Module 4 / 4 · Sommaire complet de la formation
4.2 Machine d'occasion, location et mise en conformité
Une machine d'occasion est souvent une bonne affaire, et parfois un piège : protecteurs disparus, notice perdue, modifications non documentées. Le Code du travail ne l'interdit pas, mais il fixe qui doit garantir quoi au moment de la vente ou de la location, et ce que l'acheteur doit faire avant de la mettre en service. Ce chapitre concerne aussi les machines louées ou prêtées.
Quelle règle pour la machine d'occasion ?
- Mise en service neuve sous l'annexe I
- Elle « demeure soumise » aux règles de cette annexe (R4312-2, 1er alinéa)
- Référence : l'annexe applicable lors de sa première mise en service
- Non soumise à l'annexe I lors de sa mise en service neuve
- Soumise aux règles techniques d'utilisation du chapitre IV (R4324-1 s.) (R4312-2, 2e alinéa)
- Pas d'obligation de la rendre conforme à l'annexe I
Accessoires de levage, câbles, chaînes et sangles, composants de sécurité d'occasion : toujours soumis à l'annexe I (R4312-3, R4312-4).
Ce qu'est une machine d'occasion
Est d'occasion, selon l'article R4311-2, l'équipement « ayant déjà été effectivement utilisé dans un État membre de la Communauté européenne et faisant l'objet d'une exposition, d'une mise en vente, d'une vente, d'une importation, d'une location, d'une mise à disposition ou d'une cession à quelque titre que ce soit ». Trois conséquences pratiques :
- la location et le prêt d'une machine usagée relèvent du même régime que la vente ;
- une machine importée d'un pays tiers sans avoir été utilisée dans l'Union est considérée comme neuve (R4311-1) et doit respecter l'annexe I ;
- le transfert entre deux sites d'une même entreprise, ou à la suite d'une fusion, n'en fait pas une machine d'occasion : elle est « maintenue en service » (R4311-3).
L'interdiction de l'article L4311-3 vaut pour l'occasion : il est interdit d'exposer, vendre, louer, mettre à disposition ou céder un équipement qui ne répond pas aux règles techniques et aux procédures de certification qui lui sont applicables.
Le certificat de conformité : R4313-14
Lors de la vente, de la location, de la cession ou de la mise à disposition d'un équipement de travail d'occasion en vue de son utilisation, l'article R4313-14 impose au responsable de l'opération de remettre au preneur « un certificat de conformité par lequel il atteste que le produit concerné est conforme aux règles techniques qui lui sont applicables ». Son contenu est fixé par arrêté interministériel (R4313-15).
Pour une machine marquée CE, la déclaration CE de conformité d'origine et la notice restent utiles, mais elles ne remplacent pas le certificat : elles attestent l'état d'origine, pas l'état au jour de la vente.
Avant d'acheter ou de louer : les vérifications utiles
Le certificat est une garantie juridique, pas une inspection. L'acheteur qui mettra la machine en service reste tenu de ne pas utiliser un équipement non conforme (L4321-2). La fiche INRS ED 113 « Les machines d'occasion » propose une démarche ; les points à examiner rejoignent ceux des chapitres précédents :
La brochure INRS ED 6323 « Aide à la détection des risques liés à l'utilisation d'une machine » fournit une grille utilisable lors de la visite chez le vendeur.
Machine livrée non conforme : les recours
Si la machine a été livrée en méconnaissance des obligations de conception ou de l'interdiction de vente, l'article L4311-5 ouvre une action spécifique :
L'acheteur ou le locataire d'un équipement de travail ou d'un moyen de protection qui a été livré dans des conditions contraires aux dispositions des articles L. 4311-1 et L. 4311-3 peut, nonobstant toute clause contraire, demander la résolution de la vente ou du bail dans le délai d'une année à compter du jour de la livraison.
— Code du travail, article L4311-5
Le tribunal qui prononce la résolution peut accorder des dommages et intérêts. Le délai d'un an court à compter de la livraison : un défaut constaté tardivement peut échapper à cette action spécifique. D'où l'intérêt d'une réception formalisée, avec un écrit adressé au fournisseur en cas d'anomalie, avant la mise en service.
Mettre en conformité une machine d'occasion
L'article R4312-5 prévoit que les matériels d'occasion conformes à la réglementation de l'État membre d'où ils proviennent peuvent être vendus en France, et que, « s'il y a lieu, ces matériels sont mis par l'employeur en conformité avec les règles techniques d'utilisation prévues par le chapitre IV du titre II ».
Une mise en conformité suit la logique de l'annexe I et des prescriptions R4324 :
Quand la mise en conformité modifie fortement la machine (nouveau système de commande de sécurité, nouvelles fonctions), il faut se demander si l'on ne fabrique pas une nouvelle machine. À partir du 20 janvier 2027, la notion de « modification substantielle » du règlement (UE) 2023/1230 apportera une réponse explicite (chapitre 4.3).
Location, prêt et machines mises à disposition
Le loueur et le prêteur sont des « responsables de l'opération » au sens de R4313-14 : ils remettent le certificat de conformité. L'entreprise qui utilise la machine reste, elle, employeur au sens du titre « utilisation » : information, formation, implantation, maintien en conformité pendant l'utilisation, vérifications à sa charge si la machine est soumise à VGP. L'article INRS NT 39 « Location et prêt de matériels : quelles obligations et responsabilités en matière de sécurité ? » détaille ce partage.
| Acteur | Ce qu'il doit |
|---|---|
| Loueur, prêteur, vendeur | Machine conforme aux règles applicables ; certificat de conformité remis (L4311-3, R4313-14) |
| Entreprise utilisatrice | Choix adapté, réception, implantation, information, formation, maintien en conformité, vérifications (R4321-1 s.) |
| Entreprise extérieure qui apporte sa machine | Mêmes obligations d'employeur pour ses salariés ; coordination dans le plan de prévention |
Quand une entreprise extérieure intervient avec ses propres machines sur un site, la coordination relève du plan de prévention : voir la formation entreprises extérieures et plan de prévention.
Acheter d'occasion en cinq questions
Non : elle est neuve au sens du Code et doit respecter l'annexe I (R4311-1).
Oui : annexe I applicable lors de sa mise en service ; non : chapitre IV (R4312-2).
Obligatoire pour le vendeur ou loueur (R4313-14).
Écrit au fournisseur ; résolution possible dans l'année (L4311-5).
Essai, VGP si soumise, fiche de poste, information des opérateurs.
Sources
- Code du travail, articles L4311-3, L4311-5, L4321-2, R4311-1 à R4311-3, R4312-2 à R4312-5, R4313-14, R4313-15, R4321-1 (version consolidée à jour au 8 octobre 2026) — Légifrance
- INRS, fiche ED 113 « Les machines d'occasion », brochure ED 6323, article NT 39 « Location et prêt de matériels » — inrs.fr
À retenir
- D'occasion = déjà utilisée dans l'Union européenne et qui change de mains, location et prêt compris (R4311-2).
- Machine CE : reste soumise à l'annexe I ; machine antérieure : chapitre IV (R4312-2).
- Vendeur, loueur, prêteur remettent un certificat de conformité (R4313-14).
- L'acheteur ne met pas en service une machine non conforme (L4321-2) : réception formalisée.
- Livraison non conforme : résolution dans l'année, nonobstant toute clause contraire (L4311-5).
- Accessoires de levage et composants de sécurité d'occasion : toujours annexe I (R4312-3, R4312-4).
Ressources liées
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