Radioprotection des travailleurs exposés
Rayonnements ionisants : comprendre le risque

Module 1 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 1 : Comprendre le risque 20 min de lecture

1.2 Effets des rayonnements ionisants sur la santé

Les rayonnements ionisants lèsent les cellules qu'ils traversent. Selon la dose, ces lésions provoquent des effets certains et rapides, ou augmentent la probabilité d'un cancer des années plus tard. Toute la réglementation découle de cette distinction.

Deux familles d'effets

Effets déterministes (réactions tissulaires)

  • Apparaissent au-delà d'un seuil (à partir de 0,15 Gy selon l'INRS)
  • Gravité qui augmente avec la dose
  • Délai court : jours ou semaines
  • Exemples : brûlure radiologique, baisse des globules blancs, opacité du cristallin

Effets stochastiques (aléatoires)

  • Aucun seuil mis en évidence
  • C'est la probabilité qui augmente avec la dose, pas la gravité
  • Délai long : des années
  • Cancers et anomalies génétiques héréditaires
1

Comment un rayonnement abîme une cellule

En traversant la matière vivante, un rayonnement ionisant arrache des électrons aux molécules. Ces ionisations peuvent endommager directement l'ADN ou produire des espèces chimiques qui l'altèrent à leur tour.

La cellule dispose de mécanismes de réparation. Trois issues sont possibles :

  • la lésion est réparée correctement : pas de conséquence ;
  • la cellule meurt : si beaucoup de cellules d'un tissu meurent en même temps, le tissu ne fonctionne plus, c'est l'effet déterministe ;
  • la lésion est mal réparée et la cellule survit avec une anomalie : c'est le point de départ possible d'un cancer, effet stochastique.

Selon l'INRS, la nature et l'importance des lésions dépendent de la dose, du débit de dose, du type de rayonnement, de la partie du corps exposée et du mode d'exposition (externe ou interne).

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Les effets déterministes et leurs seuils

L'INRS publie les doses seuils d'apparition des effets déterministes pour une exposition unique et brève. Ces valeurs sont exprimées en gray (dose absorbée) :

Dose absorbéeEffet observé
0,15 GyDiminution temporaire du nombre de spermatozoïdes
0,5 GyAtteinte oculaire (opacités du cristallin)
1 GyDiminution temporaire des globules blancs ; lésions cutanées
2,5 GyStérilité féminine
3,5 GyStérilité masculine définitive
5 GyAtteinte gastro-intestinale
15 GyDécès par atteinte du système nerveux

Ces doses sont sans commune mesure avec les expositions professionnelles normales, qui se comptent en millisieverts. Elles concernent les accidents : source perdue ramassée à la main, intervention dans le faisceau d'un appareil resté sous tension, contact prolongé avec une source de radiographie industrielle. D'où les règles strictes sur les sources et les zones d'opération (chapitre 2.2).

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Les effets stochastiques : pourquoi « aussi bas que possible »

Les cancers et les anomalies génétiques héréditaires sont des effets aléatoires. Selon l'INRS, il n'a pas été possible de mettre en évidence l'existence d'un seuil pour ces effets, et le délai de survenue d'un cancer se compte en années.

Cette absence de seuil démontré a une conséquence directe : on ne peut pas définir une dose « sans risque ». La réglementation ne se contente donc pas de fixer des limites ; elle impose de réduire les expositions au niveau le plus faible raisonnablement possible. C'est le principe d'optimisation de l'article L1333-2 du Code de la santé publique, repris par l'article R4451-5 du Code du travail.

« L'employeur prend des mesures de prévention visant à supprimer ou à réduire au minimum les risques résultant de l'exposition aux rayonnements ionisants. »

— Code du travail, article R4451-5
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Les organes les plus sensibles

L'INRS cite comme organes les plus radiosensibles les organes reproducteurs, la moelle osseuse, le cristallin et la peau. On les retrouve dans la réglementation :

  • le cristallin a sa propre valeur limite, 20 mSv sur douze mois consécutifs (R4451-6), applicable pleinement depuis le 1er juillet 2023 ;
  • la peau et les extrémités (mains, avant-bras, pieds, chevilles) ont une limite propre de 500 mSv, car elles sont souvent au plus près des sources (manipulation, médecine interventionnelle) ;
  • la moelle osseuse fabrique les cellules du sang : c'est elle qui explique la baisse des globules blancs après une forte irradiation.

