Formation ADR 1.3
Identifier une marchandise dangereuse

Module 2 / 4  ·  Sommaire complet de la formation ADR

Module 2 : Identifier une marchandise dangereuse 15 min de lecture

2.1 Numéro ONU, désignation officielle et tableau A

Dans l'ADR, une marchandise dangereuse ne s'identifie pas par son nom commercial mais par une rubrique : un numéro ONU associé à une désignation. Cette rubrique renvoie à une ligne du tableau A du chapitre 3.2, qui rassemble en 20 colonnes toutes les règles applicables à la matière. Savoir lire cette ligne, c'est savoir ce que l'on expédie, charge ou réceptionne.

La carte d'identité ADR d'une matière

Cinq informations du tableau A suffisent à situer une matière. Exemple avec l'essence :

Numéro ONU
UN 1203
colonne (1)
Nom
ESSENCE
colonne (2)
Classe
3
colonne (3a)
Groupe d'emballage
II
colonne (4)
Catégorie de transport
2 (D/E)
colonne (15)

Le numéro ONU donne l'identité, la classe et le groupe d'emballage la nature et le niveau du danger, la catégorie de transport ouvre ou ferme la porte à l'exemption par unité de transport étudiée au chapitre 2.3.

1

Le numéro ONU : une rubrique, pas une molécule

Le paragraphe 2.1.1.2 de l'ADR pose un principe simple : chaque rubrique de la liste des marchandises dangereuses reçoit un numéro ONU. Ce numéro sert de clé d'entrée dans le tableau A.

Une rubrique ne correspond pas toujours à une seule substance chimique. L'ADR distingue quatre types de rubriques, du plus précis au plus large. Comprendre cette logique évite de chercher en vain un produit qui n'a pas de ligne à son nom.

Rubrique individuelle

Elle vise une matière ou un objet bien défini. Le nom du produit figure tel quel dans la colonne (2).

Rubrique générique

Elle regroupe une famille de matières ou d'objets bien définie, désignée par un nom collectif.

Rubrique n.s.a. spécifique

Rubrique « non spécifiée par ailleurs » couvrant un groupe de matières d'une nature chimique ou technique donnée, non nommées individuellement.

Rubrique n.s.a. générale

Rubrique d'accueil la plus large, pour une matière qui ne relève d'aucune des rubriques précédentes mais présente les propriétés d'une classe.

Dans la pratique, deux produits vendus sous des noms différents peuvent donc partager le même numéro ONU. À l'inverse, un même nom commercial peut recouvrir des formulations classées différemment. C'est pourquoi le numéro ONU d'un produit se confirme toujours à partir de sa composition et de sa classification, jamais à partir de son étiquette marketing.

Sur le terrain : le numéro ONU est ce qui voyage avec la marchandise. On le retrouve précédé des lettres « UN » sur chaque colis et en tête de la description de la marchandise sur le document de transport. Le chapitre 3.1 détaille ce marquage.
2

La désignation officielle de transport

Le numéro ONU ne voyage jamais seul. Il est associé au nom qui figure dans la colonne (2) du tableau A, intitulée « Nom et description ». Ce nom est la référence réglementaire : c'est lui, et non l'appellation du fournisseur, qui sert à décrire la marchandise.

Le document de transport doit ainsi mentionner, dans cet ordre et sans information intercalée, le numéro ONU précédé de « UN », la désignation officielle de transport complétée le cas échéant du nom technique, le numéro du modèle d'étiquette, le groupe d'emballage et, si le trajet emprunte un tunnel à restriction, le code tunnel (5.4.1.1.1).

Exemple construit à partir du tableau A (ce n'est pas l'exemple cité par le texte de l'ADR)
UN 1203 ESSENCE, 3, II, (D/E)
UN 1203
numéro ONU
ESSENCE
désignation
3
étiquette
II
groupe d'emballage
(D/E)
code tunnel

Certaines désignations proposent plusieurs appellations reliées par « ou ». La rubrique UN 1202 s'intitule par exemple « CARBURANT DIESEL ou GAZOLE ou HUILE DE CHAUFFE LÉGÈRE » : ces trois produits partagent la même ligne et donc les mêmes règles. Le document de transport retient l'appellation qui correspond à la marchandise réellement remise.

