Module 3 / 4 · Sommaire complet de la formation ADR
3.2 Panneaux orange et plaques-étiquettes du véhicule
Le colis se lit de près ; le véhicule doit se lire de loin. Deux dispositifs remplissent ce rôle : le panneau orange, rectangle rétroréfléchissant placé à l'avant et à l'arrière, et la plaque-étiquette, grand losange de danger. Quand il est numéroté, le panneau orange porte en haut le numéro d'identification du danger et en bas le numéro ONU : deux lignes de chiffres qui renseignent les secours avant même qu'ils approchent.
Anatomie d'un panneau orange numéroté
Exemple : citerne d'essence
- HautNuméro d'identification du danger : 33 = matière liquide très inflammable (point d'éclair inférieur à 23 °C).
- BasNuméro ONU : 1203 = ESSENCE, la rubrique du tableau A.
- TraitLigne noire horizontale de 15 mm qui sépare les deux numéros ; chiffres noirs de 100 mm de haut, trait de 15 mm (5.3.2.2.2).
- Cadre40 cm × 30 cm, bordure noire de 15 mm, fond orange rétroréfléchissant (5.3.2.2.1).
Le numéro d'identification du danger d'une matière se lit en colonne (20) du tableau A, présenté au chapitre 2.1.
Les plaques-étiquettes : le losange en grand format
Le chapitre 5.3 de l'ADR s'intitule « Placardage et signalisation orange des conteneurs, conteneurs pour vrac, CGEM, MEMU, conteneurs-citernes, citernes mobiles et véhicules ». Il réunit deux familles de signalisation : le placardage (section 5.3.1), c'est-à-dire les plaques-étiquettes, et la signalisation orange (section 5.3.2).
La plaque-étiquette reprend le principe du losange de danger étudié au chapitre 3.1, à une autre échelle. Le 5.3.1.7.1 en fixe les dimensions :
250 mm
côté minimal du losange, mesuré jusqu'au bord (250 × 250 mm)
12,5 mm
distance de la ligne intérieure au bord
25 mm
hauteur minimale du chiffre de classe
Les cas où ces plaques doivent être apposées dépendent de l'engin (conteneur, citerne, véhicule pour vrac…) et sont détaillés au 5.3.1. Pour le personnel de quai, l'essentiel est de savoir qu'une plaque-étiquette se lit exactement comme une étiquette de colis : symbole en haut, chiffre de classe en bas, et qu'elle doit correspondre aux marchandises effectivement chargées.
Le panneau orange : emplacement, dimensions, résistance
Une unité de transport qui transporte des marchandises dangereuses porte deux panneaux orange rectangulaires, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière (5.3.2.1.1). Leur format est normalisé pour qu'un policier, un pompier ou un autre usager les reconnaisse sans hésiter.
| Caractéristique | Exigence | Paragraphe |
|---|---|---|
| Surface | Rétroréfléchissante, orange | 5.3.2.2.1 |
| Dimensions | 40 cm de base × 30 cm de haut, bordure noire de 15 mm | 5.3.2.2.1 |
| Format réduit | Jusqu'à 300 mm × 120 mm, bordure de 10 mm, si la surface disponible ne permet pas le format normal | 5.3.2.2.1 |
| Tenue au feu | Résister à un incendie d'une durée de 15 minutes | 5.3.2.2.1 |
| Chiffres | Noirs, 100 mm de haut, trait de 15 mm ; numéro de danger en haut, numéro ONU en bas, ligne noire de séparation de 15 mm | 5.3.2.2.2 |
| Tolérance | ± 10 % sur les dimensions | 5.3.2.2.4 |
La résistance au feu n'est pas un détail de fabrication. En cas d'incendie du véhicule, c'est précisément le moment où les secours ont besoin de lire le panneau. Pour la même raison, un panneau qui ne correspond plus au chargement doit être enlevé ou couvert ; la couverture doit être totale et rester efficace après 15 minutes d'incendie (5.3.2.1.8). Un panneau erroné peut orienter l'intervention sur un danger qui n'existe pas.
Panneau neutre ou panneau numéroté ?
Tous les panneaux orange ne portent pas de chiffres. La distinction suit le mode de transport.
Panneau neutre
Les panneaux avant et arrière du 5.3.2.1.1 sont neutres, sans chiffres. Un véhicule qui transporte des colis ne porte que des panneaux neutres : le contenu, souvent varié, est décrit par le document de transport et les étiquettes des colis.
Panneau numéroté
Des panneaux portant le numéro de danger et le numéro ONU sont exigés sur les côtés de chaque citerne ou compartiment de citerne (5.3.2.1.2) et des véhicules et conteneurs pour vrac (5.3.2.1.4).
Deux aménagements à connaître
- Une seule matière : lorsqu'une citerne ou un véhicule pour vrac ne transporte qu'une seule matière dangereuse, les panneaux numérotés peuvent être placés à l'avant et à l'arrière à la place des panneaux latéraux (5.3.2.1.6).
- Carburants : pour les citernes qui transportent les nos ONU 1202, 1203, 1223 et 3475, les panneaux avant et arrière peuvent porter les numéros de la matière la plus dangereuse, celle qui a le point d'éclair le plus bas (5.3.2.1.3). Une citerne à compartiments chargée d'essence et de gazole peut ainsi afficher 33 / 1203 à l'avant et à l'arrière.
Les panneaux numérotés des citernes, et les pièges qu'ils réservent, sont repris dans le test ADR citernes. Au-delà de certains volumes, la conduite d'une citerne exige le certificat de formation du conducteur avec spécialisation citernes, décrit sur la fiche métier chauffeur citerne.
Lire le numéro d'identification du danger
Le numéro du haut n'est pas un code arbitraire. Il se compose de deux ou trois chiffres, chacun renvoyant à un danger défini au 5.3.2.3.1. Quatre règles de lecture complètent cette grille.
Le doublement
« Le doublement d'un chiffre indique une intensification du danger afférent » : 33 est plus inflammable que 30.
Le zéro
Quand un seul chiffre suffit à décrire le danger, il est complété par zéro : 30, 20, 50…
La lettre X
Placée devant le numéro, elle signale une matière qui « réagit dangereusement avec l'eau ». Pour de telles matières, l'eau ne peut être utilisée « qu'avec l'agrément d'experts ».
La classe 1
Pour les explosibles, le code de classification (par exemple 1.4S) tient lieu de numéro d'identification du danger.
Certaines combinaisons ont une signification spéciale, précisée au 5.3.2.3.1 : 22, 323, 333, 362, 382, 423, 44, 446, 462, 482, 539, 606, 623, 642, 823, 842, 90 et 99. Leur libellé exact doit être lu dans le texte, sans déduction chiffre par chiffre.
Cinq numéros courants (5.3.2.3.2)
| Numéro | Signification officielle | Exemple |
|---|---|---|
| 33 | Matière liquide très inflammable (point d'éclair inférieur à 23 °C) | Essence, UN 1203 |
| 30 | Matière liquide inflammable (point d'éclair de 23 °C à 60 °C, valeurs limites comprises), ou matière liquide inflammable ou matière solide à l'état fondu ayant un point d'éclair supérieur à 60 °C, chauffée à une température égale ou supérieure à son point d'éclair, ou matière liquide auto-échauffante | Gazole, UN 1202 |
| 23 | Gaz inflammable | — |
| 20 | Gaz asphyxiant ou qui ne présente pas de danger subsidiaire | — |
| 26 | Gaz toxique | — |
L'essence et le gazole illustrent bien le doublement : même chiffre 3, même classe 3, mais un point d'éclair inférieur à 23 °C pour l'essence, qui passe à 33, contre 23 à 60 °C pour le gazole, qui reste à 30.
Qui appose, qui vérifie, qui retire
La signalisation d'un véhicule passe entre plusieurs mains. Chaque intervenant du chapitre 1.4 en porte une part précise.
| Intervenant | Obligation | Référence |
|---|---|---|
| Chargeur | Observe les prescriptions de signalisation (placardage, marquage, signalisation orange) après le chargement d'un conteneur | 1.4.3.1.1 |
| Remplisseur | Veille à l'apposition des plaques-étiquettes et des panneaux orange prescrits sur la citerne, le véhicule ou le conteneur qu'il remplit | 1.4.3.3 |
| Expéditeur | Veille à la signalisation des citernes vides non nettoyées | 1.4.2.1.1 |
| Transporteur | Vérifie que les plaques-étiquettes, marques et panneaux orange prescrits sont apposés ; n'achemine pas l'envoi avant mise en conformité s'il constate une infraction | 1.4.2.2.1 ; 1.4.2.2.3 |
| Déchargeur | Retire la signalisation des conteneurs déchargés et nettoyés | 1.4.3.7.1 |
En France, un contrôle supplémentaire intervient au départ : le responsable de l'établissement où s'effectue le chargement ou le remplissage s'assure notamment que l'unité de transport est correctement signalisée et placardée à la sortie ; à défaut, « le transport ne doit pas être effectué » (arrêté TMD, annexe I, 2.1.1). Ce point est repris avec les documents au chapitre 3.3.
La signalisation a aussi des effets sur l'itinéraire. Les restrictions de passage en tunnels s'appliquent aux unités de transport qui portent une signalisation orange, comme l'explique le chapitre 4.2. Et en cas d'accident, le panneau renseigne les services d'urgence sur la matière : la conduite à tenir est détaillée au chapitre 4.3.
Quand le véhicule n'est pas signalé, et ce que coûte un oubli
Sous l'exemption 1.1.3.6
Lorsque le chargement en colis reste sous le seuil des 1 000 points, le chapitre 5.3 ne s'applique pas (1.1.3.6.2) : ni panneaux orange, ni plaques-étiquettes. Les colis gardent en revanche leurs marques et étiquettes, et le document de transport reste obligatoire. Le calcul lui-même est expliqué au chapitre 2.3.
Les quantités limitées
Pour les colis en quantités limitées, au-delà de certains seuils, le véhicule porte la marque LQ à l'avant et à l'arrière ; cette marque n'est pas exigée lorsqu'une signalisation orange est déjà prescrite. Les deux conditions de ce marquage sont détaillées au chapitre 2.3.
La sanction pénale en France
L'ADR ne fixe aucune sanction ; elles relèvent du droit national. En France, l'article L1252-5 du Code des transports punit d'un an d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende le fait de transporter des marchandises dangereuses sans avoir mis en place la signalisation extérieure requise (5°). Les peines sont portées à 3 ans et 250 000 € lorsque l'infraction expose directement la faune, la flore ou la qualité de l'eau à un risque immédiat d'atteinte grave et durable.
Décodeur des chiffres du panneau orange (5.3.2.3.1)
Émanation de gaz résultant de pression ou d'une réaction chimique
Inflammabilité de matières liquides (vapeurs) et gaz ou matière liquide auto-échauffante
Inflammabilité de matière solide ou matière solide auto-échauffante
Comburant (favorise l'incendie)
Toxicité ou danger d'infection
Radioactivité
Corrosivité
Danger de réaction violente spontanée
Réagit dangereusement avec l'eau : l'eau ne peut être utilisée qu'avec l'agrément d'experts
Le 9 peut correspondre à un danger d'explosion, de désagrégation ou de polymérisation avec dégagement de chaleur considérable ou de gaz inflammables et/ou toxiques (NOTA du 5.3.2.3.1).
Sources
- ADR 2025, Volume II, chapitre 5.3 : § 5.3.1.7.1, 5.3.2.1.1 à 5.3.2.1.8, 5.3.2.2.1, 5.3.2.2.2, 5.3.2.2.4, 5.3.2.3.1, 5.3.2.3.2 — CEE-ONU (unece.org)
- ADR 2025, § 1.1.3.6.2, 1.4.2.1.1, 1.4.2.2.1, 1.4.2.2.3, 1.4.3.1.1, 1.4.3.3, 1.4.3.7.1, Introduction (sanctions) — CEE-ONU (unece.org)
- Code des transports, article L1252-5 ; arrêté du 29 mai 2009 modifié (arrêté TMD), annexe I, 2.1.1 — Légifrance
À retenir
- Deux panneaux orange, à l'avant et à l'arrière : 40 × 30 cm, bordure de 15 mm, chiffres de 100 mm, tenue de 15 minutes au feu (5.3.2.1.1, 5.3.2.2.1, 5.3.2.2.2).
- Transport de colis : panneaux neutres. Citernes et vrac : panneaux numérotés sur les côtés, ou à l'avant et à l'arrière pour une matière unique.
- En haut, le numéro de danger ; en bas, le numéro ONU. 33 = liquide très inflammable (essence), 30 = liquide inflammable (gazole).
- Chiffre doublé = danger intensifié ; X = réagit dangereusement avec l'eau, eau seulement avec l'agrément d'experts.
- Plaque-étiquette : losange de 250 × 250 mm minimum, chiffre de classe d'au moins 25 mm (5.3.1.7.1).
- Sous 1.1.3.6, pas de panneaux ; sinon, transporter sans signalisation requise est puni d'1 an et 30 000 € (L1252-5).