Entreprises extérieures et plan de prévention
Le cadre : qui coordonne, qui protège qui

Module 1 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 1 : Le cadre 20 min de lecture

1.3 Chantier clos, chargement, sous-traitance : les frontières du régime

Trois régimes voisins organisent la coactivité : le plan de prévention, la coordination SPS des chantiers de bâtiment et le protocole de sécurité des opérations de chargement. Ils ne se cumulent pas pour une même opération. Ce chapitre explique où passe la frontière, puis comment la sous-traitance s'y insère.

Pour un cas concret, l'assistant plan de prévention, PPSPS ou protocole de sécurité : lequel établir ? donne la réponse en quelques clics. L'article PPSPS : définition et différence avec le plan de prévention détaille le côté chantier, l'article plan de prévention ou protocole de sécurité logistique le côté quai.

Trois situations, trois documents

Intervention dans un établissement

Maintenance, travaux en site occupé, prestations

Plan de prévention — R4512-6

Chantier de bâtiment ou génie civil

Coordonné, ou clos et indépendant

Coordination SPS, PPSPS

Chargement ou déchargement

Par une entreprise de transport

Protocole de sécurité — R4515-4
1

Chantier coordonné ou chantier clos et indépendant

L'article R4511-3 exclut du régime des entreprises extérieures deux catégories de chantiers :

  • les chantiers de bâtiment ou de génie civil soumis à l'obligation de coordination de l'article L4532-2, c'est-à-dire ceux où interviennent plusieurs entreprises ou travailleurs indépendants, sous-traitants inclus ;
  • les autres chantiers clos et indépendants.

Le Code ne définit pas lui-même le chantier « clos et indépendant » ; l'INRS renvoie à la circulaire DRT n° 93-14 du 18 mars 1993 pour apprécier cette notion au cas par cas. Les deux mots du texte donnent le critère de lecture : un chantier fermé, et indépendant du fonctionnement de l'établissement. Un bâtiment neuf construit sur un terrain clôturé de l'usine, avec son propre accès, peut l'être ; une réfection de toiture au-dessus d'un atelier en activité ne l'est généralement pas.

Sur ces chantiers, c'est le coordonnateur SPS, désigné par le maître d'ouvrage, qui organise la prévention, et chaque entreprise établit son PPSPS lorsque le chantier y est soumis. L'entreprise utilisatrice coopère avec le coordonnateur (R4532-14) et reçoit copie du plan général de coordination quand il existe (R4511-3). La formation coordonnateur SPS du site décrit ce régime.

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Le chargement et le déchargement : un régime dérogatoire

Les opérations de chargement ou de déchargement réalisées par une entreprise extérieure qui transporte des marchandises, depuis ou vers un lieu extérieur à l'entreprise d'accueil, suivent le chapitre V (R4515-1 à R4515-11). Elles dérogent notamment à l'inspection commune préalable (R4512-2 à R4512-5) et au plan de prévention (R4512-6 à R4512-11).

À la place, un document écrit, le protocole de sécurité, « remplaçant le plan de prévention » (R4515-4), est établi par échange entre les employeurs avant l'opération (R4515-8). Une opération répétitive (mêmes produits, mêmes emplacements, même mode opératoire, mêmes types de véhicules et de matériels, R4515-3) fait l'objet d'un seul protocole établi avant la première opération (R4515-9).

Le protocole contient, pour l'entreprise d'accueil (R4515-6)Pour le transporteur (R4515-7)
Consignes de sécurité de l'opérationCaractéristiques du véhicule, aménagement, équipements
Lieu de livraison, accès, stationnement, plan et consignes de circulationNature et conditionnement de la marchandise
Matériels et engins de chargementPrécautions liées aux produits, dont la réglementation des matières dangereuses
Moyens de secours ; identité du responsable désigné—

Attention : si le chauffeur, une fois déchargé, monte ou règle la machine livrée dans l'atelier, cette partie de l'intervention n'est plus un déchargement et relève du plan de prévention. Le site propose un générateur de protocole de sécurité.

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La sous-traitance : des entreprises extérieures en cascade

Le sous-traitant de l'entreprise extérieure est lui-même une entreprise extérieure vis-à-vis de l'entreprise utilisatrice. Le Code en tire quatre conséquences :

  1. l'entreprise extérieure communique par écrit à l'entreprise utilisatrice les noms et références de ses sous-traitants, le plus tôt possible et au plus tard avant le début des travaux qui leur sont confiés, et l'identification des travaux sous-traités (R4511-10, 4° et 5°) ;
  2. les heures des sous-traitants s'additionnent à celles de l'opération pour le seuil de 400 heures (R4512-7, 1°) ;
  3. un sous-traitant arrivé après le début de l'intervention déclenche à nouveau les procédures préalables pour lui : inspection commune, échange d'informations, analyse des risques, plan de prévention (R4512-1) ;
  4. son employeur reste responsable de la protection de ses propres salariés (R4511-6) et de leur information avant le début des travaux (R4512-15).