Le détail des valeurs limites fait l'objet du chapitre 1.3.

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Grossesse, contamination, radon : trois cas particuliers

L'embryon et le fœtus. L'information due aux travailleurs porte expressément sur les effets potentiellement néfastes de l'exposition sur l'embryon, en particulier lors du début de la grossesse, et sur la nécessité de déclarer le plus précocement possible un état de grossesse (R4451-58). La dose reçue par l'enfant à naître doit rester inférieure à 1 mSv entre la déclaration et l'accouchement (R4451-7). Les règles d'affectation sont présentées au chapitre 3.3.

La contamination interne. Une substance radioactive inhalée ou ingérée continue d'irradier les tissus tant qu'elle n'est pas éliminée. Son suivi passe par des examens prescrits par le médecin du travail (anthroporadiométrie, analyses radiotoxicologiques), qui calcule la dose engagée (R4451-65).

Le radon. Ce gaz radioactif naturel se transforme en particules solides radioactives qui se déposent dans les poumons. Lorsqu'un travailleur y est exposé, l'information doit porter sur ses effets et sur ses interactions avec le tabagisme (R4451-58, IV). Voir le chapitre 4.3.

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Reconnaissance en maladie professionnelle

Les affections provoquées par les rayonnements ionisants sont inscrites au tableau n° 6 du régime général des maladies professionnelles. Il couvre notamment :

  • les atteintes du sang (anémie, leucopénie, thrombopénie, syndrome hémorragique) après une irradiation aiguë ;
  • les atteintes oculaires, dont la cataracte ;
  • les radiodermites et les radionécroses osseuses ;
  • les leucémies, le cancer broncho-pulmonaire primitif par inhalation et les sarcomes osseux.

La liste des travaux du tableau est indicative et les délais de prise en charge vont de quelques jours à plusieurs décennies selon la maladie. Parce que ces effets se déclarent tard, la réglementation impose de conserver longtemps les traces de l'exposition : le dossier médical en santé au travail est conservé au moins cinquante ans après la fin de l'activité exposante (R4451-83), et les résultats dosimétriques le sont dans SISERI (chapitre 3.2).

Quand les effets apparaissent

1

Jours à semaines

Effets déterministes après une forte dose : peau, sang, organes reproducteurs

2

Mois à années

Opacités du cristallin, lésions tardives des tissus

3

Années à décennies

Cancers et leucémies, sans seuil démontré : d'où la traçabilité sur 50 ans

Sources

  • INRS, « Rayonnements ionisants. Effets sur la santé » (mis à jour le 22/03/2022) et brochure ED 6537 (2024) — inrs.fr
  • Code du travail, articles R4451-5, R4451-6, R4451-7, R4451-58, R4451-65 et R4451-83 — Légifrance
  • Code de la santé publique, article L1333-2 (principes de justification, d'optimisation et de limitation) — Légifrance
  • Code de la sécurité sociale, annexe II, tableau n° 6 du régime général — Légifrance

À retenir

  • Effets déterministes : seuil (dès 0,15 Gy selon l'INRS), gravité croissante, délai court.
  • Effets stochastiques : cancers et anomalies génétiques, sans seuil démontré, délai de plusieurs années.
  • Pas de dose « sans risque » : d'où l'obligation de réduire les expositions au minimum (R4451-5).
  • Organes les plus sensibles : organes reproducteurs, moelle osseuse, cristallin, peau.
  • Enfant à naître : moins de 1 mSv après la déclaration de grossesse (R4451-7).
  • Maladies professionnelles : tableau n° 6 du régime général ; dossier médical conservé au moins 50 ans.

Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale