SSCT des élus du CSE
Évaluer les risques : le DUERP et la prévention

Module 2 / 4 · Sommaire complet

Module 2 : Évaluer les risques, le DUERP et la prévention 24 min de lecture

2.1 Le DUERP : contenu, mise à jour et consultation du CSE

Le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est la photographie écrite des dangers de l'entreprise. C'est le document de départ de tout élu qui s'intéresse à la santé et à la sécurité : il dit ce que l'employeur a repéré, ce qu'il a décidé et ce qui reste à faire. Ce chapitre explique ce que le Code du travail exige, ce que le CSE peut en attendre et comment lire le document sans se laisser noyer par sa taille.

Cette formation est une action de sensibilisation. Elle ne remplace pas la formation santé, sécurité et conditions de travail dispensée par un organisme habilité. Le droit évolue : vérifiez les textes en vigueur sur les sources officielles citées en fin de chapitre.
La vie du DUERP en cinq étapes
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Évaluer

L'employeur évalue les risques (L4121-3).

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Consulter

Le CSE est consulté sur le document et ses mises à jour.

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Consigner

Les résultats sont transcrits dans le document unique (R4121-1).

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Mettre à jour

Chaque année dès 11 salariés, et à chaque événement (R4121-2).

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Conserver et rendre accessible

Toutes les versions pendant 40 ans (R4121-4).

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Ce qu'est le DUERP et ce que la loi en attend

L'employeur a l'obligation d'évaluer les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, en tenant compte de la nature des activités de l'entreprise. L'article L4121-3 précise que cette évaluation porte notamment sur les procédés de travail, les équipements, les substances chimiques, l'aménagement des locaux, l'organisation du travail et la définition des postes. Le texte demande aussi de tenir compte de l'impact différencié de l'exposition au risque en fonction du sexe.

Les résultats de cette évaluation sont consignés dans un document unique. L'article R4121-1 le dit simplement : l'employeur transcrit les résultats dans ce document et le tient à jour. L'évaluation comprend un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement, y compris les risques liés aux ambiances thermiques.

Le document unique recense les risques professionnels auxquels les travailleurs sont exposés et assure la traçabilité collective de ces expositions.

— Idée centrale de l'article L4121-3-1 du Code du travail (formulation résumée)

Deux mots reviennent dans ces textes et méritent d'être retenus :

  • Unique : tous les risques de l'entreprise sont réunis dans un seul document, quel que soit le service ou le métier concerné.
  • Traçabilité collective : le document garde la mémoire des expositions dans le temps, ce qui compte pour les maladies professionnelles qui se déclarent des années plus tard.

L'obligation d'établir le document s'applique dès le premier salarié. Seule la fréquence de mise à jour dépend de l'effectif (voir la zone 4).

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Le rôle du CSE : contribuer et être consulté

L'élaboration du DUERP n'est pas l'affaire de l'employeur seul. L'article L4121-3 prévoit que le CSE et sa commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), s'ils existent, contribuent à l'évaluation des risques. Le même article ajoute que le CSE est consulté sur le DUERP et sur ses mises à jour.

Concrètement, la place de l'élu se joue à trois moments :

Avant

Apporter la connaissance du terrain : les élus connaissent les postes, les anomalies signalées et les gestes réels des collègues.

Pendant

Rendre un avis lors de la consultation sur le document ou sur sa mise à jour, avec des remarques précises plutôt qu'un avis de pure forme.

Après

Vérifier que les actions décidées sont réalisées et que le document est mis à jour quand la situation change.

D'autres acteurs contribuent aussi à l'évaluation : le ou les salariés désignés pour s'occuper des activités de protection et de prévention, et le service de prévention et de santé au travail auquel l'employeur adhère. L'employeur peut en outre solliciter d'autres personnes ou organismes. Le CSE n'est donc pas le seul interlocuteur, mais c'est le seul à représenter les salariés dans cette démarche.

Pour approfondir les droits liés à l'inspection des lieux de travail, la page du Hub CSE Inspections et enquêtes du CSE détaille la règle ; le module 3 de cette formation l'applique concrètement.
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Lire un DUERP : unités de travail, dangers, cotation, actions

Un DUERP peut compter quelques pages ou plusieurs centaines de lignes. Quelle que soit sa présentation, on y retrouve les mêmes briques. Les textes imposent l'inventaire des risques par unité de travail ; le reste (échelle de cotation, mise en page) relève de la méthode choisie par l'entreprise, aucun modèle n'étant imposé par l'article R4121-1.

