Module 1 / 4 · Sommaire complet de la formation
1.3 Chantier clos, chargement, sous-traitance : les frontières du régime
Trois régimes voisins organisent la coactivité : le plan de prévention, la coordination SPS des chantiers de bâtiment et le protocole de sécurité des opérations de chargement. Ils ne se cumulent pas pour une même opération. Ce chapitre explique où passe la frontière, puis comment la sous-traitance s'y insère.
Trois situations, trois documents
Intervention dans un établissement
Maintenance, travaux en site occupé, prestations
Plan de prévention — R4512-6Chantier de bâtiment ou génie civil
Coordonné, ou clos et indépendant
Coordination SPS, PPSPSChargement ou déchargement
Par une entreprise de transport
Protocole de sécurité — R4515-4Chantier coordonné ou chantier clos et indépendant
L'article R4511-3 exclut du régime des entreprises extérieures deux catégories de chantiers :
- les chantiers de bâtiment ou de génie civil soumis à l'obligation de coordination de l'article L4532-2, c'est-à-dire ceux où interviennent plusieurs entreprises ou travailleurs indépendants, sous-traitants inclus ;
- les autres chantiers clos et indépendants.
Le Code ne définit pas lui-même le chantier « clos et indépendant » ; l'INRS renvoie à la circulaire DRT n° 93-14 du 18 mars 1993 pour apprécier cette notion au cas par cas. Les deux mots du texte donnent le critère de lecture : un chantier fermé, et indépendant du fonctionnement de l'établissement. Un bâtiment neuf construit sur un terrain clôturé de l'usine, avec son propre accès, peut l'être ; une réfection de toiture au-dessus d'un atelier en activité ne l'est généralement pas.
Sur ces chantiers, c'est le coordonnateur SPS, désigné par le maître d'ouvrage, qui organise la prévention, et chaque entreprise établit son PPSPS lorsque le chantier y est soumis. L'entreprise utilisatrice coopère avec le coordonnateur (R4532-14) et reçoit copie du plan général de coordination quand il existe (R4511-3). La formation coordonnateur SPS du site décrit ce régime.
Le chargement et le déchargement : un régime dérogatoire
Les opérations de chargement ou de déchargement réalisées par une entreprise extérieure qui transporte des marchandises, depuis ou vers un lieu extérieur à l'entreprise d'accueil, suivent le chapitre V (R4515-1 à R4515-11). Elles dérogent notamment à l'inspection commune préalable (R4512-2 à R4512-5) et au plan de prévention (R4512-6 à R4512-11).
À la place, un document écrit, le protocole de sécurité, « remplaçant le plan de prévention » (R4515-4), est établi par échange entre les employeurs avant l'opération (R4515-8). Une opération répétitive (mêmes produits, mêmes emplacements, même mode opératoire, mêmes types de véhicules et de matériels, R4515-3) fait l'objet d'un seul protocole établi avant la première opération (R4515-9).
| Le protocole contient, pour l'entreprise d'accueil (R4515-6) | Pour le transporteur (R4515-7) |
|---|---|
| Consignes de sécurité de l'opération | Caractéristiques du véhicule, aménagement, équipements |
| Lieu de livraison, accès, stationnement, plan et consignes de circulation | Nature et conditionnement de la marchandise |
| Matériels et engins de chargement | Précautions liées aux produits, dont la réglementation des matières dangereuses |
| Moyens de secours ; identité du responsable désigné | — |
Attention : si le chauffeur, une fois déchargé, monte ou règle la machine livrée dans l'atelier, cette partie de l'intervention n'est plus un déchargement et relève du plan de prévention. Le site propose un générateur de protocole de sécurité.
La sous-traitance : des entreprises extérieures en cascade
Le sous-traitant de l'entreprise extérieure est lui-même une entreprise extérieure vis-à-vis de l'entreprise utilisatrice. Le Code en tire quatre conséquences :
- l'entreprise extérieure communique par écrit à l'entreprise utilisatrice les noms et références de ses sous-traitants, le plus tôt possible et au plus tard avant le début des travaux qui leur sont confiés, et l'identification des travaux sous-traités (R4511-10, 4° et 5°) ;
- les heures des sous-traitants s'additionnent à celles de l'opération pour le seuil de 400 heures (R4512-7, 1°) ;
- un sous-traitant arrivé après le début de l'intervention déclenche à nouveau les procédures préalables pour lui : inspection commune, échange d'informations, analyse des risques, plan de prévention (R4512-1) ;
- son employeur reste responsable de la protection de ses propres salariés (R4511-6) et de leur information avant le début des travaux (R4512-15).
Le donneur d'ordre qui sous-traite garde un intérêt direct à ce que son sous-traitant soit intégré au plan : une équipe inconnue de l'entreprise utilisatrice, arrivée sans inspection commune, est l'une des situations où les interférences échappent le plus facilement à l'analyse.
Plusieurs entreprises extérieures, plusieurs opérations
Sur un site industriel, il est courant que plusieurs prestataires travaillent en même temps, pour des opérations différentes : nettoyage industriel, maintenance électrique, travaux de tuyauterie. Le Code prévoit trois niveaux de coordination, que l'entreprise utilisatrice organise par des inspections et réunions périodiques (R4513-2) :
Coordination générale
Dans l'enceinte de l'entreprise utilisatrice, toutes opérations confondues.
Coordination d'une opération
Les mesures de prévention propres à une opération donnée.
Coordination entre opérations
Les risques d'interférence entre deux ou plusieurs opérations.
Le troisième niveau est le plus souvent oublié : deux plans de prévention bien rédigés chacun de leur côté peuvent ignorer que l'opération A crée un risque pour l'opération B. Le chapitre 4.1 détaille ces réunions, et la règle des trois mois au-delà de 90 000 heures.
Arrêt technique, astreinte, intervention d'urgence
Le régime ne distingue pas les opérations programmées des interventions d'urgence : une réparation de nuit sur une pompe défaillante reste une opération au sens de R4511-4. Le Code prévoit en revanche quelques adaptations de délai pour l'urgence, notamment l'information du CSE « sur le champ » plutôt que trois jours avant (R4514-1).
Deux pratiques permettent de tenir le régime dans ces situations :
- pour les prestataires appelés régulièrement (contrat de maintenance), un plan de prévention établi à l'avance couvrant les interventions types, complété au moment de chaque intervention pour ce qui change ;
- pour les interventions de nuit, en lieu isolé ou pendant l'arrêt de l'activité de l'entreprise utilisatrice, une organisation qui évite qu'un travailleur ne travaille isolément sans pouvoir être secouru rapidement : c'est une obligation du chef de l'entreprise extérieure (R4512-13).
Les grands arrêts techniques, qui concentrent des dizaines d'entreprises sur quelques semaines, en sont la forme la plus exigeante. La formation préventeur en arrêt technique sur site exploité traite ce métier en détail.
Cas pratique : quatre situations à trier
| Situation | Régime | Pourquoi |
|---|---|---|
| Un prestataire remplace les filtres de la centrale de traitement d'air d'un atelier en activité | Plan de prévention | Intervention dans l'établissement (R4511-1) |
| Construction d'un entrepôt neuf sur une parcelle clôturée, avec accès séparé, par trois entreprises | Coordination SPS | Chantier de bâtiment coordonné, clos et indépendant (R4511-3) |
| Un transporteur décharge des palettes de matière première sur le quai | Protocole de sécurité | Déchargement par une entreprise de transport (R4515-1, R4515-4) |
| Le même transporteur aide ensuite à installer une machine dans l'atelier | Plan de prévention | Ce n'est plus un déchargement mais une opération dans l'établissement |
La sous-traitance dans le régime
Sources
- Code du travail, articles R4511-3, R4511-10, R4512-1, R4512-7, R4512-13, R4513-2, R4514-1 — Légifrance
- Code du travail, articles R4515-1 à R4515-11 (protocole de sécurité), L4532-2 et R4532-14 (coordination SPS) — Légifrance
- INRS, dossier « Entreprises extérieures » (renvoi à la circulaire DRT n° 93-14 du 18 mars 1993) — inrs.fr
À retenir
- Chantiers BTP coordonnés et chantiers clos et indépendants : coordination SPS, pas de plan de prévention (R4511-3).
- Chargement / déchargement par un transporteur : protocole de sécurité écrit, qui remplace le plan (R4515-4).
- Les trois documents ne se cumulent pas pour une même opération.
- Sous-traitants déclarés par écrit à l'EU avant leurs travaux (R4511-10) ; leurs heures comptent pour les 400 heures.
- Nouveau sous-traitant en cours d'opération : procédures préalables à nouveau (R4512-1).
- Plusieurs opérations simultanées : penser à la coordination entre opérations (R4513-2, 3°).
Ressources liées
Sommaire de la formation
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