Module 3 / 4 · Sommaire complet de la formation ADR
3.1 Emballages, marquage et étiquettes de danger des colis
Un colis de marchandises dangereuses doit se lire sans l'ouvrir. Trois éléments y suffisent : la marque « UN » suivie du numéro ONU, qui dit ce que contient le colis ; l'étiquette de danger en losange, qui dit quel danger il présente ; et, selon les cas, des marques complémentaires (environnement, flèches d'orientation). Ce chapitre apprend à les reconnaître et à repérer un colis qui ne doit pas partir.
Les modèles d'étiquettes de danger en un coup d'œil
Chaque losange associe un symbole (moitié supérieure), une couleur de fond et un chiffre de classe (coin inférieur). Le numéro affiché sous chaque étiquette est celui du modèle, repris en colonne (5) du tableau A et sur le document de transport.
Modèle 1
Matières et objets explosibles (divisions 1.1, 1.2, 1.3)
Modèle 1.4
Explosibles de la division 1.4 (1.5 et 1.6 sur le même modèle)
Modèle 2.1
Gaz inflammables
Modèle 2.2
Gaz ininflammables, non toxiques
Modèle 2.3
Gaz toxiques
Modèle 3
Liquides inflammables
Modèle 4.1
Solides inflammables, matières autoréactives…
Modèle 4.2
Matières sujettes à l'inflammation spontanée
Modèle 4.3
Au contact de l'eau, dégagent des gaz inflammables
Modèle 5.1
Matières comburantes
Modèle 5.2
Peroxydes organiques
Modèle 6.1
Matières toxiques
Modèle 6.2
Matières infectieuses
Modèle 7A
Radioactives, catégorie I-BLANCHE (une barre rouge)
Modèle 7B
Radioactives, catégorie II-JAUNE (deux barres rouges)
Modèle 7C
Radioactives, catégorie III-JAUNE (trois barres rouges)
Modèle 7E
Matières fissiles
Modèle 8
Matières corrosives
Modèle 9
Matières et objets dangereux divers
Modèle 9A
Divers, modèle des piles et batteries au lithium
Représentation simplifiée, à visée pédagogique : les symboles sont approchés par des icônes. Les modèles officiels, seuls opposables, figurent au 5.2.2.2.2 de l'ADR.
Emballer et marquer : qui en porte la responsabilité
Le marquage d'un colis n'est pas l'affaire du seul conducteur. L'ADR répartit les tâches entre plusieurs intervenants, présentés au chapitre 1.3. Pour les colis, trois rôles sont en première ligne, et un même salarié peut en cumuler plusieurs.
L'expéditeur
Il remet au transport un envoi conforme. Il n'utilise que des emballages, GRV et citernes agréés, aptes au transport des marchandises concernées et marqués conformément à l'ADR (1.4.2.1.1).
L'emballeur
Il respecte les conditions d'emballage et d'emballage en commun, et appose les marques et étiquettes de danger sur les colis (1.4.3.2).
Le chargeur
Il vérifie si l'emballage est endommagé et ne remet pas un colis non étanche tant que le dommage n'est pas réparé (1.4.3.1.1).
En pratique, l'emballeur applique les étiquettes que l'expéditeur a déterminées à partir du tableau A. La colonne (5) indique le ou les modèles d'étiquettes à apposer ; une matière qui présente un danger subsidiaire en porte plusieurs. La lecture de cette colonne est expliquée au chapitre 2.1.
Le chargeur, lui, voit le colis en dernier avant le véhicule. Son contrôle est visuel : un carton imbibé, un fût cabossé qui suinte, un bidon dont le bouchon fuit ne partent pas. Le déchargeur a une obligation symétrique à l'arrivée : il vérifie les dommages avant et pendant le déchargement et contrôle que les colis correspondent au document de transport (1.4.3.7.1).
La marque « UN » et le numéro ONU sur chaque colis
Premier élément à chercher sur un colis : le numéro ONU précédé des lettres « UN », par exemple « UN 1203 » pour l'essence. Le 5.2.1.1 impose cette marque sur chaque colis. C'est elle qui relie physiquement le colis à sa ligne du tableau A et à la mention a) du document de transport.
Hauteur minimale des caractères (5.2.1.1)
- 12 mm en règle générale ;
- 6 mm pour les colis de 30 litres ou 30 kg nets au plus, et pour les bouteilles de 60 litres au plus ;
- une taille appropriée pour les colis de 5 litres ou 5 kg au plus.
La marque doit aussi rester exploitable pendant tout le trajet. Le 5.2.1.2 exige des marques visibles, lisibles et résistantes aux intempéries. Une étiquette manuscrite délavée, un numéro caché par un film étirable opaque ou masqué par un autre colis ne remplissent pas cette condition.
Le numéro ONU d'un colis n'est pas un code interne. Il désigne une rubrique précise de l'ADR, avec sa classe, son groupe d'emballage et ses dispositions, présentées au chapitre 2.1. Un écart entre le numéro du colis et celui du document de transport est un signal d'arrêt, pas un détail administratif.
Les étiquettes de danger : règles communes et vingt modèles
Une forme et des dimensions communes
Toutes les étiquettes de danger ont la forme d'un carré posé sur un sommet, c'est-à-dire un losange. Leurs dimensions minimales sont de 100 mm × 100 mm, avec une ligne intérieure parallèle au bord, tracée à environ 5 mm de celui-ci (5.2.2.2.1.1.2). La ligne de la moitié supérieure prend la couleur du symbole, celle de la moitié inférieure la couleur du chiffre du coin inférieur.
Deux moitiés, deux informations
- Moitié supérieure : le signe conventionnel (flamme, tête de mort, trèfle…), remplacé par le numéro de division pour les modèles 1.4, 1.5 et 1.6, et par le mot « FISSILE » pour le modèle 7E.
- Moitié inférieure : le numéro de la classe dans le coin. Pour les classes 4.1, 4.2 et 4.3, on inscrit « 4 » ; pour les classes 6.1 et 6.2, « 6 » (5.2.2.2.1.3). Les classes 5.1 et 5.2 gardent leur numéro complet.
Les signes sont noirs sur toutes les étiquettes, avec quelques exceptions prévues au 5.2.2.2.1.6 : sur l'étiquette 8, le texte et le chiffre sont blancs ; sur les étiquettes à fond vert, rouge ou bleu, ils peuvent être blancs ; sur l'étiquette 5.2, le symbole peut être blanc ; sur l'étiquette 2.1 apposée sur des bouteilles et cartouches de GPL, il peut prendre la couleur du récipient si le contraste est suffisant.
Le tableau des modèles (5.2.2.2.2)
| Modèle | Signe conventionnel | Fond | Chiffre du coin inférieur |
|---|---|---|---|
| 1 (divisions 1.1, 1.2, 1.3) | Bombe explosant, noir | Orange | 1, noir |
| 1.4, 1.5, 1.6 | Chiffres « 1.4 », « 1.5 » ou « 1.6 », noirs | Orange | 1, noir, avec le groupe de compatibilité |
| 2.1 Gaz inflammables | Flamme, noir ou blanc | Rouge | 2, noir ou blanc |
| 2.2 Gaz ininflammables, non toxiques | Bouteille à gaz, noir ou blanc | Vert | 2, noir ou blanc |
| 2.3 Gaz toxiques | Tête de mort sur deux tibias, noir | Blanc | 2, noir |
| 3 Liquides inflammables | Flamme, noir ou blanc | Rouge | 3, noir ou blanc |
| 4.1 | Flamme, noir | Blanc, barré de sept bandes verticales rouges | 4, noir |
| 4.2 | Flamme, noir | Moitié supérieure blanche, moitié inférieure rouge | 4, noir |
| 4.3 | Flamme, noir ou blanc | Bleu | 4, noir ou blanc |
| 5.1 Matières comburantes | Flamme au-dessus d'un cercle, noir | Jaune | 5.1, noir |
| 5.2 Peroxydes organiques | Flamme, noir ou blanc | Moitié supérieure rouge, moitié inférieure jaune | 5.2, noir |
| 6.1 Matières toxiques | Tête de mort sur deux tibias, noir | Blanc | 6, noir |
| 6.2 Matières infectieuses | Trois croissants sur un cercle, noir | Blanc | 6, noir |
| 7A Catégorie I-BLANCHE | Trèfle, noir ; « RADIOACTIVE » suivi d'une barre verticale rouge | Blanc | 7, noir |
| 7B Catégorie II-JAUNE | Trèfle, noir ; deux barres verticales rouges ; encadré « TRANSPORT INDEX » | Moitié supérieure jaune à bordure blanche, moitié inférieure blanche | 7, noir |
| 7C Catégorie III-JAUNE | Comme 7B, avec trois barres verticales rouges | Comme 7B | 7, noir |
| 7E Matières fissiles | Mot « FISSILE » ; encadré « CRITICALITY SAFETY INDEX » | Blanc | 7, noir |
| 8 Matières corrosives | Liquides déversés de deux tubes à essai en verre et attaquant une main et un métal, noir | Moitié supérieure blanche, moitié inférieure noire à bordure blanche | 8, blanc |
| 9 | Sept lignes verticales dans la moitié supérieure, noir | Blanc | 9 souligné, noir |
| 9A | Sept lignes verticales en haut ; en bas, un groupe de piles et batteries, l'une endommagée, avec une flamme, noir | Blanc | 9 souligné, noir |
Deux paires se ressemblent au premier regard. Les étiquettes 2.1 et 3 portent toutes deux une flamme sur fond rouge : seul le chiffre du coin inférieur les distingue, 2 pour un gaz inflammable, 3 pour un liquide inflammable. Les étiquettes 2.3 et 6.1 portent la même tête de mort sur fond blanc : 2 pour un gaz toxique, 6 pour une matière toxique. Le réflexe à prendre est donc simple : toujours lire le chiffre du bas.
Marque environnement et flèches d'orientation
La marque « matière dangereuse pour l'environnement »
Schéma simplifié
Les matières qui répondent aux critères du 2.2.9.1.10 portent une marque supplémentaire : un losange au symbole d'un poisson et d'un arbre, noir sur fond blanc ou suffisamment contrasté. Dimensions minimales : 100 mm × 100 mm, avec une ligne d'au moins 2 mm ; réduction possible si la taille du colis l'exige, la marque restant bien visible (5.2.1.8.3).
Elle se place à côté de la marque UN et s'ajoute aux étiquettes de danger, sans les remplacer.
Les flèches d'orientation
Deux flèches vers le haut
Le 5.2.1.10.1 impose des flèches d'orientation sur les emballages combinés contenant des liquides, les emballages simples munis d'évents, les récipients cryogéniques et les machines contenant des liquides. Elles figurent sur deux faces verticales opposées et pointent vers le haut.
Ces flèches engagent aussi celui qui charge : les colis et suremballages sont orientés conformément à ces marques, et les marchandises dangereuses liquides sont, lorsque cela est faisable, chargées en dessous des marchandises dangereuses sèches (7.5.1.5). Un carton de bidons posé à plat ou retourné sur une palette est donc une faute de chargement, pas une simple maladresse.
LQ, exemption 1.1.3.6, pictogrammes CLP : trois confusions à éviter
Les colis en quantités limitées ou exceptées
Les colis expédiés en quantités limitées portent la marque LQ en losange noir et blanc, et ceux en quantités exceptées une marque carrée hachurée : ces deux régimes ont leur propre marquage, détaillé au chapitre 2.3. Un colis LQ ne se lit donc pas comme un colis étiqueté classiquement.
L'exemption 1.1.3.6 ne lève pas le marquage
L'exemption liée aux quantités par unité de transport allège surtout le véhicule : plus de panneaux orange ni de consignes écrites. Elle ne touche pas au colis. Le marquage et l'étiquetage du chapitre 5.2 ne figurent pas dans la liste des prescriptions écartées par le 1.1.3.6.2 : un jerrican d'essence transporté sous exemption porte toujours sa marque UN et son étiquette 3.
Étiquette ADR et pictogramme CLP : deux réglementations
Sur un bidon de produit chimique, on voit souvent deux jeux de losanges. Les pictogrammes CLP, à bordure rouge sur fond blanc, relèvent de l'étiquetage des produits pour l'utilisateur. Les étiquettes de danger ADR, avec leurs fonds colorés et leur chiffre de classe, relèvent du transport. Les deux peuvent coexister sur un même emballage, mais l'un ne remplace pas l'autre.
Pour réviser les pictogrammes de l'étiquetage des produits, le test sur les pictogrammes CLP et les EPI propose des mises en situation, et le décodeur des mentions H et P traduit les phrases de danger d'une fiche de données de sécurité. La démarche de prévention autour des produits eux-mêmes est traitée dans la formation au risque chimique.
En situation : lire un colis de jerricans d'essence
Un cariste prépare une palette de cartons contenant des jerricans d'essence, pour un envoi en colis. Voici ce qu'il doit retrouver sur chaque carton, et d'où vient chaque information.
| Ce qui doit figurer | Pour l'essence | Référence |
|---|---|---|
| Marque UN et numéro ONU | UN 1203 | 5.2.1.1 ; tableau A, colonne (1) |
| Étiquette de danger | Modèle 3 : flamme sur fond rouge, chiffre 3 | 5.2.2 ; tableau A, colonne (5) |
| Flèches d'orientation | Oui, sur deux faces opposées (emballage combiné contenant un liquide) | 5.2.1.10.1 |
| Emballage | Agréé, apte et marqué | 1.4.2.1.1 ; tableau A, colonne (8) |
Sur la palette, les cartons sont posés flèches vers le haut. S'ils voisinent avec des colis de matières sèches, ils sont placés en dessous chaque fois que c'est faisable (7.5.1.5). Un carton mouillé ou qui dégage une odeur d'essence est écarté : il ne sera remis au transport qu'une fois le dommage réparé (1.4.3.1.1).
Ce contrôle fait partie du quotidien des magasiniers-caristes qui préparent des expéditions de marchandises dangereuses. La signalisation du véhicule qui emportera la palette fait l'objet du chapitre 3.2.
Contrôle d'un colis avant chargement
- Marque UN lisible, identique au numéro porté sur le document de transport.
- Étiquette(s) de danger présentes, entières, conformes à la colonne (5) du tableau A ; chiffre du coin inférieur vérifié.
- Marque environnement à côté de la marque UN lorsque la matière y est soumise et que l'emballage dépasse 5 l ou 5 kg.
- Flèches d'orientation sur deux faces opposées pour les liquides en emballage combiné ; colis posé dans le bon sens.
- Emballage intact : ni fuite, ni suintement, ni déformation qui compromette l'étanchéité.
- Un doute ? Le colis reste à quai et l'encadrement est prévenu. Un colis non étanche ne part pas tant que le dommage n'est pas réparé.
Sources
- ADR 2025, Volume II, chapitre 5.2 « Marquage et étiquetage » : § 5.2.1.1, 5.2.1.2, 5.2.1.8, 5.2.1.10.1, 5.2.2.2.1, 5.2.2.2.2 — CEE-ONU (unece.org)
- ADR 2025, § 1.4.2.1.1, 1.4.3.1.1, 1.4.3.2, 1.4.3.7.1 (obligations des intervenants), § 1.1.3.6.2, § 7.5.1.5 — CEE-ONU (unece.org)
- Ministère chargé des transports, « La réglementation du transport de marchandises dangereuses (TMD) » — ecologie.gouv.fr
À retenir
- Chaque colis porte le numéro ONU précédé de « UN », en 12 mm minimum (6 mm pour les petits colis), visible, lisible et résistant aux intempéries.
- Étiquette de danger : losange de 100 × 100 mm minimum, ligne à environ 5 mm du bord, symbole en haut, chiffre de classe en bas (« 4 » pour 4.1 à 4.3, « 6 » pour 6.1 et 6.2).
- Flamme sur fond rouge : 2 en bas = gaz inflammable (2.1), 3 en bas = liquide inflammable. Toujours lire le chiffre du coin inférieur.
- Marque environnement : poisson et arbre, 100 × 100 mm, à côté de la marque UN, sauf emballages de 5 l ou 5 kg au plus.
- Flèches d'orientation sur deux faces opposées ; colis chargés dans leur sens, liquides sous les sèches lorsque c'est faisable (7.5.1.5).
- L'exemption 1.1.3.6 ne lève ni le marquage ni l'étiquetage des colis ; un colis non étanche n'est pas remis au transport.