Sécurité des machines
Phénomènes dangereux et moyens de protection

Module 2 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 2 : Phénomènes dangereux et moyens de protection 22 min de lecture

2.3 Dispositifs de protection, organes de service et arrêt d'urgence

Quand une barrière matérielle n'est pas possible, d'autres moyens protègent sans fermer : barrage immatériel, tapis sensible, commande bimanuelle. Ils agissent par le système de commande, comme les organes de mise en marche et d'arrêt. C'est là que la sécurité d'une machine moderne se joue, et là qu'une erreur de câblage ou de programme peut la faire disparaître sans que rien ne se voie.

Organes de service : les cinq règles du chapitre IV

Mise en marche
Action volontaire sur l'organe prévu (R4324-8)
Visibles
Clairement visibles, identifiables, marqués (R4324-9)
Hors zone
En dehors des zones dangereuses sauf nécessité (R4324-10)
Sans équivoque
Pas de manœuvre non intentionnelle (R4324-11)
Vue ou alerte
Absence de personnes vérifiable, sinon signal avant démarrage (R4324-12)
Arrêt prioritaire
L'arrêt prime sur la marche, énergie coupée (R4324-14)

Ces règles valent pour toute machine en service ; l'annexe I (1.2.2 à 1.2.4) en fixe l'équivalent à la conception.

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Les dispositifs de protection : protéger sans fermer

Le dispositif de protection est, selon l'annexe I, un « dispositif, autre qu'un protecteur, qui réduit le risque, seul ou associé à un protecteur » (1.1.1 g). Il ne fait pas obstacle physiquement : il détecte une personne ou oblige à une position sûre, et agit sur la commande. Le paragraphe 1.4.3 fixe trois exigences :

  • les éléments mobiles ne peuvent être mis en mouvement « aussi longtemps que l'opérateur peut les atteindre » ;
  • les personnes ne peuvent atteindre les éléments mobiles tant qu'ils sont en mouvement ;
  • l'absence ou la défaillance d'un de leurs organes empêche la mise en marche ou provoque l'arrêt.
Barrage immatériel
Rideau de faisceaux qui commande l'arrêt quand on le franchit ; efficace seulement si la distance laisse le temps d'arrêter (fiche INRS ED 114)
Tapis ou bord sensible
Détecte une présence ou un contact et commande l'arrêt
Commande bimanuelle
Oblige les deux mains à rester sur les organes de commande pendant le mouvement dangereux
Commande à action maintenue
Le mouvement cesse dès qu'on relâche ; utilisée en mode réglage

Le choix d'un dispositif sensible repose sur le temps total d'arrêt de la machine et sur la vitesse d'approche du corps humain. La brochure INRS ED 6281 « Aide au choix d'un dispositif de protection sensible » en décrit la démarche.

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Mise en marche et remise en marche

L'article R4324-8 pose la règle : « La mise en marche des équipements de travail ne peut être obtenue que par l'action d'un opérateur sur l'organe de service prévu à cet effet, sauf si cette mise en marche, obtenue autrement, ne présente aucun risque pour les opérateurs intéressés. » Elle ne s'applique pas à la mise en marche qui résulte de la séquence normale d'un cycle automatique.

L'annexe I (1.2.3) va plus loin pour les machines neuves : la même action volontaire est requise « pour la remise en marche après un arrêt, quelle qu'en soit la cause » et pour toute modification importante des conditions de fonctionnement, sauf si cela n'entraîne pas de situation dangereuse. Le paragraphe 1.2.6 ajoute que l'interruption puis le rétablissement de l'énergie ne doivent pas provoquer de mise en marche inopinée.

Cas typique d'accident : un convoyeur s'arrête sur défaut ; l'opérateur dégage la pièce coincée ; le défaut disparaît et le convoyeur repart seul. La règle de l'action volontaire pour la remise en marche vise précisément ce scénario.

L'article R4324-12 ajoute une exigence de visibilité : depuis l'organe de mise en marche, l'opérateur doit pouvoir s'assurer de l'absence de personnes dans les zones dangereuses ; sinon, toute mise en marche est précédée automatiquement d'un signal sonore ou visuel, et la personne exposée doit avoir « le temps et les moyens de se soustraire rapidement » au risque.

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L'arrêt normal : prioritaire et coupant l'énergie

Tout équipement est muni des organes nécessaires à son arrêt général dans des conditions sûres (R4324-13). Chaque poste de travail dispose d'un organe permettant d'arrêter tout ou partie de l'équipement selon les risques, et cet organe obéit à deux règles (R4324-14) :

1° Priorité
  • « L'arrêt de l'équipement de travail a priorité sur les ordres de mise en marche »
  • Un bouton d'arrêt maintenu enfoncé empêche tout démarrage
2° Coupure de l'énergie
  • Une fois l'arrêt obtenu, « l'alimentation en énergie des actionneurs concernés est interrompue »
  • Un arrêt qui laisse les actionneurs alimentés n'est pas un arrêt au sens du texte, sauf « arrêt pour des raisons de service » surveillé et maintenu (annexe I, 1.2.4.2)

L'arrêt normal ne remplace pas la consignation : il suffit à interrompre le cycle, pas à sécuriser une intervention dans la zone dangereuse (chapitre 3.2).

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L'arrêt d'urgence : utile, mais jamais seul

Selon l'article R4324-15, chaque machine est munie d'un ou plusieurs dispositifs d'arrêt d'urgence « clairement identifiables, accessibles et en nombre suffisant ». Deux catégories en sont exclues : les machines pour lesquelles l'arrêt d'urgence ne réduirait pas le risque (il ne raccourcirait pas l'arrêt ou n'apporterait pas les mesures nécessaires) et les machines portatives et guidées à la main.

