Entreprises extérieures et plan de prévention
Préparer l'intervention

Module 2 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 2 : Préparer l'intervention 25 min de lecture

2.3 Risques d'interférence : la méthode d'analyse conjointe

L'analyse commune est le cœur du régime : c'est elle qui transforme une visite et des échanges d'informations en mesures de prévention. Le Code fixe son objet, les risques d'interférence, et son résultat, le plan de prévention. La méthode, elle, reste à construire.

De la visite au plan : quatre étapes

1. Inventorier les activités

2. Croiser : qui expose qui ?

3. Décider les mesures

4. Attribuer à une entreprise

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Ce que dit l'article R4512-6

« Au vu des informations et éléments recueillis au cours de l'inspection commune préalable, les chefs des entreprises utilisatrice et extérieures procèdent en commun à une analyse des risques pouvant résulter de l'interférence entre les activités, installations et matériels. Lorsque ces risques existent, les employeurs arrêtent d'un commun accord, avant le début des travaux, un plan de prévention définissant les mesures prises par chaque entreprise en vue de prévenir ces risques. »

— Code du travail, article R4512-6

Quatre idées à retenir de cette phrase :

  • l'analyse se fait en commun : un document rédigé par une seule entreprise et signé par l'autre sans discussion ne remplit pas l'exigence ;
  • elle porte sur l'interférence entre activités, installations et matériels, pas sur l'ensemble des risques du métier ;
  • dès que des risques d'interférence existent, un plan de prévention est arrêté, écrit ou non selon les cas du module 3 ;
  • le plan définit les mesures prises par chaque entreprise : chaque mesure a un responsable.

L'analyse commune est due dans tous les cas, y compris sous le seuil de 400 heures et hors travaux dangereux : seul l'écrit du plan dépend de ces critères.

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Risque propre ou risque d'interférence : faire la différence

Un risque d'interférence naît de la présence simultanée ou de la succession rapprochée de plusieurs activités sur un même lieu. Il se reconnaît à ce qu'il disparaîtrait si l'une des entreprises était seule.

Risque propre à l'activité

Traité par l'employeur concerné, dans son évaluation des risques.

  • Coupure du tuyauteur avec sa meuleuse
  • Port de charges du manutentionnaire
  • Bruit du compresseur pour son opérateur

Risque d'interférence

Traité ensemble, dans le plan de prévention.

  • Étincelles de meulage près d'un stockage de solvants de l'EU
  • Nacelle de l'EE sur l'allée des chariots de l'EU
  • Bruit de l'EE qui masque une alarme du site

L'interférence va dans les deux sens : l'activité de l'entreprise extérieure peut exposer les salariés de l'entreprise utilisatrice, et inversement. Elle existe aussi entre deux entreprises extérieures intervenant en même temps.

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Étapes 1 et 2 : inventorier et croiser

Le Code n'impose pas de méthode. Une approche simple, souvent employée, consiste à dresser deux listes puis à les croiser :

  1. Inventaire : pour chaque entreprise présente (EU comprise), les activités prévues, les installations en fonctionnement, les matériels et produits utilisés, les horaires.
  2. Croisement : pour chaque paire d'activités, la question « l'une peut-elle atteindre les salariés de l'autre ? » par le lieu (même zone, zones voisines, superposition verticale), par le temps (simultané, successif) ou par un vecteur commun (réseau, atmosphère, bruit, circulation).

Les vecteurs d'interférence qui reviennent le plus souvent dans l'industrie :

Points chauds près de matières inflammables

Énergies non consignées

Circulations croisées

Travaux superposés, chutes d'objets

Émissions : poussières, vapeurs, gaz

Remise en service par erreur

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Étape 3 : choisir les mesures dans le bon ordre

Les mesures retenues suivent les principes généraux de prévention du Code du travail (article L4121-2) : supprimer le risque quand c'est possible, puis le réduire, en donnant la priorité aux protections collectives sur les protections individuelles. Pour la coactivité, cela se traduit souvent ainsi :

Séparer dans le temps : décaler l'une des activités
Séparer dans l'espace : écran, balisage, déviation
Supprimer l'énergie : arrêt, consignation
Protéger collectivement : garde-corps, ventilation
Protéger individuellement : EPI

La séparation dans le temps est souvent la mesure la plus efficace et la moins coûteuse : faire le meulage pendant l'arrêt du poste de soutirage, plutôt que d'essayer de protéger deux équipes qui travaillent côte à côte.

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Étape 4 : une mesure, une entreprise, un moment

Le plan définit « les mesures prises par chaque entreprise » (R4512-6). Une mesure sans responsable est une intention. Chaque ligne de l'analyse gagne à préciser :

PhaseInterférenceMesureQuiQuand
Découpe de la tuyauterieÉtincelles vers le stockage de solvants (EU)Déplacer les fûts hors d'une zone définie, écran ignifuge, permis de feuEU (fûts, permis) / EE (écran)Avant la découpe
Levage du moteurCharge au-dessus de l'allée des chariots (EU)Allée neutralisée, balisage, homme de gardeEU (neutralisation) / EE (balisage, garde)Pendant le levage
EssaisRemise en tension par l'exploitationConsignation, cadenas de chaque intervenantEU (consignation) / EE (cadenas)Jusqu'à la fin des essais

Cette forme en tableau prépare directement la première mention obligatoire du plan écrit : « la définition des phases d'activité dangereuses et des moyens de prévention spécifiques correspondants » (R4512-8, 1°, chapitre 3.3). Le générateur de plan de prévention du site reprend cette logique phase par phase.

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Les pièges de l'analyse commune

  • Le copier-coller : reprendre le plan d'une intervention précédente sans revisiter les lieux. Les installations voisines, les produits stockés et les autres chantiers ont changé.
  • La liste des risques du métier : un plan qui énumère « chute, coupure, bruit » sans dire ce qui, dans le site, aggrave ou crée ces risques ne traite pas l'interférence.
  • L'oubli de l'entreprise utilisatrice : ses propres salariés (conduite, logistique, maintenance interne) font partie de la coactivité.
  • L'oubli des autres prestataires présents en même temps : c'est la coordination entre opérations (R4513-2, 3°).
  • L'EPI comme réponse unique : une protection individuelle ne règle pas un risque qu'une séparation dans le temps ou l'espace aurait supprimé.

Matrice des interférences : qui expose qui ?

Activité qui crée le risque ↓ / salariés exposés →EUEE 1 (tuyauterie)EE 2 (nettoyage)
EU (production)—Démarrage machine, chariotsProduits, chariots
EE 1 (tuyauterie)Étincelles, bruit—Chutes d'objets
EE 2 (nettoyage)Sols glissantsEau près d'équipements électriques—

Chaque case non vide appelle une mesure et un responsable dans le plan de prévention.

Sources

  • Code du travail, articles R4511-7, R4512-6, R4512-8, R4513-2 — Légifrance
  • Code du travail, article L4121-2 (principes généraux de prévention) — Légifrance
  • INRS, dossier « Entreprises extérieures » — inrs.fr

À retenir

  • L'analyse des risques d'interférence se fait en commun, au vu de l'inspection préalable (R4512-6).
  • Elle est due dans tous les cas ; seul l'écrit du plan dépend des 400 heures et des travaux dangereux.
  • Un risque d'interférence disparaîtrait si l'une des entreprises était seule.
  • Méthode : inventorier, croiser, décider, attribuer.
  • Priorité à la séparation dans le temps ou l'espace, puis aux protections collectives (L4121-2).
  • Chaque mesure a une entreprise responsable et un moment d'application.

Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale