Logistique d'entrepôt
L'entrepôt, ses métiers et ses règles du jeu

Module 1 / 4  ·  Sommaire complet de la formation

Module 1 : L'entrepôt, ses métiers et ses règles du jeu 18 min de lecture

1.3 Risques en entrepôt : manutention, circulation, chutes d'objets et obligations de l'employeur

L'entrepôt est un lieu où se croisent des piétons, des chariots, des charges lourdes et des rayonnages. Ce chapitre pose le cadre de la prévention : ce que l'employeur doit mettre en place, les risques principaux, et ce que chaque salarié peut faire dès son premier jour.

Les trois situations à risque de l'INRS pour la logistique

Cour et quai

Chargement et déchargement : collisions, chutes, écrasement.

Préparation de commandes et conduite

Piétons et chariots dans les mêmes allées, manutention manuelle.

Picking et maintenance des engins

Travail en hauteur, rayonnages, interventions sur les chariots.

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Pourquoi l'accueil sécurité compte : ce que montrent les chiffres de l'INRS

L'INRS a publié un support d'accueil pour les métiers de la logistique, « TutoPrév' Accueil Logistique ». Il rappelle deux chiffres qui concernent directement les nouveaux arrivants :

  • les salariés de 18 à 24 ans ont près de deux fois plus d'accidents du travail que l'ensemble des salariés ;
  • près d'un quart des accidents du travail concernent des salariés ayant moins d'un an d'ancienneté dans l'entreprise.

L'INRS en tire une conclusion simple : le premier emploi, l'arrivée dans une nouvelle entreprise ou un changement de poste sont des moments où l'on est plus vulnérable face à des risques que l'on ne maîtrise pas encore. Il est donc indispensable que les salariés puissent repérer les dangers liés à leur situation de travail et proposer des mesures de prévention adaptées.

Les trois planches illustrées de ce support montrent justement les trois environnements du bandeau ci-dessus : la cour et le quai, la préparation de commandes avec les chariots, et le picking avec la maintenance des engins. Ce sont les trois entrées de risques que cette formation développe.

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Ce que l'employeur doit faire : évaluer, informer, former

Le Code du travail pose le principe général : l'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels, des actions d'information et de formation et la mise en place d'une organisation et de moyens adaptés (article L4121-1).

Deux obligations en découlent pour tout salarié d'entrepôt :

  • L'information sur les risques : l'employeur organise et dispense une information des travailleurs sur les risques pour la santé et la sécurité et sur les mesures prises pour y remédier (article L4141-1), d'une manière compréhensible pour chacun, à l'embauche et chaque fois que nécessaire (article R4141-2).
  • La formation à la sécurité : elle est organisée pour les travailleurs embauchés, ceux qui changent de poste ou de technique, et les salariés temporaires (article L4141-2). Elle porte sur les conditions de circulation dans l'entreprise, les conditions d'exécution du travail et la conduite à tenir en cas d'accident ou de sinistre (article R4141-3).

Concrètement, le jour de votre arrivée, vous devez être informé du plan de circulation, des zones dangereuses, des consignes d'urgence et des équipements de protection à porter. Si ce n'est pas le cas, posez la question à votre responsable : c'est votre droit et celui de vos collègues.

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Manutention manuelle : éviter, évaluer, former

La manutention manuelle est définie par le Code du travail comme toute opération de transport ou de soutien d'une charge (levage, pose, poussée, traction, port, déplacement) qui exige l'effort physique d'un ou plusieurs travailleurs (article R4541-2). La logique des textes est celle d'une priorité à la prévention :

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Éviter

L'employeur prend les mesures d'organisation appropriées ou utilise les moyens appropriés, notamment des équipements mécaniques, pour éviter le recours à la manutention manuelle (article R4541-3).

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Évaluer et aménager

Si elle ne peut pas être évitée, il évalue les risques et organise les postes pour les réduire, en mettant à disposition des aides mécaniques ou, à défaut, des accessoires de préhension (article R4541-5).

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Informer

Il veille à ce que les travailleurs reçoivent des indications sur le poids de la charge et la position de son centre de gravité ou de son côté le plus lourd (article R4541-7).

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Former

Il fait bénéficier les travailleurs d'une information sur les risques et d'une formation adéquate, essentiellement pratique, aux gestes et postures (article R4541-8).

Un seuil existe pour le port habituel de charges : lorsque la manutention manuelle est inévitable, un travailleur ne peut être admis à porter d'une façon habituelle des charges supérieures à 55 kg qu'à condition d'y avoir été reconnu apte par le médecin du travail, sans que ces charges puissent dépasser 105 kg ; le même article fixe des limites plus basses pour les femmes (article R4541-9). Les gestes et postures sont détaillés dans la formation Manutention manuelle et port de charges et dans celle consacrée aux gestes et postures.

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Circulation : piétons et engins ne partagent pas les mêmes voies

Le Code du travail demande que les lieux de travail intérieurs et extérieurs soient aménagés de telle façon que la circulation des piétons et des véhicules puisse se faire de manière sûre (article R4224-3). Les voies de circulation sont conçues pour que piétons ou véhicules puissent les utiliser facilement, en toute sécurité, et que les travailleurs employés à proximité n'encourent aucun danger (article R4214-9). Dès que l'importance de la circulation ou le danger le justifie, le marquage au sol est mis en évidence (article R4214-11).

Pour les engins mobiles, des mesures d'organisation sont prises pour éviter que des travailleurs à pied ne se trouvent dans la zone d'évolution des équipements de travail mobiles ; lorsque leur présence est néanmoins requise, des mesures sont prises pour éviter qu'ils ne soient blessés (article R4323-52). Les zones de danger qui n'ont pas pu être évitées sont signalées de manière visible et matérialisées par des dispositifs qui empêchent les travailleurs non autorisés d'y pénétrer (article R4214-14).

L'INRS décrit dans sa brochure sur les rayonnages les collisions chariot/opérateur dans les allées de service, où les opérateurs circulent ou séjournent pour confectionner ou diviser des charges ou préparer des commandes, et les collisions chariot/chariot dans des allées ou des aires de manœuvre trop réduites. Le chapitre 4.3 détaille les règles de circulation dans les allées.

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Chutes de charges et effondrement : le risque des rayonnages

La brochure INRS ED 771 sur les rayonnages métalliques identifie deux grandes familles de risques en exploitation. D'abord la chute de charges dans des zones de passage fréquent (allées de circulation, travées, postes de préparation de commandes). Elle peut avoir pour cause :

  • des palettes ou conteneurs qui n'offrent pas toutes les garanties de résistance et de tenue en service ;
  • une charge mal confectionnée, dont les éléments débordent de la palette ;
  • l'absence ou la défectuosité du dispositif de rétention (filet, housse) ;
  • un mauvais positionnement de la palette ou le dépôt d'une charge dans une alvéole déjà occupée ;
  • une mauvaise appréciation de la hauteur de pose ou de dépose.

Ensuite l'effondrement des palettiers, provoqué par des surcharges localisées ou générales (réaffectation d'un rayonnage sans tenir compte des charges maximales admissibles, éléments abîmés) ou par des heurts répétés de chariots. L'INRS note que le manque d'information et de formation et les cadences excessives sont bien souvent des facteurs aggravants.

Les mesures de prévention correspondantes (plaque de charge, vérifications, rangement des charges) sont vues aux chapitres 2.2 et 4.3.

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Éclairage, issues de secours et ordre : les bases qui évitent les accidents

Plusieurs règles simples, souvent négligées, contribuent directement à la sécurité d'un entrepôt :

  • Éclairage : le Code du travail fixe des minima d'éclairement, dont 40 lux pour les voies de circulation intérieures et 60 lux pour les escaliers et entrepôts (article R4223-4). Ce sont des planchers, pas des valeurs de confort.
  • Dégagements : les portes, couloirs, circulations, escaliers et rampes servant à l'évacuation « sont toujours libres » ; aucun objet, marchandise ou matériel ne doit faire obstacle à la circulation des personnes ou réduire leur largeur (article R4227-4).
  • Rangement : le référentiel du préparateur de commandes demande de « maintenir les portes coupe-feu et les issues de secours dégagées » et de maintenir les zones de stockage et d'évolution propres et rangées.

Un carton posé « cinq minutes » devant une issue de secours ou une palette laissée au milieu d'une allée est exactement le type de situation qui transforme une évacuation ou une manœuvre de chariot en accident. Voir aussi la formation risques incendies et le parcours sauveteur secouriste du travail.

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Équipements de protection, signalisation et alerte

Le port des équipements de protection individuelle (EPI) est requis dans les deux métiers décrits au chapitre 1.1. Le glossaire des référentiels donne des exemples : chaussures de sécurité, lunettes de protection, gants. L'employeur détermine, après consultation du comité social et économique, les conditions de mise à disposition et d'utilisation des EPI, en tenant compte de la gravité et de la fréquence du risque et des caractéristiques du poste (article R4323-97).

La signalisation de sécurité (couleurs, formes et pictogrammes des panneaux d'interdiction, d'obligation, d'avertissement, de sauvetage et d'incendie) permet de comprendre une consigne sans la lire. Pour vous entraîner, le site propose le quiz sur les panneaux de signalisation de sécurité et un générateur d'affiches de signalisation.

Enfin, le référentiel du préparateur de commandes demande d'alerter en présence d'un risque pour la santé et la sécurité des personnes, de signaler les zones de danger aux collègues et à la hiérarchie et de transmettre les consignes de sécurité aux personnes présentes. Alerter n'est pas une faute : c'est une compétence attendue.

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Cinq situations de terrain à analyser

Pour chaque situation, quelle règle du chapitre s'applique ?

Situation 1. Des cartons sont posés devant une porte coupe-feu « le temps de finir ».
Les dégagements doivent rester toujours libres et aucun objet ou marchandise ne doit faire obstacle à la circulation des personnes (article R4227-4). On déplace les cartons et on en parle au responsable.
Situation 2. Vous arrivez à votre poste et personne ne vous a parlé du plan de circulation.
L'employeur doit informer et former à la sécurité à l'embauche, notamment sur les conditions de circulation dans l'entreprise (articles R4141-2 et R4141-3). On le demande au responsable avant de circuler.
Situation 3. Un colis est annoncé sans indication de poids et il paraît très lourd.
L'employeur veille à ce que les travailleurs reçoivent des indications estimatives sur le poids de la charge et la position du centre de gravité (article R4541-7). On utilise une aide mécanique et on demande l'information.
Situation 4. Une palette est mal filmée, des cartons dépassent du bord.
L'INRS cite parmi les causes de chute de charge une charge mal confectionnée dont les éléments débordent de la palette. On refait la rétention (film, sangle) avant tout déplacement.
Situation 5. L'éclairage d'une allée est trop faible pour lire les étiquettes d'adresse.
Le Code du travail fixe des minima d'éclairement (article R4223-4) ; une zone trop sombre se signale, comme toute anomalie. On évite d'y circuler avec un engin.

Avant de commencer le poste : cinq questions à poser

Où circule-t-on ?

Plan de circulation, allées piétonnes, passages interdits.

Où sont les issues ?

Issues de secours, portes coupe-feu, point de rassemblement.

Quels EPI ?

Chaussures, gants, gilet ou autre selon le poste.

Quelles charges ?

Poids, aides mécaniques disponibles, consignes de manutention.

Qui prévenir ?

Responsable, référent sécurité, consigne en cas d'accident.

Sources

  • INRS, ED 4439 « TutoPrév' Accueil Logistique » (2023) — inrs.fr
  • INRS, ED 771 « Les rayonnages métalliques » (septembre 2017) — inrs.fr
  • Code du travail (texte consolidé) — Légifrance, articles L4121-1, L4141-1, L4141-2, R4141-2, R4141-3, R4214-9, R4214-11, R4214-14, R4223-4, R4224-3, R4227-4, R4323-52, R4323-97, R4541-1 à R4541-9
  • Ministère chargé de l'emploi, REAC du titre professionnel « Préparateur de commandes en entrepôt », TP-00468, millésime 07 (24/03/2025) — travail-emploi.gouv.fr

À retenir

  • L'INRS rappelle que les 18-24 ans ont près de deux fois plus d'accidents du travail et qu'un accident sur quatre environ concerne un salarié de moins d'un an d'ancienneté.
  • L'employeur doit évaluer les risques, informer et former (articles L4121-1, L4141-1, L4141-2), y compris sur les conditions de circulation.
  • La manutention manuelle s'évite d'abord (aides mécaniques), puis s'évalue ; au-delà de 55 kg d'usage habituel, l'aptitude médicale est requise (R4541-9).
  • Piétons et engins doivent circuler de façon sûre : voies conçues pour cela, marquage au sol, mesures pour éviter la présence de piétons dans la zone d'évolution des engins.
  • Les rayonnages exposent aux chutes de charges et à l'effondrement ; l'éclairage minimal d'un entrepôt est de 60 lux et les dégagements d'évacuation sont toujours libres.
  • Alerter en présence d'un risque est une compétence attendue, pas une faute.

Sommaire de la formation

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