef dans son ensemble après maintenance en base, s'obtient normalement après plusieurs années d'exercice comme support staff B1 ou B2. La Part-66 prévoit une seconde voie pour les titulaires d'un diplôme universitaire dans une discipline technique pertinente, délivré par une université ou un établissement d'enseignement supérieur reconnu par l'autorité compétente (66.A.30(a)(5)).
| Licence C visée | Expérience exigée d'un diplômé universitaire |
|---|---|
| C pour aéronefs motorisés complexes | 3 ans en environnement de maintenance d'aéronefs, sur des tâches directement liées à la maintenance, dont 6 mois de participation à la maintenance en base d'aéronefs complexes en exploitation |
| C pour autres aéronefs | 3 ans dans les mêmes conditions, dont 6 mois de participation à la maintenance en base d'aéronefs autres que complexes |
Pour les connaissances, la catégorie C doit satisfaire le niveau B1 ou B2 de l'appendice I. Mais pour un titulaire d'un diplôme dans une discipline aéronautique, mécanique ou électronique, le besoin d'examens dépend du cursus suivi, comparé à l'appendice I (AMC 66.A.25, point 1).
Les moyens acceptables de conformité précisent que l'expérience du diplômé peut inclure la maintenance, la planification de la maintenance, l'assurance qualité, la tenue des dossiers, la gestion des pièces de rechange et l'ingénierie (AMC1 66.A.30(a), point 4). Le futur titulaire d'une licence C doit surtout comprendre le travail fait avant la signature des support staff, et leur rôle dans la remise en service.
Reconversion et expérience militaire : ce qui peut être reconnu
Beaucoup de techniciens arrivent à la maintenance civile après un premier métier : dans les armées, chez un constructeur, dans une autre industrie mécanique ou électrique. La Part-66 ne les oblige pas à tout recommencer, mais elle fixe deux mécanismes distincts, l'un pour les connaissances, l'autre pour l'expérience.
Les connaissances acquises et les examens réussis lors d'expériences antérieures, par exemple dans l'aviation militaire ou en apprentissage civil, sont crédités lorsque l'autorité compétente est convaincue qu'ils équivalent à l'appendice I (AMC 66.A.25, point 2).
L'expérience acquise hors organisme Part-145 ou Part-CAO peut être reconnue si l'autorité établit qu'elle est équivalente, avec une expérience complémentaire en organisme agréé (66.A.30(e)).
Les moyens acceptables de conformité donnent la liste des origines possibles et fixent le complément minimal à réaliser en organisme agréé :
« L'expérience de maintenance d'aéronefs acquise en dehors d'un organisme d'entretien agréé conformément à la Part-145 ou à la Part-CAO peut inclure l'expérience acquise dans les forces armées, les garde-côtes, la police, des organismes agréés au niveau national, des organismes agréés par des États non membres de l'AESA, etc., ou dans la construction aéronautique. »
— AMC1 66.A.30(e), point (b), traduction
Ce complément est d'au moins 6 mois en organisme agréé pour les catégories A et L, et d'au moins 12 mois pour les catégories B1, B2, B2L, B3 et C (AMC1 66.A.30(e), point (a)). Il s'ajoute à l'expérience reconnue ; il ne la remplace pas.
Pour un salarié en reconversion venu d'un autre secteur, la question est souvent celle de l'ouvrier qualifié (zone 3) : une formation antérieure en mécanique, électricité ou électronique peut réduire la durée d'expérience exigée, si l'autorité la juge pertinente. Âge minimal dans tous les cas : 18 ans (66.A.15). Les conditions d'expérience et de validité sont reprises au chapitre 3.3.
Réflexes métier : construire son parcours
- Je vérifie l'agrément Part-147 de l'organisme et la catégorie couverte avant de m'inscrire à un cours présenté comme préparant à la licence.
- Je vérifie auprès de l'organisme et de l'autorité les crédits réellement accordés à mon diplôme avant de renoncer à passer un module.
- Je vérifie que chaque période d'expérience est attestée (tâches, aéronefs, organisme) avant de quitter un employeur ou un maître d'apprentissage.
- Je vérifie la date de réussite de chaque module avant de déposer ma demande : un examen vaut 10 ans (66.A.25(c)).
- Je vérifie que mon expérience tient dans les 10 ans précédant la demande et qu'1 an au moins est récent sur la catégorie visée avant de constituer le dossier.
J'ai tel profil : par où commencer
CAP ou bac pro aéronautique, dans l'option qui correspond au domaine visé expérience en atelier, idéalement en alternance examens des modules.
Certificat de spécialisation (options turbines) ou BTS aéronautique demande de crédits à vérifier expérience sur aéronefs en exploitation.
Voie académique de la catégorie C : 3 ans en environnement de maintenance dont 6 mois en base examens selon le cursus comparé à l'appendice I.
Demande de crédits de connaissances (AMC 66.A.25) et de reconnaissance d'expérience (66.A.30(e)) au moins 12 mois en organisme agréé pour B1, B2, B2L, B3, C.
Faire examiner sa formation technique comme formation d'ouvrier qualifié cours de base Part-147 ou modules à la carte expérience en atelier.
Expérience chez un constructeur reconnaissable sous conditions (AMC1 66.A.30(e)) complément en organisme Part-145 modules manquants.
Dans tous les cas, la demande de licence est déposée en France auprès de l'OSAC, qui délivre les licences pour le compte de la DGAC.
Sources
- Règlement (UE) n° 1321/2014, annexe III (Part-66), points 66.A.15, 66.A.25, 66.A.30 et leurs AMC (AMC 66.A.25, AMC1 66.A.30(a), AMC1 66.A.30(e)) ; annexe IV (Part-147), point 147.A.200 et appendice I — EASA, Easy Access Rules for Continuing Airworthiness
- Délivrance des licences Part-66 et examens en organisme Part-147 en France — OSAC
- Diplômes aéronautiques (CAP, bac pro, certificat de spécialisation, BTS) — Onisep
- Autorité de l'aviation civile — DGAC
À retenir
- Filière aéronautique : CAP, bac pro aéronautique et aviation générale, CS aéronautique, BTS aéronautique.
- Expérience exigée pour B1.1 ou B2 : 5 ans sans formation, 3 ans avec formation d'ouvrier qualifié, 2 ans après un cours Part-147.
- Un diplôme national n'est pas un cours Part-147 : les crédits sont accordés par l'autorité (66.A.25(d)).
- Formation et expérience peuvent alterner, « à la manière d'un apprentissage » (AMC1 66.A.30(a)).
- Diplôme universitaire technique : voie académique vers la catégorie C (3 ans dont 6 mois en base).
- Expérience militaire ou hors organisme agréé : reconnue si équivalente, avec au moins 12 mois en organisme agréé pour B1, B2, B2L, B3, C.