Module 1 / 5 · Sommaire complet de la formation maintenance aéronautique
1.2 Part-M et CAMO : programme d'entretien, consignes et ARC
Avant qu'un mécanicien ouvre un capot, quelqu'un a décidé quoi faire et quand. Ce quelqu'un est le responsable du maintien de la navigabilité, souvent une CAMO, qui applique l'annexe I du règlement 1321/2014 : la Part-M. Ce chapitre suit l'aéronef de son programme d'entretien jusqu'à son examen de navigabilité annuel.
Le cycle du maintien de la navigabilité
La boucle se referme : l'expérience en service et les nouvelles instructions du constructeur font évoluer le programme d'entretien (M.A.302(h)).
M.A.201 : qui est responsable de quoi
La Part-M commence par désigner un responsable. C'est le propriétaire de l'aéronef, ou le locataire si celui-ci figure sur le certificat d'immatriculation ou si le contrat de location le prévoit.
« Le propriétaire de l'aéronef est responsable du maintien de la navigabilité de l'aéronef et s'assure qu'aucun vol n'a lieu si toutes les conditions suivantes ne sont pas remplies : l'aéronef est maintenu en état de navigabilité ; tout équipement opérationnel et de secours installé est correctement installé et en état de service, ou clairement identifié comme hors service ; le certificat de navigabilité est valide ; l'entretien de l'aéronef est effectué conformément au programme d'entretien visé au point M.A.302. »
— M.A.201(a) (traduction)
Le point (c) ajoute une règle simple que chaque technicien doit connaître : toute personne ou tout organisme qui effectue la maintenance est responsable des tâches effectuées. La responsabilité du propriétaire ne dilue pas celle de l'atelier, ni celle du mécanicien.
Pour les aéronefs exploités par un transporteur aérien licencié (règlement (CE) n° 1008/2008), c'est l'exploitant qui porte cette responsabilité. Il doit être agréé comme CAMO dans le cadre de son certificat de transporteur aérien, et soit être lui-même agréé Part-145, soit conclure un contrat écrit avec un organisme Part-145 (M.A.201(e)).
M.A.302 : le programme d'entretien (AMP)
Chaque aéronef est entretenu selon un programme d'entretien (AMP, « Aircraft Maintenance Programme »). C'est lui qui liste toutes les tâches à réaliser et leur fréquence. Sans AMP approuvé, il n'y a pas de maintenance programmée légale.
| Exigence | Contenu (M.A.302) |
|---|---|
| Approbation | Par l'autorité compétente, ou par une procédure d'approbation indirecte établie par la CAMO (ou la CAO) dans son exposé et approuvée par l'autorité. |
| Contenu | Le détail de toute la maintenance à effectuer, y compris la fréquence et les tâches liées au type et à la spécificité des opérations. |
| Base | Les instructions de l'autorité et les instructions pour le maintien de la navigabilité du titulaire du certificat de type (ou de type supplémentaire), issues de la Part 21. |
| Fiabilité | Pour un aéronef motorisé complexe dont l'AMP repose sur une logique « maintenance steering group » ou sur la surveillance de l'état, un programme de fiabilité est obligatoire. |
| Révision | Revues périodiques pour tenir compte de l'expérience en service et des nouvelles instructions ; l'AMC recommande une revue au moins annuelle. |
Le propriétaire ou l'organisme qui gère la navigabilité peut proposer d'espacer certains intervalles par rapport aux instructions du constructeur, à partir de données de revue suffisantes. L'approbation indirecte n'est pas permise pour espacer des tâches liées à la sécurité (M.A.302(e)).
C'est pourquoi aucun intervalle de visite n'est universel : deux avions du même type peuvent suivre des programmes approuvés différents selon leur exploitation. L'analyse des défaillances qui alimente ce type de raisonnement est abordée plus largement dans la formation AMDEC.
M.A.303 et M.A.304 : consignes de navigabilité, réparations et modifications
Une consigne de navigabilité (AD, « Airworthiness Directive ») est une mesure obligatoire émise lorsqu'un problème de sécurité est identifié sur un type ou un équipement. La Part-M ne laisse aucune marge :
« Toute consigne de navigabilité applicable doit être exécutée dans le respect des exigences de cette consigne, sauf disposition contraire de l'Agence. »
— M.A.303 (traduction)
Les exigences de la consigne comprennent son délai d'application et la méthode prescrite. Le statut de chaque AD applicable doit ensuite figurer au dossier de l'aéronef (zone 4), et l'examen de navigabilité vérifie qu'elles ont toutes été appliquées et correctement enregistrées (M.A.901(k)).
Pour les réparations et modifications, le point M.A.304 impose d'abord d'évaluer tout dommage, puis de travailler avec des données appropriées :
- données approuvées par l'Agence (EASA) ;
- données approuvées par un organisme de conception conforme à la Part 21 ;
- données contenues dans certaines spécifications de certification de la Part 21 ou de la Part 21 Light ;
- données déclarées par un déclarant d'une déclaration de conformité de conception (Part 21 Light).
M.A.305 : le dossier de maintien de la navigabilité
La maintenance n'existe réglementairement que si elle est tracée. À la fin de toute maintenance, l'approbation pour remise en service (APRS, « CRS » en anglais) est inscrite au dossier de maintien de la navigabilité de l'aéronef dès que possible, et au plus tard 30 jours après la fin des travaux (M.A.305(a)).
- consignes de navigabilité et mesures imposées par l'autorité ;
- modifications et réparations ;
- conformité au programme d'entretien ;
- tâches différées et défauts dont la rectification est différée ;
- rapport de masse et centrage en vigueur.
- pièces à durée de vie limitée, avec la vie accumulée de chacune ;
- éléments à contrôle horaire (« time-controlled »), avec la vie accumulée depuis la dernière maintenance programmée.
Le dossier contient aussi la date de chaque inscription et la vie totale en service de la cellule, des moteurs et des hélices. Le compte rendu matériel (« technical log ») et les APRS avec dossiers de maintenance détaillés sont conservés, selon les cas, sur une période d'au moins 36 mois (M.A.305(e)).
Côté atelier, l'organisme Part-145 conserve de son côté les dossiers détaillés de maintenance et les APRS qu'il a délivrées ; ces obligations propres à l'organisme sont vues au module 2. La gestion informatisée des historiques d'équipements est un sujet voisin, traité dans la formation GMAO.
M.A.403 : défauts, report et MEL
Un défaut constaté sur un aéronef n'empêche pas toujours le vol suivant. Tout dépend de sa gravité, et la Part-M dit précisément qui en juge.
| Situation | Règle |
|---|---|
| Défaut qui compromet gravement la sécurité du vol | Rectifié avant le vol suivant (M.A.403(a)). |
| Qui décide de la gravité | Seul le personnel de certification habilité, à partir des données d'entretien, décide si un défaut compromet gravement la sécurité, quelle rectification faire avant le vol et laquelle peut être différée ; cela ne s'applique pas lorsque la MEL est utilisée par le pilote ou le personnel de certification (M.A.403(b)). |
| Autres défauts | Rectifiés dès que possible, dans les limites fixées par les données d'entretien ou la MEL (M.A.403(c)). |
| Défaut non rectifié avant vol | Inscrit au dossier de maintien de la navigabilité ou, le cas échéant, au compte rendu matériel (M.A.403(d)). |
La MEL (« Minimum Equipment List », liste minimale d'équipements) est le document qui indique avec quels équipements inopérants un aéronef peut encore être exploité, et sous quelles conditions. Le point M.A.301(b) impose de rectifier les défauts en tenant compte de la MEL et de la liste des déviations de configuration (CDL) lorsqu'elles existent.
L'AMC M.A.403(d) recommande que tout défaut différé soit porté à la connaissance de l'équipage, si possible avant son arrivée à l'avion, et que la date d'origine du défaut soit conservée quand il est reporté sur une nouvelle fiche. La lecture de la MEL et de la documentation d'entretien est approfondie au chapitre 4.1.
M.A.901 : l'examen de navigabilité et l'ARC
Pour que le certificat de navigabilité reste valide, l'aéronef et son dossier font l'objet d'un examen de navigabilité périodique. S'il est satisfaisant, un certificat d'examen de navigabilité (ARC, « Airworthiness Review Certificate », formulaire EASA 15a ou 15b) est délivré, valable 1 an (M.A.901(a)).
Heures et cycles enregistrés, manuel de vol à jour, maintenance due effectuée, défauts corrigés ou reportés selon M.A.403, AD appliquées, modifications et réparations conformes, pièces à vie limite dans leurs limites, masse et centrage valides…
Marquages et plaquettes, conformité au manuel de vol et à la documentation, aucun défaut évident non traité, aucune incohérence entre l'aéronef et son dossier.
Un aéronef est en environnement contrôlé lorsque, sur les 12 mois précédents, sa navigabilité a été gérée en continu par une CAMO ou une CAO unique et qu'il a été entretenu par des organismes agréés. Dans ce cas, et dans les conditions de M.A.901, l'organisme qui gère sa navigabilité peut prolonger l'ARC au plus deux fois, pour 1 an à chaque fois.
| Cas | Qui délivre ou prolonge l'ARC |
|---|---|
| Transporteur licencié ou aéronef de plus de 2 730 kg, en environnement contrôlé | L'organisme qui gère sa navigabilité, s'il en a le privilège (M.A.901(c)). |
| Même catégorie, hors environnement contrôlé ou gestionnaire sans ce privilège | L'autorité, sur recommandation d'une CAMO ou CAO (M.A.901(d)). |
Deux garde-fous : aucun ARC n'est délivré ni prolongé s'il existe des indices que l'aéronef n'est pas navigable (M.A.901(j)), et l'autorité effectue elle-même l'examen chaque fois que les circonstances révèlent un risque potentiel pour la sécurité (M.A.901(g)). L'examen peut être avancé de 90 jours au plus sans rompre le rythme annuel, pour coïncider avec une visite d'entretien (M.A.901(n)).
La CAMO (annexe Vc) et la Part-ML (annexe Vb)
La CAMO (« Continuing Airworthiness Management Organisation ») est l'organisme agréé selon l'annexe Vc pour gérer le maintien de la navigabilité. Elle ne fait pas nécessairement la maintenance elle-même. Pour chaque aéronef géré, le point CAMO.A.315(b) lui demande notamment de :
- développer et maîtriser le programme d'entretien, y compris le programme de fiabilité éventuel ;
- s'assurer que les données des modifications et réparations sont conformes à M.A.304 ;
- faire intervenir un organisme d'entretien agréé chaque fois que nécessaire ;
- commander la maintenance, superviser les activités et coordonner les décisions, pour que toute maintenance soit correctement effectuée et remise en service.
Si la CAMO n'est pas elle-même agréée pour l'entretien, elle gère les contrats de maintenance écrits avec l'organisme Part-145 ; pour une maintenance en ligne non programmée ou l'entretien d'un élément, ce contrat peut prendre la forme de simples ordres de travail (CAMO.A.315(c) et (d)). Elle doit aussi tenir compte des facteurs humains dans toute sa gestion (CAMO.A.315(e)).
La Part-ML (annexe Vb) reprend la même logique pour les aéronefs légers non complexes définis à l'article 3 du règlement (vus au chapitre 1.1), avec des exigences proportionnées : points ML.A.201 pour les responsabilités, ML.A.302 pour le programme d'entretien, ML.A.903 pour l'examen de navigabilité. Pour ces aéronefs, un organisme combiné Part-CAO peut à la fois entretenir et gérer la navigabilité.
Les documents clés de la Part-M et qui les produit
Rédigé par la CAMO ou le propriétaire, approuvé par l'autorité ou par approbation indirecte.
Émise par l'autorité de navigabilité, suivie par la CAMO, exécutée par un organisme d'entretien.
Signée par le personnel de certification, inscrite au dossier sous 30 jours.
Délivré par la CAMO habilitée ou l'autorité, valable 1 an, prolongeable deux fois en environnement contrôlé.
Sources
- Règlement (UE) n° 1321/2014, annexe I (Part-M) : M.A.201, M.A.301, M.A.302, M.A.303, M.A.304, M.A.305, M.A.403, M.A.901 — EUR-Lex
- Règlement (UE) n° 1321/2014, annexe Vc (Part-CAMO), CAMO.A.315, et article 3 (Part-ML) — EUR-Lex
- EASA, Easy Access Rules for Continuing Airworthiness, révision de septembre 2025 : AMC M.A.302, AMC M.A.304, AMC M.A.403(d) — EASA
À retenir
- Le propriétaire (ou l'exploitant, pour un transporteur licencié) est responsable du maintien de la navigabilité ; celui qui fait la maintenance est responsable de ses tâches.
- Chaque aéronef suit un programme d'entretien approuvé (M.A.302) : aucun intervalle de visite n'est universel.
- Toute AD applicable est exécutée selon ses exigences ; réparations et modifications utilisent des données approuvées.
- L'APRS entre au dossier de l'aéronef au plus tard 30 jours après la fin de la maintenance.
- Seul le personnel de certification décide, avec les données d'entretien, si un défaut compromet gravement la sécurité ; les autres défauts suivent la MEL ou les données d'entretien.
- L'ARC vaut 1 an, prolongeable au plus deux fois d'un an en environnement contrôlé ; la CAMO gère, l'atelier Part-145 exécute.