Pour une rubrique n.s.a., la désignation seule ne dit pas précisément ce que contient le colis. C'est pourquoi le document de transport prévoit, le cas échéant, l'ajout du nom technique de la matière à la désignation officielle : ce complément permet aux secours et aux contrôleurs de savoir de quoi il s'agit. Le chapitre 3.3 revient en détail sur le document de transport.

3

Les 20 colonnes du tableau A, et à quoi elles vous servent

Le tableau A du chapitre 3.2 est la liste des marchandises dangereuses, organisée par numéro ONU. Chaque ligne est découpée en colonnes numérotées de (1) à (20), certaines subdivisées en a et b. Les intitulés ci-dessous sont ceux du paragraphe 3.2.1.

Personne n'a besoin de maîtriser toutes les colonnes : un emballeur lit surtout les colonnes d'emballage, un chargeur celles du chargement, un réceptionnaire celles de l'identification. La troisième colonne du tableau indique l'usage concret de chaque information.

Col. Intitulé officiel À quoi elle sert pour vous
(1)Numéro ONUIdentifier la rubrique ; c'est la clé de recherche dans le tableau.
(2)Nom et descriptionVérifier que la ligne correspond bien au produit et reprendre la désignation officielle.
(3a)ClasseConnaître la nature du danger principal (chapitre 2.2).
(3b)Code de classificationPréciser le type de danger à l'intérieur de la classe.
(4)Groupe d'emballageSituer le niveau de danger de la matière : I, II ou III (chapitre 2.2).
(5)ÉtiquettesSavoir quelle(s) étiquette(s) de danger apposer sur les colis.
(6)Dispositions spécialesRepérer les règles propres à la rubrique, qui peuvent alléger ou durcir le cas général.
(7a)Quantités limitéesSavoir si le régime des quantités limitées (chapitre 3.4) est ouvert, et jusqu'à quelle valeur.
(7b)Quantités exceptéesLire le code qui ouvre, ou non, le régime des quantités exceptées (chapitre 3.5).
(8)Instructions d'emballageIdentifier les emballages autorisés pour la matière (lecture de l'emballeur).
(9a)Dispositions spéciales d'emballageCompléter les instructions d'emballage par des exigences particulières.
(9b)Dispositions relatives à l'emballage en communSavoir si la matière peut partager un même colis avec d'autres marchandises.
(10)Instructions de transport en citernes mobiles et conteneurs pour vracUniquement si la matière voyage en citerne mobile ou en vrac.
(11)Dispositions spéciales relatives aux citernes mobiles et aux conteneurs pour vracRègles complémentaires pour ces mêmes modes.
(12)Codes-citerne pour les citernes ADRLe type de citerne ADR admis (lecture du remplisseur).
(13)Dispositions spéciales pour les citernes ADRExigences particulières pour ces citernes.
(14)Véhicule pour transport en citernesLe type de véhicule-citerne exigé.
(15)Catégorie de transport / (Code de restriction en tunnels)Calculer l'exemption du 1.1.3.6 et connaître les tunnels interdits.
(16)Dispositions spéciales relatives au transport – ColisCodes « V » : conditions de transport des colis.
(17)Dispositions spéciales relatives au transport – VracCodes « VC » et « AP » : conditions du transport en vrac.
(18)Dispositions spéciales relatives au transport – Chargement, déchargement et manutentionCodes « CV » : consignes pour le chargeur, le déchargeur et le cariste.
(19)Dispositions spéciales relatives au transport – ExploitationCodes « S » : par exemple, surveillance du véhicule dans les cas visés.
(20)Numéro d'identification du dangerLe code chiffré du danger affiché sur les panneaux orange numérotés.

Lignes surlignées : les colonnes que tout intervenant doit savoir lire.

Tableau A et tableau B : l'ADR fournit aussi un tableau B, index alphabétique qui renvoie du nom vers le numéro ONU. Pratique pour démarrer une recherche, il ne fait pas partie de l'ADR au sens juridique. La référence opposable reste la ligne du tableau A.
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Lecture pas à pas : UN 1203 et UN 1202

L'essence et le gazole sont deux carburants que tout le monde connaît. Leurs lignes du tableau A montrent bien comment deux liquides de la même classe peuvent recevoir des règles différentes.

Colonne UN 1203 UN 1202
(2) Nom et descriptionESSENCECARBURANT DIESEL ou GAZOLE ou HUILE DE CHAUFFE LÉGÈRE
(3a) Classe33
(3b) Code de classificationF1F1
(4) Groupe d'emballageIIIII
(5) Étiquettes33
(7a) Quantités limitées1 L5 L
(7b) Quantités exceptéesE2E1
(15) Catégorie / code tunnel2 (D/E)3 (D/E)
(20) N° d'identification du danger3330
  1. Identifier. Même classe 3, même code F1, même étiquette 3 : les deux carburants sont des liquides inflammables.
  2. Mesurer le niveau de danger. L'essence est en groupe d'emballage II, le gazole en groupe III : l'essence est la plus dangereuse des deux.
  3. Lire les régimes allégés. Les seuils de quantités limitées (1 L contre 5 L) et les codes de quantités exceptées (E2 contre E1) suivent ce niveau de danger.
  4. Lire la colonne (15). Catégorie 2 pour l'essence, 3 pour le gazole : le gazole bénéficie d'un plafond plus large dans l'exemption du 1.1.3.6.
  5. Lire la colonne (20). 33 pour l'essence, 30 pour le gazole : deux codes différents qui traduisent deux niveaux d'inflammabilité.

Ces écarts ont des conséquences concrètes pour l'expéditeur comme pour le transporteur. Le chapitre 2.2 explique pourquoi le groupe d'emballage entraîne ces différences, et le chapitre 2.3 montre comment la catégorie de transport change le calcul d'exemption.

5

Colonnes (15) et (20) : deux cases très lues

La colonne (15) : deux informations dans une case

La case de la colonne (15) est divisée en deux (3.2.1). En haut figure la catégorie de transport, un chiffre de 0 à 4 utilisé pour l'exemption par unité de transport du 1.1.3.6. En bas, entre parenthèses, figure le code de restriction en tunnels. La mention « (-) » signifie qu'aucun code tunnel n'est attribué à la matière.

2
(D/E)

Case (15) de UN 1203 ESSENCE

3
(D/E)

Case (15) de UN 1202 GAZOLE

Pour l'essence comme pour le gazole, le code D/E signifie qu'en colis le véhicule est interdit dans les tunnels de catégorie E, et qu'en citerne il est interdit dans les tunnels de catégories D et E. Les catégories de tunnels et leur signalisation sont traitées au chapitre 4.2.

La colonne (20) : le numéro d'identification du danger

La colonne (20) donne le code chiffré qui apparaît en haut des panneaux orange numérotés, au-dessus du numéro ONU. Chaque chiffre a une signification, et le redoublement d'un chiffre traduit une intensification du danger.

  • 33 (essence) : liquide très inflammable, dont le point d'éclair est inférieur à 23 °C.
  • 30 (gazole) : liquide inflammable, dont le point d'éclair est compris entre 23 °C et 60 °C inclus.

Attention : en transport de colis, les panneaux orange avant et arrière restent neutres, sans chiffres. Les panneaux numérotés concernent les citernes et le vrac. La lecture complète de ces codes fait l'objet du chapitre 3.2.

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6

La méthode : de la FDS au tableau A

Pour un produit acheté ou fabriqué, le point de départ le plus fiable est sa fiche de données de sécurité (FDS). Elle comporte une rubrique consacrée aux informations relatives au transport, où le fournisseur indique le numéro ONU, la désignation, la classe et le groupe d'emballage.

Cette même FDS contient aussi les mentions de danger CLP (phrases H) et les conseils de prudence. Attention à ne pas les confondre : la classification CLP, qui régit l'étiquetage des produits chimiques, et la classe ADR, qui régit leur transport, sont deux systèmes distincts. Pour déchiffrer les phrases H et P, le décodeur des mentions de danger H et P fait gagner du temps.

1

Ouvrir la FDS à la rubrique « informations relatives au transport ».

2

Relever le numéro ONU et la désignation proposés.

3

Retrouver la ligne dans le tableau A de l'édition en vigueur.

4

Contrôler classe, groupe d'emballage et colonnes utiles à sa fonction.

La vérification dans le tableau A n'est pas une formalité : une FDS peut dater d'une édition antérieure de l'ADR, et c'est l'expéditeur qui porte la responsabilité de remettre au transport des marchandises classées et autorisées (1.4.2.1.1). Les dangers pour la santé et l'environnement décrits dans la FDS relèvent, eux, de la prévention du risque chimique au poste de travail, traitée dans la formation au risque chimique.

Les erreurs fréquentes

Chercher par nom commercial. Un nom de marque ne figure jamais au tableau A. On part du numéro ONU, ou à défaut de la composition.
Ignorer la mention n.s.a. Une rubrique n.s.a. est une rubrique d'accueil : vérifier si le nom technique doit compléter la désignation, sans quoi les secours restent dans le flou.
S'arrêter au tableau B. L'index alphabétique n'a pas de valeur juridique : la ligne du tableau A fait foi.
Confondre classe et numéro de danger. Le 3 de la classe et le 33 de la colonne (20) ne sont pas la même information.

Essence ou gazole : deux fiches côte à côte

331203

UN 1203 ESSENCE

  • Classe 3, code F1, étiquette 3
  • Groupe d'emballage II
  • LQ 1 L · EQ E2
  • Catégorie de transport 2, tunnel (D/E)
  • Danger 33 : point d'éclair inférieur à 23 °C
301202

UN 1202 GAZOLE

  • Classe 3, code F1, étiquette 3
  • Groupe d'emballage III
  • LQ 5 L · EQ E1
  • Catégorie de transport 3, tunnel (D/E)
  • Danger 30 : point d'éclair de 23 °C à 60 °C inclus

Panneaux numérotés tels qu'ils figurent sur une citerne transportant une seule de ces matières ; un transport en colis porte des panneaux orange neutres.

Sources

  • ADR 2025, § 2.1.1.2 (rubriques et numéros ONU), § 3.2.1 et tableau A du chapitre 3.2, introduction (tableau B) — CEE-ONU (unece.org)
  • ADR 2025, § 1.4.2.1.1 (obligations de l'expéditeur), § 5.4.1.1.1 (document de transport), § 5.3.2 (panneaux orange), § 8.6.4 (codes tunnels) — CEE-ONU (unece.org)
  • Ministère chargé des transports, réglementation du transport de marchandises dangereuses — ecologie.gouv.fr

À retenir

  • Chaque rubrique de l'ADR porte un numéro ONU ; il existe des rubriques individuelles, génériques et n.s.a. (2.1.1.2).
  • La matière se décrit par sa désignation officielle (colonne 2), jamais par son nom commercial.
  • Le tableau A du chapitre 3.2 compte 20 colonnes ; le tableau B n'est qu'un index sans valeur juridique.
  • UN 1203 essence : classe 3, GE II, LQ 1 L, E2, catégorie 2, danger 33.
  • UN 1202 gazole : classe 3, GE III, LQ 5 L, E1, catégorie 3, danger 30.
  • Colonne (15) : catégorie de transport en haut, code tunnel entre parenthèses en bas, « (-) » s'il n'y en a pas.

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