L'annexe I (1.2.4.3) précise son fonctionnement pour les machines neuves :

Action
Arrêt du processus dangereux « aussi rapidement que possible, sans créer de risque supplémentaire »
Maintien
L'ordre est maintenu par un blocage du dispositif jusqu'à son déblocage volontaire
Déblocage
Ne remet pas la machine en marche, autorise seulement un redémarrage
Disponibilité
Opérationnel à tout moment, quel que soit le mode de fonctionnement
Les dispositifs d'arrêt d'urgence viennent à l'appui d'autres mesures de protection ; ils ne les remplacent pas.
— Code du travail, annexe I à l'article R4312-1, paragraphe 1.2.4.3

Cette dernière phrase est la plus souvent oubliée : un arrêt d'urgence placé près d'une zone non protégée ne protège personne, car il faut que quelqu'un l'actionne avant l'accident. La norme NF EN ISO 13850 traite de la conception de la fonction d'arrêt d'urgence. Pour un ensemble de machines, les commandes d'arrêt, arrêt d'urgence compris, arrêtent aussi les équipements associés dont le maintien en marche serait dangereux (1.2.4.4).

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Modes de fonctionnement et sélecteur de mode

Une machine automatisée doit souvent fonctionner protecteur ouvert pour le réglage, l'apprentissage d'un robot ou la recherche de panne. L'annexe I (1.2.5) encadre strictement ce cas : la machine est munie d'un sélecteur de mode « verrouillable dans chaque position », et quand le mode permet de travailler protecteur ouvert ou dispositif neutralisé, le sélecteur doit simultanément :

ExigenceEffet recherché
Désactiver tous les autres modesPas de passage en automatique par erreur
Fonctions dangereuses uniquement par action maintenueLe mouvement cesse dès qu'on relâche
Fonctions dangereuses uniquement en conditions de risque réduitVitesse réduite, effort réduit, pas à pas, sans enchaînement de séquences
Aucune mise en œuvre par action sur les capteursPas de démarrage en touchant un détecteur

Si ces quatre conditions ne peuvent être réunies, le sélecteur active d'autres mesures « de manière à garantir une zone d'intervention sûre ». Côté utilisateur, l'article R4324-17 exige que les machines dont l'opérateur peut choisir et régler les caractéristiques de fonctionnement comportent les indications nécessaires pour le faire de façon sûre, avec la vitesse limite précisée clairement.

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Systèmes de commande : quand la sécurité est dans le programme

Barrages, interrupteurs de protecteurs, arrêts d'urgence n'ont de valeur que si la chaîne qui les relie aux actionneurs est fiable. L'annexe I (1.2.1) exige que les systèmes de commande soient conçus pour qu'une défaillance du matériel ou de la logique, ou une erreur de logique, n'entraîne pas de situation dangereuse, que l'arrêt ne puisse être empêché et que les dispositifs de protection restent opérationnels ou donnent un ordre d'arrêt.

La norme NF EN ISO 13849-1 classe la fiabilité des parties de commande relatives à la sécurité en niveaux de performance (PL), la CEI 62061 en niveaux d'intégrité (SIL). Ces méthodes relèvent du concepteur et de l'intégrateur ; elles sont expliquées dans le chapitre sécurité des machines : PL, SIL de la formation Automaticien, et le quiz sécurité des machines EN ISO 13849 permet de tester ce niveau expert.

Pour l'utilisateur, la conséquence pratique est simple : un « pont » dans l'armoire, une entrée de sécurité forcée dans l'automate ou un paramètre modifié sont des modifications de la machine, qui engagent le maintien en conformité (chapitre 3.3).

Quel moyen pour quel besoin ?

BesoinMoyenRéférence
Interdire l'accès en marche, intervention rareProtecteur fixeAnnexe I, 1.4.2.1
Accès fréquent pour charger ou réglerProtecteur mobile verrouillé ou dispositif sensible1.4.2.2, 1.4.3
Tenir les mains hors de la zone pendant le cycleCommande bimanuelle1.4.3
Régler protecteur ouvertSélecteur de mode + action maintenue + risque réduit1.2.5
Faire face à une situation qui se produitArrêt d'urgence, en complémentR4324-15 ; 1.2.4.3

Sources

  • Code du travail, articles R4312-1 (annexe I, 1.1.1, 1.2.1 à 1.2.6, 1.4.3), R4324-8 à R4324-17 (version consolidée à jour au 8 octobre 2026) — Légifrance
  • INRS, fiche ED 114 « Barrière immatérielle », brochures ED 6281 « Aide au choix d'un dispositif de protection sensible » et ED 6310 « Principes de conception des systèmes de commande » — inrs.fr
  • Normes NF EN ISO 13850 (arrêt d'urgence), NF EN ISO 13849-1 et CEI 62061 (sécurité fonctionnelle) : citées par leur objet

À retenir

  • Dispositif de protection : détecte ou oblige, et sa défaillance provoque l'arrêt (annexe I, 1.4.3).
  • Mise en marche par action volontaire ; remise en marche après tout arrêt aussi (R4324-8 ; 1.2.3).
  • Pas de vue sur la zone : signal avant démarrage (R4324-12).
  • L'arrêt est prioritaire et coupe l'énergie des actionneurs (R4324-14).
  • Arrêt d'urgence obligatoire sauf exceptions (R4324-15) ; il ne remplace pas les protections.
  • Travail protecteur ouvert : sélecteur de mode, action maintenue, risque réduit (1.2.5).

Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale