Laïcité et neutralité
Les usagers du service public

Module 3 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 3 : Les usagers du service public 20 min de lecture

3.1 Les droits des usagers : liberté de conscience et limites

L'erreur la plus fréquente, au guichet comme à l'accueil d'un équipement public, consiste à appliquer aux usagers la neutralité qui ne vise que les agents. Ce chapitre présente le principe, la liberté de l'usager, puis les limites précises que le droit lui oppose.

Le principe et ses quatre limites (charte de la laïcité)

Principe : l'usager peut exprimer ses convictions religieuses
Neutralité et bon fonctionnement du service
Ordre public
Sécurité
Santé et hygiène
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Le principe : l'usager n'est pas tenu à la neutralité

La charte de la laïcité dans les services publics consacre une colonne entière aux usagers. Elle pose d'abord le principe : les usagers « ont le droit d'exprimer leurs convictions religieuses dans les limites du respect de la neutralité du service public, de son bon fonctionnement et des impératifs d'ordre public, de sécurité, de santé et d'hygiène ».

L'usager n'exerce aucune fonction au nom du service public : il en bénéficie. Il n'est donc pas soumis à l'article L121-2, qui vise l'agent. Il peut se présenter dans un service public avec une tenue ou un signe religieux, et il est accueilli dans les mêmes conditions que tout autre usager.

Refuser de recevoir un usager parce qu'il porte un signe religieux, alors qu'aucune des limites présentées ci-dessous n'est en jeu, est contraire à l'égalité de traitement que l'agent doit à toutes les personnes (L121-2). Ce n'est pas appliquer la laïcité : c'est la méconnaître.
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L'égalité devant le service public

« Tous les usagers sont égaux devant le service public » : la première phrase de la partie « usagers » de la charte répond à la dernière phrase de l'article L121-2, qui fait obligation à l'agent de traiter de façon égale toutes les personnes.

L'égalité joue dans les deux sens :

  • aucun usager ne peut être défavorisé en raison de ses convictions (refus d'accueil, délai allongé, ton différent) ;
  • aucun usager ne peut être favorisé en raison de ses convictions (passe-droit, adaptation de la règle commune non prévue par les textes).

C'est pourquoi la charte prévoit que « le principe de laïcité interdit à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s'affranchir des règles communes régissant les relations entre collectivités publiques et particuliers ». La même règle s'applique à tous, et c'est précisément ce qui protège la liberté de chacun. Les demandes de dérogation sont étudiées au chapitre 3.2.

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Les limites : ordre public, sécurité, santé, hygiène, bon fonctionnement

La liberté de l'usager s'arrête là où commence l'une des limites énumérées par la charte. Ces limites ne sont pas des prétextes : elles doivent reposer sur un motif objectif, lié à la situation concrète, et s'appliquer de la même manière à tous les usagers.

LimiteCe qu'elle permetCe qu'elle ne permet pas
SécuritéImposer une règle commune liée au risque (équipement de protection, consigne d'un atelier, d'un équipement sportif ou d'un laboratoire)Viser une religion en particulier
Santé et hygièneAppliquer les règles d'hygiène d'un équipement ou d'un service de soinsRefuser des soins en raison d'une conviction
Ordre publicFaire respecter les lois générales (par exemple l'interdiction de dissimuler son visage, chapitre 3.3)Interdire une tenue que la loi n'interdit pas
Bon fonctionnement et neutralité du serviceFaire cesser un comportement qui empêche le service de fonctionner (perturbation, pression sur d'autres usagers)Exiger d'un usager qu'il soit « neutre »

Une règle de sécurité ou d'hygiène se formule de façon générale (« tenue de sport obligatoire », « charlotte et blouse dans la zone stérile ») et s'applique à tous, croyants ou non. C'est le caractère général de la règle qui la rend opposable : elle ne vise aucune conviction, elle vise une situation.

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L'interdiction du prosélytisme des usagers

Si l'usager peut exprimer ses convictions, il ne peut pas faire du service public un lieu de prosélytisme. La charte est explicite : « Les usagers doivent s'abstenir de toute forme de prosélytisme. »

La distinction est la même que pour l'agent, mais avec un seuil différent :

  • exprimer sa conviction (porter un signe, mentionner sa religion dans une conversation) est permis à l'usager ;
  • chercher à convaincre d'autres usagers ou les agents, distribuer des documents religieux dans les locaux, solliciter des personnes qui attendent, relève du prosélytisme et peut être interdit.

L'agent d'accueil n'a pas à trancher seul une situation tendue : il rappelle calmement la règle, puis s'appuie sur son encadrement. Le règlement intérieur d'un équipement public peut aussi encadrer les distributions de documents et les sollicitations, pour tous les publics et quel qu'en soit l'objet.

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La vérification d'identité

Certaines démarches exigent d'identifier l'usager : retrait d'un titre, remise d'un document, vote, examen, contrôle. La charte prévoit que, « lorsque la vérification de l'identité est nécessaire, les usagers doivent se conformer aux obligations qui en découlent ».

Le Conseil d'État a appliqué ce principe aux photographies d'identité des documents officiels : dans une décision de Section du 15 décembre 2006 (n° 289946), il a rejeté le recours dirigé contre l'exigence d'une photographie sans couvre-chef pour le permis de conduire, jugée proportionnée à l'objectif de limiter les risques de fraude, l'obligation de se découvrir ne valant que le temps de la prise de vue. La DGAFP cite cette décision parmi ses références relatives aux usagers.

En pratique, l'agent qui doit vérifier une identité :

  • demande de découvrir le visage le temps nécessaire à la vérification, comme il le ferait pour toute personne ;
  • peut proposer, lorsque l'organisation le permet, un lieu à l'écart pour cette vérification ;
  • ne demande pas plus que ce que la démarche exige.

Si la vérification est refusée, la démarche ne peut pas aboutir : ce n'est pas une sanction de la conviction, c'est la conséquence de l'impossibilité d'identifier la personne. Le refus et ses motifs gagnent à être expliqués calmement et, si besoin, signalés à l'encadrement.

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Les usagers accueillis à temps complet

Certains usagers ne peuvent pas quitter le service pour pratiquer leur religion : patients hospitalisés, résidents d'établissements médico-sociaux, personnes détenues. Pour eux, la charte prévoit un droit spécifique :

« Les usagers accueillis à temps complet dans un service public, notamment au sein d'établissements médico-sociaux, hospitaliers ou pénitentiaires ont droit au respect de leurs croyances et d'exercer leur culte, sous réserve des contraintes découlant des nécessités du bon fonctionnement du service. »

— Charte de la laïcité dans les services publics

Ce droit découle de la garantie du libre exercice des cultes posée par l'article 1er de la loi de 1905. Il n'est pas en contradiction avec la neutralité : c'est l'administration qui permet l'exercice du culte, sans le promouvoir ni l'imposer, et sans que les agents y participent au titre de leurs fonctions.

Les règles propres à l'hôpital et aux établissements pénitentiaires sont présentées au chapitre 3.3.

Puis-je demander quelque chose à un usager au nom de la laïcité ?

1. Une règle générale (loi, règlement du service, consigne de sécurité ou d'hygiène) s'applique-t-elle à tous les usagers dans cette situation ?
Oui : je l'applique à cet usager comme à tout autre, en expliquant la règle.
Non : je n'impose rien. L'usager est libre de ses convictions et je le reçois normalement.
2. En cas de doute ou de tension : j'en réfère à mon encadrant ; le référent laïcité peut être sollicité.

Sources

  • Charte de la laïcité dans les services publics (partie « Les usagers du service public ») — fonction-publique.gouv.fr
  • Code général de la fonction publique, article L121-2 ; loi du 9 décembre 1905, article 1er — Légifrance
  • Conseil d'État, Section, 15 décembre 2006, n° 289946 — conseil-etat.fr
  • Annexe « Références juridiques » de la page « Laïcité et neutralité de la fonction publique » (DGAFP) — fonction-publique.gouv.fr

À retenir

  • L'usager n'est pas tenu à la neutralité : il peut exprimer ses convictions et porter un signe religieux.
  • Quatre limites : neutralité et bon fonctionnement du service, ordre public, sécurité, santé et hygiène.
  • Une limite s'applique par une règle générale, pour tous, jamais en visant une religion.
  • Les usagers doivent s'abstenir de tout prosélytisme.
  • Quand l'identité doit être vérifiée, l'usager s'y conforme (CE, Sect., 15 décembre 2006, photographies d'identité).
  • Usagers à temps complet (hôpital, médico-social, prison) : droit d'exercer leur culte, sous réserve du bon fonctionnement.

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