Le donneur d'ordre qui sous-traite garde un intérêt direct à ce que son sous-traitant soit intégré au plan : une équipe inconnue de l'entreprise utilisatrice, arrivée sans inspection commune, est l'une des situations où les interférences échappent le plus facilement à l'analyse.

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Plusieurs entreprises extérieures, plusieurs opérations

Sur un site industriel, il est courant que plusieurs prestataires travaillent en même temps, pour des opérations différentes : nettoyage industriel, maintenance électrique, travaux de tuyauterie. Le Code prévoit trois niveaux de coordination, que l'entreprise utilisatrice organise par des inspections et réunions périodiques (R4513-2) :

Coordination générale

Dans l'enceinte de l'entreprise utilisatrice, toutes opérations confondues.

Coordination d'une opération

Les mesures de prévention propres à une opération donnée.

Coordination entre opérations

Les risques d'interférence entre deux ou plusieurs opérations.

Le troisième niveau est le plus souvent oublié : deux plans de prévention bien rédigés chacun de leur côté peuvent ignorer que l'opération A crée un risque pour l'opération B. Le chapitre 4.1 détaille ces réunions, et la règle des trois mois au-delà de 90 000 heures.

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Arrêt technique, astreinte, intervention d'urgence

Le régime ne distingue pas les opérations programmées des interventions d'urgence : une réparation de nuit sur une pompe défaillante reste une opération au sens de R4511-4. Le Code prévoit en revanche quelques adaptations de délai pour l'urgence, notamment l'information du CSE « sur le champ » plutôt que trois jours avant (R4514-1).

Deux pratiques permettent de tenir le régime dans ces situations :

  • pour les prestataires appelés régulièrement (contrat de maintenance), un plan de prévention établi à l'avance couvrant les interventions types, complété au moment de chaque intervention pour ce qui change ;
  • pour les interventions de nuit, en lieu isolé ou pendant l'arrêt de l'activité de l'entreprise utilisatrice, une organisation qui évite qu'un travailleur ne travaille isolément sans pouvoir être secouru rapidement : c'est une obligation du chef de l'entreprise extérieure (R4512-13).

Les grands arrêts techniques, qui concentrent des dizaines d'entreprises sur quelques semaines, en sont la forme la plus exigeante. La formation préventeur en arrêt technique sur site exploité traite ce métier en détail.

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Cas pratique : quatre situations à trier

SituationRégimePourquoi
Un prestataire remplace les filtres de la centrale de traitement d'air d'un atelier en activitéPlan de préventionIntervention dans l'établissement (R4511-1)
Construction d'un entrepôt neuf sur une parcelle clôturée, avec accès séparé, par trois entreprisesCoordination SPSChantier de bâtiment coordonné, clos et indépendant (R4511-3)
Un transporteur décharge des palettes de matière première sur le quaiProtocole de sécuritéDéchargement par une entreprise de transport (R4515-1, R4515-4)
Le même transporteur aide ensuite à installer une machine dans l'atelierPlan de préventionCe n'est plus un déchargement mais une opération dans l'établissement

La sous-traitance dans le régime

Entreprise utilisatrice : coordination générale
Entreprise extérieure titulaire : déclare ses sous-traitants (R4511-10)
Sous-traitant : procédures à nouveau (R4512-1)

Sources

  • Code du travail, articles R4511-3, R4511-10, R4512-1, R4512-7, R4512-13, R4513-2, R4514-1 — Légifrance
  • Code du travail, articles R4515-1 à R4515-11 (protocole de sécurité), L4532-2 et R4532-14 (coordination SPS) — Légifrance
  • INRS, dossier « Entreprises extérieures » (renvoi à la circulaire DRT n° 93-14 du 18 mars 1993) — inrs.fr

À retenir

  • Chantiers BTP coordonnés et chantiers clos et indépendants : coordination SPS, pas de plan de prévention (R4511-3).
  • Chargement / déchargement par un transporteur : protocole de sécurité écrit, qui remplace le plan (R4515-4).
  • Les trois documents ne se cumulent pas pour une même opération.
  • Sous-traitants déclarés par écrit à l'EU avant leurs travaux (R4511-10) ; leurs heures comptent pour les 400 heures.
  • Nouveau sous-traitant en cours d'opération : procédures préalables à nouveau (R4512-1).
  • Plusieurs opérations simultanées : penser à la coordination entre opérations (R4513-2, 3°).

Sommaire de la formation

Contenu relu par le Pôle HSE & Risques industriels · Politique éditoriale