Module 3 / 4 · Sommaire complet de la formation convoi exceptionnel
3.2 Le véhicule pilote et le véhicule de protection arrière
La « voiture pilote » du langage courant est, dans les textes, un véhicule de protection. Couleur, type de véhicule, feu tournant, panneaux, gilet : l'arrêté du 4 mai 2006 fixe précisément ce qu'il doit être. Il fixe aussi, en creux, ce que son conducteur ne peut pas faire. Ce chapitre passe en revue le véhicule, son équipement et le rôle réel de celui qui le conduit.
Qui se place où : l'encadrement du convoi
Sens de marche vers la droite. Avec un seul véhicule de protection, c'est le véhicule pilote, placé devant (article 13).
Quel véhicule peut servir de voiture pilote ?
L'article 13 de l'arrêté du 4 mai 2006 ne laisse pas le choix du véhicule au hasard. Trois exigences s'appliquent aux véhicules de protection, qu'ils soient placés devant ou derrière le convoi.
| Exigence | Ce que dit l'article 13 |
|---|---|
| Couleur | « de couleur jaune RAL 1004, RAL 1032 ou équivalent » |
| Type de véhicule | « voitures particulières ou camionnettes, de type réceptionné VP ou CTTE » |
| Remorque | les véhicules de protection « ne doivent pas tracter une remorque » |
La couleur jaune n'est pas un choix esthétique. Elle rend le véhicule immédiatement identifiable comme partie d'un convoi, de loin et avant même que les panneaux soient lisibles. Le texte cite deux teintes de jaune du nuancier RAL, 1004 et 1032, et admet une teinte « équivalente ».
L'arrêté prévoit des dérogations à cette exigence de couleur pour les convois militaires et pour les transports réalisés sous autorisation de portée locale. En dehors de ces cas, un véhicule de protection d'une autre couleur n'est pas conforme.
On comprend l'interdiction de tracter une remorque : le véhicule de protection doit pouvoir se placer, s'arrêter et repartir rapidement, sans l'encombrement et l'inertie d'un attelage.
Feu tournant, panneaux et bandes : la signalisation obligatoire
La signalisation des véhicules de protection est fixée par l'article 16 de l'arrêté, dans sa version en vigueur depuis le 21 juin 2019. Elle comprend quatre éléments.
« d'un feu tournant de type homologué au minimum, fonctionnant jour et nuit ».
« d'un ou de deux panneaux rectangulaires "convoi exceptionnel" », placés verticalement sur le toit.
Conformes aux dispositions de l'arrêté du 20 janvier 1987 modifié.
Allumés, comme sur le convoi lui-même.
Les panneaux « convoi exceptionnel » sont les mêmes que ceux du convoi : fond jaune et inscription en lettres noires. Leurs dimensions et leurs caractéristiques sont présentées au chapitre 2.1. Le véhicule de protection annonce ainsi le convoi avec le même message que celui que porte le véhicule accompagné.
L'article 16 parle de feux tournants « de type homologué » sans en préciser la couleur. Le point à vérifier sur le véhicule est l'homologation du feu et son fonctionnement, de jour comme de nuit.
Descendre sur la chaussée : le gilet, de nuit comme de jour
Le moment le plus exposé pour l'occupant d'un véhicule de protection n'est pas la conduite : c'est la sortie du véhicule, au bord d'une voie où la circulation continue. L'article 13 y consacre une règle explicite.
« Chaque personne à bord d'un véhicule de protection doit disposer d'un gilet de haute visibilité conforme à la réglementation, marqué "CE", qu'elle revêt avant de descendre du véhicule de protection sur la chaussée ou à ses abords, de nuit comme de jour. »
— Arrêté du 4 mai 2006 modifié, article 13
Trois points méritent d'être soulignés. La règle vaut pour chaque personne à bord, pas seulement pour le conducteur. Le gilet se revêt avant de descendre, pas une fois sur la chaussée. Et elle s'applique de jour autant que de nuit : ce n'est pas une mesure réservée à l'obscurité.
Concrètement, le gilet se range donc à portée de main dans l'habitacle, et non dans le coffre. Un occupant qui doit contourner le véhicule pour aller le chercher se retrouve précisément dans la situation que la règle veut éviter.
Le rôle du véhicule pilote : signaler le convoi
L'article 13 définit la mission de la protection en une formule : « signaler la présence d'un convoi dans le cadre de la circulation générale ». Tout le reste en découle.
Placé devant, le véhicule pilote avertit les usagers qui arrivent en sens inverse ou que le convoi va rattraper. Il leur donne le temps de ralentir, de se serrer ou d'attendre avant un passage étroit. Placé derrière, le véhicule de protection arrière avertit ceux qui rattrapent un convoi lent et large, dont ils pourraient mal apprécier le gabarit ou la vitesse.
Le conducteur du véhicule de protection travaille au service de l'opération que coordonne le chef de convoi. C'est ce dernier, nommément désigné par le transporteur pour chaque convoi, qui veille au respect de l'autorisation et du Code de la route et qui coordonne les intervenants (voir le chapitre 2.3).
Le véhicule de protection circule lui-même dans la circulation générale. Il reste soumis au Code de la route comme n'importe quel usager : feux, priorités, limitations de vitesse. Sa signalisation spéciale l'identifie, elle ne lui donne pas de régime de priorité.
Ce que la voiture pilote ne peut pas faire
Une idée reçue tenace veut que le conducteur de la voiture pilote puisse « arrêter la circulation ». Les textes applicables aux transports exceptionnels ne lui donnent pas ce pouvoir.
La distinction est essentielle au moment des passages délicats. Lorsque l'autorisation préfectorale prévoit des mesures de circulation particulières sur un tronçon, leur mise en œuvre relève de l'équipe de guidage, présentée au chapitre 3.3, ou, dans des circonstances exceptionnelles, des forces de l'ordre imposées par le préfet.
Deuxième limite : ce qui n'est pas écrit ne doit pas être présenté comme obligatoire. Les articles 13 et 16 de l'arrêté n'imposent pas de liaison radio, de cônes ni de panneaux de chantier dans le véhicule de protection. Les liaisons radio figurent en revanche au programme de la formation des conducteurs de véhicules de guidage fixée par l'arrêté du 2 mai 2011.
En pratique, le transporteur ou le chef de convoi peut organiser la communication entre les véhicules comme il l'entend. Ce qui compte, pour l'accompagnateur, est de connaître la frontière entre ce que le texte exige et ce que l'organisation de l'entreprise ajoute.
Qui peut conduire un véhicule de protection ?
Conduire une voiture pilote n'est pas ouvert à tout titulaire du permis B. L'article R433-18 du Code de la route réserve la formation des conducteurs de véhicules de protection aux « personnes titulaires du permis de conduire de la catégorie B, dont le délai probatoire défini à l'article L. 223-1 est expiré ».
Le texte ne fixe donc pas un nombre d'années de permis, mais la fin de la période probatoire. Il ne fixe pas non plus d'âge minimal propre à la protection, contrairement au guidage, réservé aux personnes d'au moins 21 ans.
Le permis ne suffit pas : il faut avoir suivi la formation initiale des conducteurs de véhicules de protection (FIP) de 21 heures et réussi son évaluation, dans un établissement agréé par le préfet, puis une formation continue tous les cinq ans. Le contenu de ces formations est présenté au chapitre 4.1.
L'accompagnateur n'est pas le conducteur du poids lourd. Le métier de ce dernier, ses permis et son parcours sont décrits sur la fiche métier chauffeur de convoi exceptionnel, et les niveaux de rémunération sur la page salaire du métier.
Checklist du véhicule de protection avant le départ
Sources
- Code de la route, articles R433-2, R433-17, R433-18 et R433-20 — Légifrance
- Arrêté du 4 mai 2006 modifié relatif aux transports exceptionnels, articles 13 (version en vigueur depuis le 31 janvier 2024) et 16 (version en vigueur depuis le 21 juin 2019) — Légifrance
- Arrêté du 2 mai 2011 relatif à la formation des conducteurs des véhicules d'accompagnement des transports exceptionnels — Légifrance
- Arrêté du 20 janvier 1987 modifié (bandes rétroréfléchissantes, cité par l'article 16) — Légifrance
À retenir
- La « voiture pilote » est un véhicule de protection : jaune RAL 1004, RAL 1032 ou équivalent, voiture ou camionnette (VP ou CTTE), sans remorque.
- Signalisation : au moins un feu tournant homologué jour et nuit, un ou deux panneaux « convoi exceptionnel » sur le toit, bandes rétroréfléchissantes, feux de croisement.
- Chaque occupant revêt un gilet haute visibilité marqué CE avant de descendre, de nuit comme de jour.
- Sa mission : signaler la présence du convoi dans la circulation générale, sous la coordination du chef de convoi.
- Aucun texte ne lui donne le pouvoir d'arrêter la circulation : ce sont les indications des guideurs qui s'imposent aux usagers (R433-2).
- Accès : permis B hors période probatoire et formation initiale FIP de 21 heures, puis recyclage tous les cinq ans.