Brique du document Ce qu'elle contient Question de l'élu
Unités de travail Découpage de l'entreprise en groupes de postes ou de situations comparables (atelier, entrepôt, bureau, chantier, déplacements). Toutes les situations de travail de mes collègues figurent-elles dans un découpage ?
Dangers et risques Inventaire de ce qui peut causer un dommage et des situations d'exposition, y compris les ambiances thermiques. Les risques que les salariés me signalent sont-ils présents et décrits clairement ?
Cotation (méthode usuelle) Échelle de gravité et de fréquence ou d'exposition, qui permet de comparer les risques entre eux. L'échelle est-elle expliquée ? Un risque jugé faible l'est-il vraiment au vu des accidents passés ?
Actions de prévention Mesures existantes et mesures à mettre en œuvre ; programme annuel dès 50 salariés, liste d'actions en dessous (L4121-3-1). Chaque risque important est-il relié à une action, un responsable et une échéance ?
Historique des versions Date de chaque mise à jour et nature des modifications, nécessaires à la traçabilité. La dernière version date-t-elle de moins d'un an ? Les anciennes versions sont-elles conservées ?

Un réflexe utile : repérer en premier les trois ou quatre risques qui reviennent dans les remontées du terrain (accidents, presque-accidents, plaintes, maladies déclarées) et regarder comment le document les traite. Si un risque évoqué en réunion du CSE n'y figure pas, c'est une raison suffisante pour demander une mise à jour.

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La mise à jour : quand et pourquoi

L'article R4121-2, dans sa rédaction issue du décret n° 2022-395 du 18 mars 2022 (en vigueur depuis le 31 mars 2022), prévoit trois cas de mise à jour du DUERP :

Au moins chaque année

Dans les entreprises d'au moins 11 salariés. Sous ce seuil, la mise à jour annuelle systématique n'est pas imposée.

Aménagement important

Lors de toute décision d'aménagement important modifiant la santé, la sécurité ou les conditions de travail : nouvelle machine, réorganisation, déménagement.

Information nouvelle

Dès qu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur : accident, signalement, nouvelle donnée sur un produit.

Le troisième cas est le plus intéressant pour l'élu. Un accident du travail, un signalement du CSE ou une alerte sont autant d'informations qui peuvent obliger l'employeur à revoir l'évaluation. En pratique, un élu peut demander par écrit, lors d'une réunion, que le DUERP soit mis à jour à la suite d'un événement précis, en citant l'article R4121-2. Le programme annuel de prévention, ou la liste des actions de prévention, est lui aussi mis à jour à chaque mise à jour du DUERP, si nécessaire.

Point de vigilance. Dire que « le DUERP se met à jour une fois par an dans toutes les entreprises » est inexact : la mise à jour annuelle obligatoire concerne les entreprises d'au moins 11 salariés. En revanche, les deux autres cas (aménagement important, information nouvelle) s'appliquent à toutes les entreprises.
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Conservation, accès et affichage

L'employeur conserve chaque version du DUERP pendant au moins 40 ans (L4121-3-1 et R4121-4, en vigueur au 31 mars 2022). Cette durée longue répond à un enjeu de santé : retrouver, des décennies plus tard, à quels risques un salarié a été exposé.

L'article R4121-4 liste ceux à qui le document doit être mis à disposition :

  • les travailleurs et anciens travailleurs, pour les versions en vigueur pendant leur présence dans l'entreprise ;
  • les membres de la délégation du personnel du CSE ;
  • le service de prévention et de santé au travail ;
  • les agents de l'inspection du travail ;
  • les agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale.

Un avis doit indiquer aux travailleurs comment accéder au document ; il est affiché à un endroit visible et facilement accessible, au même emplacement que le règlement intérieur lorsqu'il en existe un. Pour l'élu, c'est un test simple : l'avis est-il affiché, et le document est-il réellement consultable ?

Le dépôt sur un portail numérique n'est pas applicable à ce jour. La loi du 2 août 2021 en a prévu le principe, mais ce portail n'est pas en service. L'article R4121-4 prévoit d'ailleurs lui-même que l'employeur conserve les versions dans l'entreprise, sur papier ou en format numérique, jusqu'à l'entrée en vigueur de l'obligation de dépôt. Méfiez-vous des offres de « mise en conformité au dépôt obligatoire ».
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Sanctions : absence du document et défaut de mise à jour

Deux régimes de sanction coexistent et ne visent pas les mêmes manquements. Il est utile de les distinguer quand on rappelle ses obligations à l'employeur.

Manquement Texte Sanction
Document non transcrit ou non mis à jour R4741-1 (renvoi à R4121-1 et R4121-2) Contravention de 5e classe
Absence du document L8115-1, 6° (loi n° 2026-534 du 25 juin 2026), L8115-3 Amende administrative, plafonnée à 4 000 € par travailleur concerné, doublée en cas de nouveau manquement de même nature dans les deux ans

L'amende administrative est prononcée sur rapport de l'inspection du travail, sans passer par le juge, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales. Elle vise l'absence du document ; le simple défaut de mise à jour reste du domaine de la contravention de 5e classe. L'administration choisit l'une ou l'autre voie pour les mêmes faits.

L'élu n'a pas à sanctionner : son rôle est d'alerter, de demander la mise à jour, de consigner ses demandes au procès-verbal et, si l'employeur ne réagit pas, de saisir l'inspection du travail, qui reçoit les plaintes et observations relatives aux dispositions qu'elle contrôle (L2312-5).

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Ce que l'élu demande et vérifie, dans l'ordre

Pour passer de la théorie à la pratique, voici une démarche en sept points que l'élu peut suivre avant la réunion de consultation sur le DUERP. Elle ne remplace pas un conseil juridique et s'adapte à la taille de l'entreprise.

Demander la dernière version et sa date ; si l'entreprise compte au moins 11 salariés, vérifier qu'elle remonte à moins d'un an ou qu'elle suit un événement précis.
Comparer les unités de travail avec la réalité : un poste récent, un sous-traitant sur site ou une activité de nuit sont-ils pris en compte ?
Rapprocher le document des accidents, des presque-accidents et des remontées du terrain.
Lire le plan d'actions : responsable, échéance, moyens, indicateur de suivi quand l'entreprise compte au moins 50 salariés.
Préparer l'avis du CSE par écrit, avec des remarques précises, et le faire figurer au procès-verbal.
Contrôler l'affichage de l'avis sur l'accès au document et les conditions de consultation.
Suivre dans le temps : consigner les actions promises et revenir dessus à chaque réunion SSCT.

Pour construire ou comparer un DUERP, le site propose le générateur de DUERP, utile pour visualiser la structure d'un document. La formation DUERP, document unique et risques professionnels détaille la méthode d'évaluation du point de vue de celui qui rédige le document ; ici, on se place du côté de celui qui le lit et le questionne.

Qui fait quoi autour du DUERP

L'employeur

  • Évalue les risques et rédige le document
  • Consulte le CSE sur le document et ses mises à jour
  • Met à jour, conserve 40 ans et rend accessible
  • Transmet chaque mise à jour au service de prévention et de santé au travail

Le CSE et sa CSSCT

  • Contribuent à l'évaluation des risques
  • Rendent un avis lors de la consultation
  • Signalent les risques non repérés
  • Suivent l'exécution des actions prévues
Sources
  • Code du travail, art. L4121-3 (évaluation des risques, contribution et consultation du CSE) — page du wiki
  • Code du travail, art. L4121-3-1 (traçabilité collective, conservation, programme annuel) et R4121-1 (document unique, inventaire par unité de travail) — Légifrance
  • Code du travail, art. R4121-2 (mise à jour) — page du wiki ; art. R4121-4 (conservation 40 ans, accès) — page du wiki
  • Code du travail, art. R4741-1, L8115-1 (6°) et L8115-3 (sanctions) — Légifrance
  • Ministère du Travail, Code du travail numérique (textes relus le 16/10/2026)
À retenir
  • Le DUERP consigne l'évaluation des risques de l'employeur, avec un inventaire par unité de travail (L4121-3, R4121-1).
  • Le CSE et la CSSCT contribuent à l'évaluation ; le CSE est consulté sur le document et ses mises à jour (L4121-3).
  • Mise à jour : au moins chaque année dès 11 salariés, lors d'un aménagement important, et dès qu'une information nouvelle apparaît (R4121-2).
  • Chaque version est conservée 40 ans et mise à disposition des travailleurs, du CSE, du service de santé au travail et des agents de contrôle (R4121-4).
  • Le dépôt sur portail numérique n'est pas applicable : le portail n'est pas en service.
  • Absence de DUERP : amende administrative (L8115-1, 6°) ; défaut de mise à jour : contravention de 5e classe (R4741-1).

Contenu relu par le Pôle Juridique & Social · Politique éditoriale